Pour une première Suisse d’un film russe, la sale du Théâtre du Passage du NIFFF est bien remplie. Sur scène entre le directeur exécutif des effets spéciaux, Arman Yahin. D’aucuns se seront peut-être demandés pourquoi n’est-ce pas le réalisateur qui a fait grâce de sa présence. Dès les premières minutes du film, la réponse est donnée : les effets spéciaux de Attraction sont, plus que tout autre chose, au cœur du blockbuster fantastique de Bondarchuk.


Voici donc ce à quoi un film russe à gros budget dont la majorité est probablement partie à la VFX peut ressembler. La première scène s’ouvre sur Yulia, jeune femme dans le début de la vingtaine, assise avec son chien sur une colline dans un parc d’une ville russe. Un monologue en voix-over, de belles couleurs de fin de journée, un visuel très travaillé avec les tracés rectilignes que lancent en l’air les buildings et autres HLM du quartier. Et tout à coup, on est dans l’espace, proche d’un vaisseau spatial sphérique autour duquel gravitent trois anneaux métalliques en mouvement. Du bleu, du noir, du gris, des étoiles, la Terre en arrière-plan, et une pluie de météorites frappent le vaisseau, qui va dévier de sa trajectoire initialement prévue pour s’écraser dans cette même ville russe, où Yulia, son nouveau petit-ami Tyoma, et sa meilleure copine Svetlana, observent le phénomène galactique. Cette dernière périt lors du crash du vaisseau, alors que le couple survit et décide de venger la mort de la demoiselle en attaquant les extraterrestres. S’ensuit une série de rebondissements qui concernent d’une part la première histoire d’amour Tyoma-Yulia, la deuxième histoire d’amour Yulia-Hijken (l’alien sympa dans un corps d’humain évidemment fort séduisant, qui crée un contact avec la race humain), et d’autre part, la résolution du conflit père-fille, et, éventuellement, la gestion de la crise des envahisseurs cosmiques.

Il est nécessaire de séparer le scénario des effets visuels pour juger de ce film… Autant le premier est vraiment peu développé voire même mauvais, alors que le deuxième regorge de surprise et de spectaculaire – dans le bon sens du terme. La qualité de l’image, la cohérence et la vraisemblance des trucages et des images artificielles créent une sorte de réalité parallèle à laquelle on croit volontiers et qui amène une atmosphère fascinante au film. On passe d’une caméra « traditionnelle » à des visions en GoPro, des séquences en caméra subjective et des plans type caméra de surveillance. Cette variation de mode de visualisation dynamise le visuel du film et permet de proposer plusieurs points de vue dans la narration, ce qui l’enrichit considérablement. Mais cela ne suffit pas à le rendre suffisamment intéressant pour y consacrer toute notre attention.

On appréciera néanmoins le côté un peu décalé de certaines répliques, qui, aux moments les plus épiques et importants, sont parfois très absurdes et mènent facilement au rire. Tout comme les réactions et actions de certains personnages à certains moments qui sont totalement inattendues et brisent le côté « on sait ce qu’il va se passer bien à l’avance » du blockbuster traditionnel. Mais, à nouveau, les personnages sont assez vite creux et leurs traits peu approfondis, dommage.

Ainsi, comme son nom l’indique, Attraction en met plein les yeux, mais laisse un peu à désirer côté scénario et écriture. Le blockbuster russe fait malgré tout très plaisir à voir, et, en cas d’ennui, on peut toujours se rabattre sur la langue slave aux consonances si particulières et drolatiques qu’on a finalement assez peu l’habitude d’entendre au cinéma, et surtout dans ce genre de film !

Attraction
Russia, 2017

Fedor Bondarchuk
Oleg Menshikov, Irina Starshenbaum, Rinal Mukhametov
Producteurs : Art Picture Studio / Vodorod 2011
Distributeur mondial : Art Pictures Studio

Attraction : Un blockbuster russe ? дa, спасибо !
3.0Note Finale