Les moins jeunes d’entre vous connaissent certainement, l’histoire du bagnard «Papillon», car le roman autobiographique d’Henri Charrière a fait l’objet d’un film en 1973. Plus dynamique et coloré que cette précédente création, ce remake nous rappelle les affreuses conditions de détention dans les colonies.


«Papillon», un jeune cambrioleur sévissant dans le quartier de Montmartre à Paris était promis a un grand avenir. Charmeur, malin et plutôt habile, le brigand se retrouve être la victime d’un complot orchestré par son employeur. Celui-ci le fait accuser d’un crime qu’il n’a pas commis.

Emmené de force par les autorités sur un navire-prison en partance pour la Guyane, l’homme découvre les dures conditions de détention de l’époque dans les colonies. Le Bagne est un lieu d’où l’on ne revient pas. Pourtant, Henri Charrière ne se laisse pas abattre. Le Parisien a la ferme intention de s’évader.

Le héros de cette histoire n’est pas seul, très tôt, il se lie d’amitié avec Louis Dega, un jeune faussaire, frêle mais intelligent. Celui-ci a eu la bonne idée de prendre avec lui de l’argent qu’il a soigneusement caché durant le voyage…

Instructif et captivant à souhait, le nouveau long-métrage du jeune réalisateur danois, Michael Noer, à qui l’on doit «Northwest» et «La chambre d’en face», nous transporte dans un monde lointain et assez méconnu.

Dans les romans et au cinéma, on entend souvent parler du «Bagne», mais rares sont les témoignages et les documents véridiques qui permettent de se rendre compte de ce que c’était réellement. Le film est basé sur des faits avérés. Ce sont les anecdotes de la vie carcérale qu’Henri Charrière a relaté dans son récit autobiographique. Ses commentaires ont permis d’en savoir un peu plus sur cet horrible lieu.

Comme dans les camps de prisonniers, les détenus se devaient de suivre des règles excessivement strictes, sous peine de se voir maltraité ou mis en quarantaine dans un cachot sans lumière. Vêtus d’un simple chapeau de paille et d’un léger costume à rayures pour les protéger du soleil, les prisonniers étaient condamnés aux travaux forcés, à perpétuité.

Michael Noer plonge à nouveau, dans une thématique qui lui est chère: le milieu carcéral. Le cinéaste a auparavant réalisé «R», une visite glaçante, dans une prison danoise regroupant de dangereux criminels.

Même si l’histoire de «Papillon» se déroule entre 1931 et 1945, le réalisateur trouve son thème très actuel. Le metteur en scène explique qu’aujourd’hui encore, de nombreuses personnes sont, de part le monde, incarcérés dans des conditions épouvantables. Le recours à l’isolement comme moyen de torture est lui aussi toujours utilisé.

Comme dans le célèbre film «Les évadés» qui traite d’un sujet similaire, nous avons dans cette création, un duo de personnages qui se préservent mutuellement en se soutenant dans un milieu hostile.

Le rôle principal est tenu par Charlie Hunnam. L’acteur musclé est crédible, mais il est moins charismatique que ne l’était Steve McQueen dans la première version de «Papillon». Pour bien se représenter la souffrance de son personnage, l’acteur est resté seul dans une cellule pendant cinq jours, sa morphologie a elle aussi été modifiée pour les besoins du film.

Rami Malek a eu la dure tâche de faire oublier Dustin Hoffman sous les traits de Louis Dega. Malgré son manque d’expérience cinématographique, l’acteur américano-égyptien se débrouille plutôt bien. Son faciès marqué donne un côté crédible au faussaire.

Le chef décorateur et son équipe ont recréé la prison d’Henri Charrière. Pour se documenter, ils ont consulté des photos et des films d’archives tournés en Guyane Française. Les historiens ont écrit quelques textes sur ces colonies pénitentiaires, si bien que Tom Meyer a pu s’appuyer sur des références valables pour étudier la structure architecturale des bâtiments de la prison. Le Bagne de Cayenne se devait d’être proprement terrifiant.

La colonie pénitentiaire a été reconstituée dans une région montagneuse enclavée du Monténégro. Comme c’est souvent le cas dans les tournages en décors réels, la météo a parfois contraint la production à improviser. Pour le redoutable périple en mer, l’équipe s’est installée sur l’île de Malte réputée pour son immense réservoir. C’est là aussi qu’a été réalisée la scène finale du film.

Papillon
USA   –   2018   –   2h13min.   –   Aventure / Drame
Réalisateur: Michael Noer
Avec Charlie Hunnam, Rami Malek, Roland Møller
Pathé Films

15.08.2018 au cinéma

«Papillon» : Plus qu'une prison !
3.0Note Finale