Pierre Aucaigne fait le grand saut et se lance dans l’aventure du cinéma. Dans un périple initiatique en Bretagne, un lieu paradisiaque… le Neuchâtelois d’adoption est à l’affiche de « Chouquette » de Patrick Godeau , est-ce le grand rôle qu’il attendait ?

Nous sommes face à un film peu conventionnel, pouvez-vous nous parler de « Chouquette » avec vos propres mots ?
Il faut savoir que « Chouquette » est tiré d’un roman d’Emilie Frèche qui se passe initialement dans le sud à Saint-Tropez. Patrick Godeau qui a adapté le film, décide de le tourner en Bretagne. Je n’ai pas lu le roman d’Emilie Frèche, et il m’a expliqué le pourquoi du comment de l’univers du film, et c’est un univers un petit peu particulier. Ce sont quand même des personnages qui se retrouvent dans une sorte de malaise commun, qu’on ne comprend qu’à la fin du film. Ce qui fait que c’est un peu déconcertant quand on découvre ce film et quand on rentre dans l’histoire, on comprend d’avantage le malaise de ses personnages. C’est simplement qu’il ne faut pas se laisser abattre. C’est un film qui est surprenant, il est singulier, surprenant, mais esthétiquement, c’est un film qui est super et puis les personnages sont très bien campés par Michèle Laroque et Sabine Azema qui sont deux comédiennes exceptionnelles et par le petit garçon qui fait un exercice de comédien impressionnant.

Je ne parle pas de l’otarie, car l’otarie, elle joue son rôle ni plus ni moins. L’histoire elle-même, c’est une belle histoire de cette femme excentrique qui vit seule dans son manoir et dans sa solitude psychologique et matérielle et qui se retrouve avec cette femme qui vient la voir pour l’anniversaire de son mari et on se rend compte que les deux ont des points communs. Puis aussi la mère de Michèle Laroque, qui va vivre très peu de temps dans le film, mais qui fait un passage remarqué dans le bus avec sa narcolepsie et qui s’endormira une dernière fois… dans le bus. Ce sont des situations un petit peu coquasses, mais c’est un très beau film.

Justement, on constate dans le film une forte présence des personnages, malgré le fait qu’il y en ait peu, finalement ce n’est pas plus mal puisque chacun remplit parfaitement son rôle. Vous interprétez Geoffrey un personnage très particulier aussi qui a très peu de dialogues, mais a une forte présence dans le film.
C’est vrai que dans le film aucun personnage n’a des montagnes de dialogues, on a des moments de regards intenses on n’est pas noyés sous une pléiade de dialogues. Mais chaque personnage est très fort, dont effectivement le mien qui est le major d’homme de Chouquette qui est à son service depuis des années et qui la connaît par cœur, qui subit un peu tous ses fantasmes et qui connaît les raisons de sa vie solitaire et qui subit tout ça.

Vous êtes un peu son ange-gardien ?
En plus de tout ça oui. J’essaie de limiter un peu la casse, il y a notamment une scène où je lui explique que pour démarrer la voiture qui se noie régulièrement quand elle prend le volant, il faut compter jusqu’à quinze. C’est une espèce de rhétorique qui revient régulièrement dans la vie de cette femme et de son major d’homme, une espèce de complicité commune. C’est un vieux couple en fait et moi, je suis dans l’ombre de cette femme-là constamment.

Vous êtes dans l’ombre mais à un moment dans le film vous laissez la place pour le début du roadmovie et c’est vrai qu’on constate votre absence dans le film. Il y a des moments où on se demande où est Geoffrey parce qu’il aurait eu une place dans ce voyage ?
C’est vrai on le voit certes pas mais on sait que c’est Geoffrey qui conduit la voiture, quand on voit la voiture qui se balade un peu partout. Après, voilà, c’est un personnage qu’on retrouve à la fin, car toute la fin du film est avec ce personnage et ces magnifiques images, car la photographie est fantastique les images sont superbes. Notamment cette fin de film avec cette barque qui part dans la baie avec un coucher de soleil fantastique et tous ces personnages sur la plage. Y a des images qui sont splendides dans ce film et une ambiance qui est rendue, qui est digne de la Bretagne.

C’est justement ce qu’on constate et qui surprend dans le film, c’est qu’une fois qu’on a atterri sur terre on est projetés dans la beauté de ce décor qui, n’a rien à voir avec l’histoire originale dans le livre.
Effectivement. Le film repose aussi essentiellement sur l’atmosphère et sur le caractère breton de cette histoire. Et puis Patrick Godeau le réalisateur a énormément insisté là-dessus. C’est quelqu’un qui est de toute façon amoureux de la Bretagne, qui la connaît très bien et qui a voulu partagé ce sentiment-là avec les spectateurs et on le sent dans le film. C’est vrai que nous, pendant le tournage, on a vécu le temps breton. C’est vrai qu’on dit qu’en Bretagne en une journée, on a les quatre-saisons, on l’a vécu aussi dans tous les sens du terme.

On ne le remarque pas du tout dans le film.
C’est vrai mais il a fallu jongler avec les différences de climat mais ça fait partie du jeu de la Bretagne. Notamment la scène de la voiture avec Michèle Laroque qui est sensée être prise par la marée et qu’on vient récupérer avec la voiture qui est recouverte d’algues qui est une scène drôle. Et quand on l’a tourné, il a fallu qu’on reste très vigilants, on avait quelqu’un avec nous qui nous donnait les heures de la marée, il ne fallait pas traîner pour ne pas se laisser surprendre par la marée. La légende dit que la marée arrive à la vitesse d’un cheval au galop, mais ce n’est pas une légende, c’est vrai.

Par rapport à votre rôle dans le film, vous venez de la scène vous avez l’habitude d’avoir un dialogue continu. Là vous vous retrouvez avec presque pas de dialogues face à des personnages qui prennent beaucoup de place. Est-ce que pour vous, c’était facile de vous imprégner de ce récit et de cette ambiance ?
Facile non ce n’est jamais facile de toute façon car il faut se mettre dans l’ambiance du scénario et dans la psychologie de ce personnage qui est je ne dirais pas autiste mais qui est toujours là présent et qu’on comprend dans ce qu’il ne dit pas. Il connaît tout par cœur de cette femme. Après tous les personnages sont un peu dans cette ambiance-là, ce n’est pas la course aux dialogues, tout est basé sur les regards, les ambiances et puis l’histoire vient d’elle-même avec le personnage de la mère de Michèle Laroque qui débarque dans cette histoire et l’enfant qui vient un peu perturber ce trio parce qu’il a été viré de sa colonie de vacances à cause d’une varicelle et qui vient chez sa grand-mère d’une façon complètement impromptue , qui est un peu rejeté par Chouquette et puis après les rapports s’installent difficilement, mais sûrement et puis on découvre Michèle Laroque et on comprend après pourquoi elle est là, mais ça je ne le dis pas.

Vous dites souvent en interview qu’il vous manque un rôle au cinéma pour combler vos ambitions. Est-ce qu’on peut dire qu’avec « Chouquette » un film où vous avez peu de dialogues, mais une forte présence, est-ce que vous l’avez trouvé ce film ?
Oui, je ne dis pas que ce n’est pas le rôle du siècle mais ça me permet de découvrir ce milieu. J’ai fait quelques courts-métrages, mais c’est le premier long-métrage où je suis. La chance a voulu que j’en tourne un deuxième dans la foulée qui va sortir au mois d’octobre qui est « Knock », dans lequel j’ai aussi un rôle assez sympathique qui est le rôle de l’adjoint au maire Michalon qui bégaye et là, je me suis aussi énormément amusé, c’était vraiment un énorme plaisir. C’est vrai que ce sont deux rôles complètement opposés et différents, mais un exercice de style comme ces deux personnages-là pour moi c’est un grand plaisir et j’aimerais bien continuer l’expérience.

C’est un enchaînement de films à fort potentiel. « Knock » est un film attendu grâce notamment à Omar Sy.
Oui c’est attendu au virage. « Chouquette » est un merveilleux film, c’est très beau avec une histoire singulière qui va surprendre je n’en doute pas, mais le cinéma, c’est aussi fait pour ça, il faut sortir des sentiers battus et voir les choses qui nous bousculent un peu et c’est très bien. Et « Knock », c’est une histoire déjà entendue, mais qui a été refaite de main de maître par Lorraine Lévy et avec un casting de fou et je pense qu’on va en parler.

A l’heure actuelle, il est toujours très attendu en tout cas.
Oui il est très attendu et les gens ne seront de toute façon pas déçus. Il y a eu une belle atmosphère pendant le tournage et on le ressent dans le film, c’est une mayonnaise qui a pris très vite.

La suisse et vous c’est un peu une histoire d’amour. Vous verra-t-on un jour dans un film suisse ?
j’espère ! Il faut qu’un réalisateur se lance dans l’opération et puis qu’on arrive à se rencontrer. Tout est possible.

Vous êtes depuis quelques années en Suisse, connaissez-vous un peu le cinéma suisse ?
Oui j’ai eu l’occasion de voir un film avec Patrick Lapp (Les grandes ondes à l’ouest) qui avait été tourné dans un bus. Et puis j’ai eu l’occasion de tourner dans la première saison de « Station Horizon » la série de la RTS et c’est une première après attendons le reste.

 

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