Douzième film d’un cinéaste littéraire et éclectique, « Plaire, aimer et courir vite », présenté en sélection officielle à Cannes, relate les amours naissants et finissants d’Arthur (Vincent Lacoste) et de Jacques (Pierre Deladonchamps), avec le sida en toile de fond. Film à l’épure romanesque, « Plaire… » atteint sa cible en plein cœur, qu’il soit d’artichaut ou de pierre.


Rennes, 1993. Dans une salle obscure où l’on projette « La Leçon de piano » de Jane Campion, Arthur, jeune étudiant peu assidu, rencontre Jacques, écrivain parisien venu assister à la mise en scène d’une de ses pièces de théâtre. Un jeu de séduction s’opère, ils passent la nuit ensemble et se quittent au petit jour, avec la promesse de se revoir bientôt.

Amour à distance, coups de téléphone, lettres sans réponse, l’un veut se jeter de tout son corps dans ces premiers émois, l’autre se montre plus réticent. Atteint du sida, Jacques ne se sent pas la force pour une dernière romance, fût-elle sublime.

Christophe Honoré n’a jamais caché son goût pour la chose littéraire. Lui, qui est également écrivain – il vient d’ailleurs de publier « Ton Père » aux éditions Mercure de France – a souvent mêlé l’écrit et l’image. De ses premiers films, époque Louis Garrel, on se souvient notamment du brûlant « Ma Mère » adapté du roman de George Bataille, puis des très beaux films musicaux, « Non ma fille, tu n’iras pas danser », « Les Bien-aimés » et, surtout, « Les Chansons d’amour » où la musique et les textes d’Alex Beaupain venaient magnifier le triangle amoureux composé par Clotilde Hesme, Ludivine Sagnier et Louis Garrel.

Ici comme là, les références sont avant tout littéraires. Le personnage de Jacques, écrivain homosexuel et séropositif, évoque ces figures tutélaires, de Bernard-Marie Koltès à Jean-Luc Lagarce, en passant par Hervé Guibert et Serge Daney. Leurs ombres planent sur le film, grands-frères disparus, boussoles éteintes dont le scintillement, pourtant, perdure.

En dépit de ce voile mortuaire, le cinéaste traite son sujet avec une grande pudeur. De ses personnages, il n’en fait nullement des écorchés vifs, mais plutôt des êtres qui se refusent à mourir, s’abandonnent à la vie tout en connaissant des moments d’accablement profond. D’une grande tendresse, « Plaire… » réussit aussi à nous faire rire, un film avec Vincent Lacoste décoche forcément un sourire, tant le sien est communicatif. Les deux amants ne sont pas les seuls acteurs à saluer. Denis Podalydès est formidable dans le rôle de l’ami, personnage pragmatique là où les autres sont lunaires.

En 1993, Christophe Honoré avait 23 ans, étudiait à Rennes et aspirait à faire du cinéma. Comme Arthur. En ce sens, « Plaire, aimer et courir vite » tient aussi du roman d’apprentissage. La littérature, toujours…

Plaire, aimer et courir vite
FR   –   2018   –   132 Min.   –   Drama
Réalisateur: Christophe Honoré
Acteur: Adèle Wismes, Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès, Clément Métayer, Rio Vega, Sophie Letourneur, Willemijn Kressenhof, Marlene Saldana, Luca Malinowski
Xenix Film
23.05.2018 au cinéma

Plaire, aimer et courir vite : la mélodie du désir et de la mort
4.0Note Finale