PAN - Joe Wright

Une adaptation littéraire dont l’esthétique est plus intéressante et originale que ses personnages.


Retranscrire une œuvre littéraire sur grand écran reflète-t-il un manque d’inspiration ou bien d’un moyen de combler les lacunes laissées par de grandes histoires ? Avec déjà quatre adaptations de romans à son actif (« Orgueil et préjugés », « Anna Karénine », « Reviens-moi », « Le Soliste »), le réalisateur Joe Wright n’est clairement pas étranger à ce débat. Cette année, il revient avec « Pan », une préquelle qui redonne vie aux personnages et à l’univers du Pays Imaginaire crées à l’origine par l’écossais James Matthew Barrie en 1904. Dans cette nouvelle relecture, Peter (Levi Miller) apparaît comme un jeune garçon âgé de 12 ans, vivant dans un orphelinat londonien dirigé par des religieuses impitoyables, pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Un soir, lui et d’autres enfants se font capturer par des pirates qui les font embarquer à bord du bateau du Capitaine Barbe Noire (Hugh Jackman). Celui-ci est bien décidé à les emmener au Pays Imaginaire pour les forcer à travailler comme des esclaves dans des mines remplies de poussière de fée. Bien entendu, dans ce monde inconnu et mystérieux, Peter fera la rencontre de personnages classiques tels que le Capitaine Crochet (Garrett Hedlund) et Lily La Tigresse (Rooney Mara) qui deviendront ses alliés et l’aideront dans ses aventures.

PAN - Joe Wright

« Pan » affiche une première partie assez solide avec une entrée en matière directe, pleine d’humour et de choix visuels et sonores qui surprennent agréablement le spectateur. Ensuite, le long-métrage possède un côté théâtral assumé et réussi, caractéristique du réalisateur qui avait déjà fait preuve de virtuosité esthétique dans « Anna Karénine ». Par ailleurs, le film nous fournit de belles acrobaties aériennes, des costumes fabuleux, une explosion de décors colorés et quelques scènes intéressantes, comme l’entrée triomphale de Barbe Noire dans les mines avec une foule en délire qui chante en chœur un célèbre morceau de rock, que l’on ne dévoilera pas pour ne pas gâcher la surprise. Quant à la 3D, celle-ci permet d’ajouter de la texture ainsi que du mouvement à des scènes de combat sur les navires, et offre des jolis effets de jaillissement.

Tout comme la prélogie de « Star Wars » explique comment Anakin Skywalker est devenu Dark Vador, « Pan » proposait de retourner dans le passé pour expliquer la légende de ce petit garçon qui refuse de grandir. Le défaut principal du film c’est de ne pas tenir cette promesse. Plutôt que de créer une trame cohérente et intéressante permettant de comprendre, par exemple, comment Peter Pan et Crochet en sont venus à se haïr, les scénaristes ont opté pour la voie facile, dont l’objectif est purement mercantile : celle de ne pas fournir des réponses aux questions que l’on se pose et qui nous intéressent, pour laisser la porte ouverte à une suite, qui ne verra peut-être jamais le jour…

PAN - Joe Wright

Dans cette adaptation, Wright met en scène un Peter fragile, peu sûr de lui et acrophobe qui, dans la scène de résolution, devient en un claquement de doigts un guerrier intrépide flottant dans les airs, attaché à un harnais mal camouflé par les effets spéciaux. Il n’y a pas de moments de transition où l’on voit le personnage évoluer de manière progressive et qui viendrait justifier un tel changement d’attitude. Sans oublier que ce Peter Pan 2.0 reste tout de même loin de ce personnage connu pour son arrogance et sa peur d’assumer les responsabilités de la vie adulte, que l’on a pu découvrir grâce à la version édulcorée de Disney ou celle de Spielberg. Le jeune Levi Miller délivre une interprétation décente dans les scènes comiques, mais exagère trop ses expressions dans des séquences plus dramatiques. Le personnage du Capitaine Crochet, quant à lui, se révèle être le cliché du coureur de jupons doté néanmoins d’un cœur pur et dont la personnalité ressemble plus à celle d’Indiana Jones, qu’à celle d’un pirate impitoyable ayant un crochet à la place de la main. Hedlund modifie sa voix et la rend plus grave pour conférer plus de virilité et de puissance à son personnage. Cependant, cela ne contribue qu’à le coller d’avantage à ce stéréotype. Concrètement, le trio Pan/Crochet/Lily La Tigresse n’est qu’une copie de Luke Skywalker, Han Solo et de la princesse Leia de la saga « Star Wars ». On y retrouve bien l’ingénu, la brave canaille virile et la femme fière et libérée, capable de se défendre toute seule. Par ailleurs, le film n’hésite pas non plus à emprunter l’une des scènes clés de « Star Wars : Episode IV – Un nouvel Espoir » en y insérant un sauvetage miraculeux à la dernière minute, réalisé non pas par le Faucon Millenium, le vaisseau spatial d’Han Solo, mais par un bateau volant. En plus de faire preuve d’un manque d’originalité, certaines scènes d’action s’étirent trop en longueur et le montage contient également des lacunes, rempli qu’il est de coupes trop brusques qui créent une discontinuité visuelle entre certains plans.

PAN - Joe Wright

Gardons quand même à l’esprit que « Pan » est avant tout un film d’aventure rempli de bons sentiments destiné à divertir les enfants, ce qu’il parvient à faire en apportant des doses généreuses d’action et de fantaisie. La belle esthétique générale et le charisme débordant de Hugh Jackman suffiront à contenter les plus jeunes, mais les adultes, eux, commenceront à regarder leur montre après une heure de film, dans l’attente de quitter ce monde imaginaire pour vite revenir à la réalité.

PAN
Réalisé par : Joe Wright
Avec : Hugh Jackman, Garrett Hedlund, Rooney Mara
Distributeur: Warner Bros
Sortie le: 14.10


PAN – Bande Annonce Officielle (VO) par TheDailyMovies