C’est dans le cadre du Montreux Comedy Festival que nous avons rencontré Kyan Khojandi, scénariste, réalisateur et acteur de la série « bref. ».

Le grand public vous a découvert dans la série « bref. ». Pouvez-vous brièvement nous raconter votre parcours avant cette série ?
Bonjour Daily Movies, ça va ! Depuis quand, parce qu’il y a eu les ancêtres et tout, l’arrivée d’Iran… J’ai quitté mes études de droit à 22-23 ans. Je suis monté sur Paris, j’ai fait le Cours Simon pendant 3 ans. Après, j’ai commencé à écrire mes premiers textes de stand-up, de l’humour, de l’humour, de l’humour, écrire, écrire, écrire pour la télé’ pour plein de choses et j’ai fait une chronique cinéma qui s’appelait le « Festival de Kyan » (c’est sur Daily Motion… il y a trop de Daily !). Si tu les regardes, j’espère que tu aimeras ! Je suis allé faire du stand-up, en anglais, à New York. Je suis revenu de New York et là j’ai commencé la série « bref. ».

Comment présentez-vous la série « bref. » ?
Regarde ! Regarde, si tu perds 1 minute 30 de ta vie c’est pas grave !

Quelles ont été, selon vous, les clés du succès de « bref. » ?
Ah, c’est vous qui parlez de succès, moi je suis pas trop dans cette optique ! Je sais pas, on a juste parlé de nous-même. On a eu la chance avec Canal+ et Le Grand Journal de faire ce qu’on voulait de A à Z. On a pu écrire, jouer, réaliser et même superviser le montage avec Valentin (Feron), notre monteur. On a pu publier et mettre le texte sous la vidéo de Facebook, tout était maîtrisé de A à Z et jusqu’à la couverture du DVD c’est nous ! Quand on a fait le DVD, Studio Canal nous a accompagné. On a déterminé tous les points clés, il y a même une blague dans la jaquette : il y a tout un texte sur la page gauche de la jaquette et il y a une blague qui y est cachée, ça c’est nous ! On a tout supervisé, on a essayé d’être assez novateur. Il n’y a pas de plastique dans notre boîte, c’est que du carton. On en avait marre des boîtes DVD qui pètent. On a donc un système en papier qui ne peut pas pêter, à moins que tu ne le déchires avec violence, là peut-être que ça peut céder. J’ai l’impression que les gens sont sensibles à la cohérence et à la liberté (artisitique). On s’est amusés ! On a appelé nos potes, on se marrait et on avait pas l’impression de bosser. On bossait énormément, on travaillait 25 heures par jour et on était heureux. Je pense que le lien avec les gens s’est créé car ils voyaient qu’on se marrait.

KYAN KHOJANDI

KYAN KHOJANDI

Avec « bref. », vous avez occupé simultanément les postes d’acteur, d’auteur et de réalisateur. Quelle fonction avez-vous préféré ?
Quand tu écris, tu es content car c’est une vrai récréation. Après quand tu le joues en tant qu’acteur (dans « bref. ») c’est hyper frustrant parce que tu joues quasiment que des petits plans : tu joues « Merci ! ». Pour « bref. », le meilleur moment c’est l’écriture : la récréation. D’ailleurs avec Bruno (Muschio), on dit que l’on a 40 chambres, 40 épisodes. On met plein de jouets dans ces chambres et un moment donné on essaye de faire des jeux avec ces jouets et de les relier entre eux, de faire une belle maison avec plein de jouets. Quand tu joues c’est cool. J’adore la direction d’acteurs ! Diriger les acteurs c’est mon plaisir ultime, trouver avec eux des trucs, essayer de débloquer des situations, des cheminements intérieurs. J’adore dénicher et diriger des acteurs. La réal’ je kiffe ! Je suis accompagné avec Bruno, donc il y a une vraie cohérence. Si « bref. » ce n’était que moi, ça aurait été super serré. Bruno met des plans larges, il amène une cohérence là-dedans. Au montage, on essaye de recréer à chaque fois. C’est pas juste on réalise champs, contrechamps. Au montage, on se dit vient on fait un nouveau flying step avec un nouveau son, vient on fait un flying flashback. On inventait des trucs, c’était marrant. C’était un beau défi, il fallait faire ça sinon on se lassait. En tant qu’acteur, c’était très sympa mais la direction d’acteur c’est chantmé !

« bref. » est l’une des seules séries d’auteur en France. Quels sont les avantages et les inconvéniants de maîtriser tous les aspects d’un tel projet ?
Il y a aussi « Kaamelott » ! C’est cool, on dort peu mais c’est chantmé ! On dort peu mais quand on dort, on est heureux. On travaille dans une équipe où l’on est tous au service de notre œuvre et avec Bruno Muschio (co-scénariste et co-réalisateur) et Harry Tordjman (producteur), on est au service de ça. Je vais parler plus philosophiquement, mais c’est rare de se dire il y a deux personnes sur lesquelles je peux compter et je sais que si je ne suis pas là, le travail sera fait parce qu’on a le même enjeu. Donc c’est fatiguant mais c’est cool ! Il n’y a rien de plus gratifiant que lorsque ça marche. Quand les gens accueille bien le truc, tu fais : « putain c’est chantmé, je sais que j’avais raison de m’écouter » !

Est-ce qu’au travers des 82 épisodes de « bref. » vous avez pu raconter l’histoire telle que vous l’aviez immaginée au début ?
Complétement ! On avait carte blanche, Canal+ nous a dit : « voilà les clés », le Grand Journal nous a dit : « allez-y ». On leur envoyait les épisodes pour les valider par rapport au CSA. Canal en plus nous disait à chaque fois : « putain on attend un nouvel épisode » ! C’est cool, on leur envoyait chaque épisode genre 4 heures avant sa diffusion. On contrôlait tellement tout, on faisait tout nous-même. Moi je passais des heures au mixage. Je passais 3 heures pour mixer une minute de « bref. », il y avait tellement de son (8 à 10 lignes de son à chaque fois). Canal nous a jamais dit : « mettez-lui une moustache », au contraire ils nous disaient : « continuez à vous amuser » !

Dans le livre du coffret « bref. », vous vous définissez comme un « angoissé profond » qui a « peur de ne pas faire rire » !
Avec beaucoup de gens, on partage le même délire ! Quand je suis arrivé au Cours Simon, j’ai commencé à étudier tous les auteurs parce que je voulais absolument comprendre pourquoi on rigole, pourquoi un moment donné les abdominaux font « hein » ! J’ai étudié les Feydau, c’est implacable : « Madame est rentrée ! Qui ? Madame est rentrée ! Ah, vous saviez ? Quoi ? Madame est rentrée ! Ah d’accord O.K ! … ». Tu finis forcément par rigoler. Le mec a créé des formules chimiques, magiques, qui sont imparables et je me suis dit : « si un jour j’arrive à faire ça, je serais le plus heureux de la terre » ! J’ai trop peur de monter sur scène et de ne pas être marrant, c’est vraiment une peur profonde. Je me rappelle, j’étais au magasin de tapis de mon père et j’ai vu Franck Dubosc dans un de ces spectacles et je me suis dit : « ce mec là est génial mais il est forcément monté sur scène une première fois » ! Tout le monde est monté pour la première fois sur scène, pourquoi pas moi. Je me suis préparé pendant 4 ans, tu imagines le tas de remise en cause qu’il y a eu !

Vous êtes un cinéphile. Avant « bref. », vous avez même animé une émission le « Festival de Kyan ». Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?
Très cool, j’avais pas beaucoup d’argent, j’avais rien ! C’est un mec dans sa chambre qui raconte des blagues et qui montre sa vision du cinéma. Voilà, j’ai fait ça avec 2-3 potes. Super expérience, tu dis à un gamin : « vas-y parle de cinéma » ! Je kiffe de parler de cinéma et faire de la réal’, j’étais super heureux. C’était vraiment une super expérience, j’ai vachement appris. Le cut ressemblait un peu à celui de « bref. », c’est d’aileurs ce qu’on voit beaucoup en ce moment des podcasts, les trucs comme cela : un mec qui parle face cam’ avec des cut’ !

Quelles sont vos références cinématographiques ?
Plein ! Ne me pose pas la question « quels sont tes 3 meilleures films ? », alors que même toi tu sais que tu ne peux pas répondre ! Il y a Fincher, il y a Jean-Pierre Jeunet, Klapisch, Roger Avary. J’ai vu récemment « Argo » de Ben Affleck qui m’a mis une belle claque dans ma gueule, super ! A la fin t’es dans l’avion avec eux, c’est ouf ! Je suis influencé par tout, je suis influencé par toi (rire) !

On ressent l’influence de « Fight Club » de David Fincher (le personnage du « Je », une copine nommée Marla) et également celle du style de montage de « Requiem for a dream » d’Aronofsky dans « bref. » !
Il y a aussi Danny Boyle, « Trainspotting » ! « bref. » c’est : « eh on aimerait bien faire du cinéma », c’est un appel au cinéma. On a conçu chaque « bref. » comme un court métrage, on tournait à une caméra (une F3 avec des objectifs Cooke) vraiment style cinéma. On y voit des profondeurs de champ, mon chef opérateur faisait de vrais lumières avec des vraies découpes : ce n’était pas éclairé au Kino derrière sur les cheveux ! On voulait que ça soit hyper naturel, hyper vrai. C’est filmé un peu à l’épaule pour rejoindre les séries américaines. Il y avait une bonne ambiance sur les tournages et la façon de travailler s’est fluidifiée au fur et à mesure des épisodes. Notre équipe est devenue une machine de guerre, vraiment ! On passait des jours à monter 30 à 45 plans, ce qui est énorme (sur un film c’est 10-12 plans max’) !

KYAN KHOJANDI

KYAN KHOJANDI

On vous retrouve aujourd’hui au Montreux Comedy Festival, à quoi va ressembler le gala de clôture : « Bref, on est sur scène à Montreux » ?
Ca va être super ! Il y aura tous les acteurs de la série (connus et moins connus). Il y aura des sketchs, du stand up, des surprises et des invités. On rencontera les acteurs de « bref. » en tant qu’humoristes, les gens pourrons ainsi voir une nouvelle facette de la série. Ca va être super, enfin j’espère ! Je me demande comment les Suisses vont nous accueillir.

Vous avez réalisé votre premier one-man show en 2007, est-ce que vous envisagez de renouveller cette expérience ?
Ouai, j’essaye mais je suis terrorisé ! Je sais que c’est possible en travaillant et de plus en plus je reviens sur scène, je fais ma partie avec mes potes et suis de plus en plus à l’aise. Je reviens à mon premier amour mais la scène c’est pas comme le vélo, c’est pas genre tu t’en rapelles toute ta vie : tu oublies tout ! Une fois que tu as fait une année de montage, tu remontes sur scène et tu faits : « ah j’avais oublié ça » ! Et puis c’est pas pareil, les gens me connaisent un peu donc il y a un autre accueil, il y a une exigence. C’est : « ah tu vas voir, il est marrant » ! Tu as intérêt d’être marrant !

Quels sont vos projets en cours ?
Je vais acheter un délataplane (rire) ! On va écrire un film avec « bref. », c’est le nouveau challenge. Je sais pas à quoi ça va ressembler, si ça se trouve ça sera pas bien et on le fera pas mais si c’est bien, on le fera ! « bref. » avant tout, c’est pas le fait que ça soit court. « bref. » c’est l’histoire d’un mec qui raconte des histoires, c’est l’histoire d’un point de vue. C’est ça le pitch de « bref. », c’est au début on est dans la vie, on naît, à la fin on meurt et entre les deux il se passe des trucs !

Critique
J’ai pris le DVD de « bref. épisodes 1 à 40 », j’ai enlevé la protection en cellophane : ça m’a pris plus d’une minute ! La jaquette était douce, c’était cool ! J’ai pris le DVD, je l’ai mis dans mon lecteur. Un mec parlait super vite sur les avertissements, les logos et sur le menu d’accueil avec de la musique elle aussi ultra speed ! J’ai appuyé sur « les 40 épisodes », j’ai regardé, j’ai souris, j’ai regardé, j’ai ris, j’ai regardé, j’ai été ému… J’ai regardé 20, 21… les 40 épisodes ! J’ai pris le 2ème DVD « bref. épisodes 41 à 82 » et j’ai recommencé. J’ai aimé cette série qui raconte, en tranche d’une minute 30, le quotidien d’un gars normal parce que : 1. c’est une série originale, 2. le concept est fun, 3. elle utilise intelligement les outils cinématographiques (montage, son), 4. on se reconnaît tous dans le personnage de « Je », 6. c’est tellement vrai, 7. les épisodes sont tous différents 8. c’est une très belle histoire d’amour. Bref, j’ai regardé la série « bref. » !

« bref. »
De Kyan Khojandi et Bruno Muschio

Un énorme MERCI à Kyan Khojandi et Jean-Philippe Rigaud ainsi qu’à toute l’équipe du Montreux Comedy Festival.

Rencontre avec Kyan Khojandi
4.0Note Finale