Richard Harrison est un homme très sympathique. Pour preuve, il expliquait ainsi sa participation au film : « [J’ai rencontré Norbert Moutier] et il m’a dit qu’il voulait faire un film, et m’a demandé de jouer dedans. J’ai accepté, sans penser un seul instant qu’il le ferait vraiment, mais une fois ma parole donnée je ne pouvais pas revenir en arrière. » Suite à une simple promesse orale, notre ami devait se retrouver dans une production encore plus lamentable que « Lorna la Lionne du Désert » et « Dark Mission, les Fleurs du Mal » réunis ! A vous dégoûter d’être honnête.

CONFUS
Mis en scène, sous le pseudonyme de N.G. Mount, par Norbert Moutier, libraire parisien, critique de cinéma (« L’Ecran fantastique ») et connaisseur encyclopédique du bis, « Opération Las Vegas » est une production totalement stupéfiante à l’insigne pauvreté, reproduisant avec vingt ans de retard les codes narratifs de la série B européenne fauchée des années 1960 sous l’œil morne d’un Richard Harrison revenu de tout. Concentré de clichés assaisonné de jus d’incompétence, le film déroule devant un public stupéfait une histoire semblant conçue par un mauvais scénariste de télévision ravagé par l’Alzheimer.

Le scénario d’ « Opération Las Vegas » est tout à la fois linéaire et particulièrement difficile à résumer, sauf à se lancer dans une fastidieuse énumération de scènes. Tout juste comprend-on qu’il s’agit d’une organisation secrète, qui agit dans la région de Las Vegas. A moins qu’il ne s’agisse de deux organisations rivales. Ou de trois. En tout cas, il y a au moins une organisation, qui poursuit on ne sait quel but et vole des documents secrets dont on ne saura rien. L’hypothèse de deux organisations rivales naît de l’étonnante succession de retournements de vestes : tout le monde passe son temps à trahir tout le monde. Il s’agirait d’un complot de communistes, et encore, ce n’est pas sûr.

Après un combat très mou avec des ninjas (WTF ?), l’agent spécial Richard Harrison accepte d’interrompre ses vacances pour enquêter sans conviction à Las Vegas. A l’aéroport, il emballe une touriste jouée par Brigitte Borghese, copie française de Sybil Danning vue entre autres dans, excusez du peu, « Des filles expertes en jeux clandestins », « Tout le monde il en a deux », « L’Hippopotamours », « Ne prends pas les poulets pour des pigeons » et « Le Facteur de Saint-Tropez ».

Y’A DE L’EAU DANS VEGAS
L’accorte demoiselle se révèle très vite être une… ninja (!?) chef de l’organisation. Ou de l’une des organisations. Elle veut… quoi, au fait ? Mener une opération contre le gouvernement américain ? Voler de l’argent ? On n’en sait rien. Il est question d’enlever une pilote américaine et de la remplacer par un sosie : on verra bien l’enlèvement, mais on ne saura rien de la substitution. Le flou est total, on est à la limite de l’abstraction pure.

Visiblement fasciné par Brigitte Borghese, Norbert Moutier laisse vagabonder sa caméra dans d’étranges régions où la logique n’a plus cours.

Le scénario brumeux ne serait rien sans une forme largement à la hauteur du fond : faux raccords à la pelle (armes et téléphones apparaissant et disparaissant des mains des acteurs, portière de voiture ouverte dans un plan, puis fermée dans le suivant, puis à nouveau ouverte dans un troisième plan…), photo grisâtre et surexposée, montage à la fois mou et aléatoire. On a parfois l’impression d’assister à la projection d’une parodie de série B tournée sur le mode « tout ce qu’il ne faut pas faire », pour servir de contre-exemple dans une école de cinéma. Le film a réellement été tourné aux États-Unis mais réussit l’exploit de faire en sorte que cela ne se voit quasiment pas, à l’exception de quelques plans dans un casino et d’une ou deux scènes dans le désert. On se croit le plus souvent à Porrentruy ou Moutier.

Œuvre d’un authentique cinéphile dont le talent de cinéaste n’est guère à la hauteur de sa passion, « Opération Las Vegas » est à voir comme un vestige azimuté et anachronique de l’époque du cinéma de quartier, où polar minable, ninjaterie et sous-James Bond s’entremêlent dans une ambiance d’incompétence totale et sans complexes.

[Nikita Malliarakis]

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