Rob Reiner était l’invité du Zurich Film Festival samedi 31 septembre. Le réalisateur de « Quand Harry rencontre Sally » est venu y présenter « Shock and Awe », qui traite du journalisme américain d’investigation à l’aube de la guerre d’Irak. Le ZZF lui a également décerné un prix pour l’ensemble de sa carrière. 


À l’occasion de la conférence de presse de « Shock and Awe », le casting du film n’était malheureusement pas au complet. Woody Harrelson et James Marsden ont laissé le soin à Rob Reiner d’en faire la promotion en ville zurichoise. Pour la peine, trois des journalistes les plus emblématiques des Etats-Unis ont fait honneur de leur présence au festival. Instant mémorable. 

Guerre d’Irak
En 2002, trois journalistes américains révèlent les mensonges de l’administration de George W. Bush ayant conduit à la guerre d’Irak. Après les événements tragiques du 11 septembre 2001, l’Amérique est meurtrie, fragilisée, influençable. Elle est persuadée par le gouvernement que l’Irak détient secrètement des armes de destruction massive.

Certains, peu, se montrent réticents et se posent tout de même des questions. De bonnes questions. Où sont les preuves ? Les armes nucléaires ne sont qu’un prétexte utilisé par l’administration Bush pour justifier l’intervention des USA. « Par élan de patriotisme, l’Amérique a fait confiance », a déclaré l’acteur et réalisateur américain en prenant en compte le contexte socio-politique de ce début de 21ème siècle. De là, s’engage une lutte menée par quelques journalistes de convictions contre les mensonges proliférés par le gouvernement américain, qui suppose un lien existant entre l’Irak et les terroristes du mouvement de Oussama Ben Laden, à l’origine de la mort de près de 3’000 personnes. Déterminés, à révéler la stricte vérité, ces pourvoyeurs de vérité ne peuvent compter sur aucun soutien, même pas The New York Times, pourtant si renommé. La guerre éclatera malgré tout en 2003. Aujourd’hui, les troupes américaines sévissent toujours en Irak. À ce jour, aucune arme de destruction massive n’a encore été découverte. 

D’un point de vue financier, Rob Reiner avoue avoir eu de la peine à trouver des fonds pour le contenu si politique du film. « J’espère vivement que « Shock and Awe » parviendra à influencer les prochaines générations. Il s’agit avant tout de ne pas reproduire les erreurs du passé », s’est-il confié. 

L’importance de l’investigation 
« Shock and Awe » loue le journalisme en cette période difficile pour ce métier à l’avenir incertain. En guerre contre les fake news majoritairement diffusés et partagés sur les réseaux sociaux, l’univers journalistique doit faire face à des obstacles encore jamais connus auparavant. En parallèle du fact checking doit se développer un journalisme d’investigation, qui abordait les questions en profondeur toujours dans le but dénicher la pure vérité. 

Persuadé du 4ème pouvoir que détient la presse, Rob Reiner s’est adressé aux journalistes présents dans la salle : « Vous devez tout faire pour rétablir la vérité dans un but démocratique. Vous êtes les garants de la vérité. Nous avons tous besoin de vous ». Activiste aguerri, l’acteur et réalisateur compte notamment sur la puissance des géants d’Internet tels que Facebook et Twitter pour contribuer à la distinction entre les vraies informations et les redoutées fake news. 

La véracité des faits restera pour toujours un des principes-clés du journalisme. Certains sujets complexes nécessitent une investigation en profondeur, une immersion totale du journaliste sur une durée relativement importante pour pouvoir être en mesure d’apporter des réponses significatives. Selon Reiner, si tous les médias s’étaient posé les bonnes questions, c’est ce journalisme-là qui aurait pu remettre les Etats-Unis sur le droit chemin et ainsi éviter cette intervention militaire aux conséquences irrévocables : « À deux reprises, notre pays est entré en guerre par le biais d’un mensonge. Le gouvernement américain était parvenu à trouver un prétexte pour attaquer le Vietnam en 1955 et il a opéré de la même manière lorsqu’il s’en est pris à l’Irak 50 ans plus tard », se révolte Rob Reiner.

Depuis les années 90, Internet a fait irruption entré dans la sphère privée pour s’imposer comme l’outil de recherche le puissant qui existe. « Sous des montagnes d’informations, les gens deviennent paradoxalement de moins en moins bien informés ». Le regard posé sur Internet reste ambivalent, voire préoccupant lorsqu’il menace directement la démocratie : « En interférant dans les élections américaines, Vladimir Poutine a exploité la division dans notre pays ». Les effets néfastes sont réels et ne doivent pas être minimisés : « La cyberattaque est à craindre, car elle est aussi dangereuse qu’une bombe ». 

Trump ou l’art de l’ignorance 
Démocrate convaincu, le réalisateur de « Shock and Awe » avait déjà milité contre Donald Trump, alors que ce dernier n’était encore qu’un candidat présidentielle parmi tant d’autres. Depuis l’arrivée du milliardaire à la tête des Etats-Unis, les sentiments de Reiner n’ont pas changés à son égard, bien au contraire : « Donald Trump est la personne la plus ignorante que le monde est jamais connu. Il représente un réel danger pour la démocratie. Ne mesurant pas la gravité de ses actes ni de ses propos, il n’a aucune idée de ce qu’il est en train de faire ». Le film ayant été tourné avant l’élection, ce réalisateur de gauche n’aurait jamais pensé que l’Amérique prenne ce risque-là. « Maintenant, à chacune de mes visites européennes, je m’excuse de l’image chaotique qu’il renvoie de notre pays ». 

Shock and Awe
USA   –   2017   –   Drama
Réalisateur: Rob Reiner
Acteur: Woody Harrelson, James Marsden, Tommy Lee Jones
Prochainement au cinéma

A propos de l'auteur

Amoureux du film « American Gigolo », ses parents la prénomme en hommage à l'actrice Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, plus tard, comment rester indifférente face au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep prolonge sa culture en menant des études universitaires de cinéma. Omniprésent, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme. Preuve indélébile de sa passion, celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : « L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall ! ». Ça fait classe ! ;)

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