En Europe, la cinéaste Rohena Gera reste peu connue. Mais en Inde, il est probable que l’effet s’inverse, car elle réalise depuis 2003 la version télévisée d’ « Ugly Betty ». Cette fois-ci par contre, elle passe au grand écran avec un film touchant.


Suite à une demande express de son patron, Ratna doit retourner chez lui afin de l’accueillir. A priori, entre ces 2 personnes, tout les différencie. Car Ashwin est le fils d’une riche famille de Mumbai en Inde et Ratna provient d’un village pauvre. Jusqu’à présent, elle avait le sentiment que seule la richesse lui permettrait d’oublier sa tristesse pour toujours. Néanmoins et depuis quelques temps pour d’obscures raisons, elle sent sont employeur plus perdu qu’habituellement. Réalisant que sa détermination pourrait aider Ashwin, elle fera de son mieux pour l’écouter et le soutenir. Parallèlement, son impulsion va créer une chose insoupçonnable et impossible…

Tourné principalement dans un somptueux appartement à Mumbai (anciennement Bombay), « Sir » se différencie clairement du cinéma Bollywood grâce à son approche humaine et sociale. Car même si certaines réalisations à gros budgets abordent depuis plusieurs décennies des sujets presque autant dramatiques, leur fameux côté kitsch et romantique diminuent l’amplitude de la vie réelle en Inde. Cela rend malheureusement, l’œuvre cinématographique, plus divertissante que sérieuse au final. Mais cela n’est pas le cas avec « Sir » qui fait partie des films d’auteur créé grâce à une nouvelle génération de cinéastes souhaitant filmer et montrer des thèmes différents. Dénonçant certaines problématiques et brisant des tabous en Inde, ces réalisations se remarquent davantage internationalement à l’exemple de « The Lunchbox » en 2013.

« Sir » entre également dans cette catégorie en abordant des sujets sensibles et en exprimant un certain sentiment d’injuste envers les basses castes indiennes. Un fait encore trop souvent caché au sein des multiples fictions de ce pays. Cependant, la scénariste Rohena Gera a non seulement réussi à filmer une partie de ces humiliantes mœurs, mais l’objectivité qu’elle exprime, permet d’atténuer à juste dose le côté dramatique de son long-métrage.

Les personnages ont également été fort bien dirigé et chacun d’entre eux extériorise à merveille ses forces et ses faiblesses. D’autant plus qu’une petite partie des acteurs-trices de la distribution débute au cinéma. Pour les Occidentaux-ales, « Sir » représente aussi l’exotisme, la richesse des couleurs, le bruit si différent entre les 2 continents et… l’hommage à la nourriture indienne. Car oui, il est fortement déconseillé d’aller voir « Sir » en cas de faim accrue. Les plats montrés sont tous davantage alléchant les uns que les autres. Volontairement, ou pas, la relation avec « The Lunchbox » se ressent fortement à ce niveau.

Quoiqu’il en soit, le succès probable de « Sir » ne sera certainement pas dû au hasard. Plutôt grâce au travail acharné et minutieux de la cinéaste qui a, non seulement réussi à présenter son film à la 71ème édition du festival de Cannes, mais qui reçut également le prix de « La Semaine Internationale de la Critique ». De plus, Rohena Gera trouva des distributeurs européens prêts à diffuser sa magnifique fiction dans la plupart des cinémas sur le Vieux-Continent.

Malgré les nombreux thèmes sérieux et tabous mis en avant, « Sir » reste avant tout un long-métrage où les spectateurs-trices se sentiront bien après l’avoir vu. La fin est touchante et permet à l’imagination du public, de se projeter pour une continuité positive.

« Sir » est une œuvre cinématographique qui ne laissera personne indifférent, et elle s’appréciera davantage dans sa version originale afin de mieux s’imprégner de son histoire, de ses accents et comprendre les différences entre les castes.

Monsieur (Sir)
IND, FR   –   2018   –   99 Min.   –   Drama
Réalisateur: Rohena Gera
Acteur: Ahmareen Anjum, Vivek Gomber, Geetanjali Kulkarni, Tillotama Shome, Rahul Vohra
Xenix Film
19.01.2019 au cinéma

"Sir" : une approche intelligente sur les castes en Inde
5.0Note Finale