Si vous êtes friands d’histoires loufoques et d’humour anglais, « Snatch » de Guy Ritchie est le film qu’il vous faut. Ecrit pendant la post-production de son premier long-métrage, « Arnaques, crimes et botanique », il en est une sorte de version améliorée et beaucoup plus poussée dans l’humour noir. Il possède la même structure scénaristique : plusieurs histoires indépendantes qui finissent par se lier au point culminant de la narration. Facile de remarquer une ressemblance avec un film culte américain : « Pulp Fiction ». D’ailleurs, le style de Guy Ritchie est souvent comparé à celui de Tarantino pour sa violence, son cynisme et ses répliques cultes. Selon certaines critiques, le réalisateur britannique serait le créateur d’un nouveau genre de cinéma : le pop-corn cérébral. Notons que le film fut produit par Matthew Vaughn, réalisateur de « Kickass », « Xmen : First Class » et, bien sûr, « Kingsman : Services Secrets ».

Une histoire improbable
Franky vient de voler un énorme diamant pour le compte d’Avi, un mafieux new-yorkais. Pendant une escale à Londres, avant de rentrer en Amérique avec le caillou, Boris, Vinny et Sol parviennent à convaincre Franky de parier dans un combat clandestin de boxe et lui volent le diamant. Turkish et Tommy, eux, ont un souci avec leur boxeur envoyé à l’hôpital par un gitan suite à un différend au sujet d’une caravane. Ils doivent désormais convaincre le gitan de combattre à la place du boxeur afin de ne pas être donnés à manger aux cochons de Tête de Brique, le redoutable boss des combats clandestins en tout genre.

Un enfant dans une cours de récréation
« Snatch » est un film de gangsters complètement déjanté et jouissif qui se déroule dans l’univers du crime londonien. Dès le départ, il annonce la couleur avec une introduction des personnages dynamique et très drôle. On plonge tête baissée dans l’ambiance décalée du film, qui peut, certes, d’abord déconcerter, mais qui très vite emballe. Les personnages sont de grosses caricatures de malfrats. Il y en a pour tous les goûts : le vieux Russe marchand d’armes à l’épreuve des balles, le joaillier juif, le gitan avec un accent à couper au couteau amateur de caravanes, les braqueurs amateurs noirs et un dangereux psychopathe à lunettes bourré de charisme et de bonnes répliques. En effet, les forts caractères sont partout, mais leurs tempéraments sont complémentaires et construits pour qu’aucun ne soit écrasé par un autre. Tout le monde est à sa place. Mention spéciale à Brad Pitt qui, après avoir vu le premier long-métrage de Guy Ritchie, voulait absolument tourner dans son prochain film, au point de revoir à la baisse son cachet. Le personnage de Mickey, un gitan à l’accent impossible (il est impératif de voir le film en VOST !), reste l’un de ses meilleurs rôles, et pourtant l’un des moins connus. Il en va de même pour Jason Statham, ancien champion de plongée en Angleterre, qui se perdra plus tard dans les productions américaines après trois collaborations avec Guy Ritchie (« Arnaques, Crimes et botanique », « Snatch » et « Revolver »). La courte apparition de Benicio Del Toro est à la fois réjouissante et frustrante, tant son talent est grand.

Avec cette ambiance décalée, il est évident que les acteurs se sont amusés comme des petits fous lors du tournage. Il a effectivement été difficile de contraindre tout ce beau monde à une certaine discipline. Guy Ritchie fut obligé de mettre en place un système d’amendes contre les personnes qui faisaient rater une prise ou qui perturbaient le tournage.

L’humour anglais au service du montage
Le style de Guy Ritchie s’affirme avec « Snatch ». Des scènes très dynamiques, presque « clipesques », nous donnent cette ambiance loufoque et décalée qui met bien en avant cet humour très british. Une chose est sûre, ce film ne ressemble à aucun autre. Ainsi, avec le nombre conséquent de rebondissements, on est surpris et souvent bouche bée devant les directions scénaristiques choisies. Prenez la scène d’Avi qui effectue le voyage entre New-York et Londres. Rapide, efficace et basée sur du comique de répétition : Guy Ritchie nous sert exactement la même scène de six plans très courts et caricaturaux à trois reprises. Et ça marche ! Il réussit à intégrer cela intelligemment, et aux bons moments du film, pour redynamiser le rythme. Il parvient aussi à nous faire rire avec ces séquences, présentées tel un blackout, dont on n’aurait que quelques flashs. Telle est la marque de fabrique du réalisateur anglais.

Nous pouvons remarquer aussi la ressemblance entre la dernière scène de boxe de Mickey et le combat clandestin dans « Sherlock Holmes » avec ses super-ralentis très esthétiques.

Quant à la bande originale, elle est d’une qualité exceptionnelle avec des chansons de Madonna, Massive Attack, John Murphy ou encore Oasis. Elle amène la plupart du temps un décalage comique avec les images déjantées pleines d’humour noir. Ça nous aide à entrer dans le second degré du film et, avouons-le, ça fait du bien aux oreilles.

Placé non seulement à la 466ème place dans la liste des 500 meilleurs films de tous les temps par le magazine Empire, mais aussi dans le top 250 du classement de l’Internet Movie Database (IMDB), « Snatch » est un gros diamant bien taillé parmi les perles du 7ème art. Une comédie très british avec un humour débridé et très cynique. En somme, un bon défouloir, ça fait du bien de temps en temps, non ? Surtout quand on sait que le réalisateur a dû lui-même payer des amendes pour mauvaise conduite lors du tournage.

Snatch

Snatch
De Guy Ritchie
Avec Jason Statham, Stephen Graham, Brad Pitt et Benicio  Del Toro.
[Basile Manent]

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