De l’eau à perte de vue, un solide bateau à l’eau et une rencontre qui changera à jamais « Rieke ». Une approche scénaristique intelligente et audacieuse, mais perdant de son originalité et devenant lassante au moment où le sujet de base aurait été le plus important.


Rieke a un poste important dans la médecine puisqu’elle est urgentiste et tente de sauver constamment des vies. Pour ses prochaines vacances, elle a planifié un long voyage sur son bateau depuis Cologne jusqu’à l’île de l’Ascension. Celle-là même où Darwin avait planté une forêt entière lors de sa découverte en son temps. Pour Rieke, ses premiers jours sur l’Atlantique se passent au calme et sous la douceur du soleil. Quelque temps plus tard pourtant, elle affronte une violente tempête pendant son parcours maritime. Indemne, car préparée à ce genre de météo, elle va toutefois devoir faire face à une situation inattendue et la dépassant largement après son échappée de l’orage. À tel point que l’urgentiste va se sentir impuissante et désarmée malgré son expérience et ses préparatifs…

Tourné entre Cologne, Gibraltar et Malte, le 2ème long-métrage de l’Autrichien Wolfgang Fischer traire d’un sujet brûlant. Mais pourtant très peu mis en avant de manière générale par les médias.

Ces dernières années, la presse suisse et internationale mentionne fréquemment l’exode de réfugiés et migrants en Europe. Que ce soit lors de leur arrivée aux frontières, durant une catastrophe maritime ou autres évènements du genre. Par le biais de « Styx », le metteur en scène, aborde cette thématique d’une façon adroite et originale jusqu’à un certain point.

Si les cinquante premières minutes sont intéressantes, mystérieuses et concordent par rapport au fil rouge de la trame, la seconde moitié du film regorge malheureusement de clichés et d’incohérences.

En résumé et sans trop en dévoiler en sus, l’histoire de base montre « Rieke » parfaitement à l’aise au sein de son travail et sur son bateau. Ainsi, elle vogue avec assurance et donne clairement la sensation de profiter des moments positifs sur son voilier à moteur. Avec, ou contre, la marée et le vent, elle est déterminée à profiter de ses vacances pour se rendre seule, à l’autre bout du monde.

Mais quand elle voit un mystérieux bateau et distingue des gens en danger, l’illogisme de la fiction la rend plus inintéressante. Ainsi, le public découvre qu’une partie de son équipement sur son bateau va bien au-delà de ce que tout capitaine prévoirait en réalité avec une telle taille de voilier. À aucun moment, l’héroïne ne ressent de panique durant cette situation compliquée et au moment de la confrontation, elle se fait dans un échange linguistique paraissant inadapté et trop facile. La fiction dépassant donc un peu trop la réalité avec ce scénario, « Styx » perd de son authenticité et dévie de son idée de base.

Bien que le casting ne soit pas doté de nombreux-euses acteurs-trices par rapport à l’histoire, la performance de Susanne Wolff (« Les Trois Mousquetaires » 2011) se remarque, car elle endosse un rôle, un métier et une passion inhabituels et revenant souvent aux hommes. Son jeune partenaire à l’écran, Gedion Oduor Wekesa, prouve son intérêt pour le cinéma avec sa toute première interprétation. Mais son jeu de comédien demeure inadapté parce qu’il semble avoir mal été dirigé lors du tournage.

« Styx » a beau traiter d’un sujet délicat, il est possible que les spectateurs-trices soient agacés des quelques clichés prépondérants au sein de la réalisation. Il aurait été certainement plus intéressant, par exemple, de choisir des rôles uniquement féminins afin de rendre la trame davantage novatrice et pertinente.

Quoiqu’il en soit, le long-métrage marquera les esprits du public curieux d’aller le découvrir et il laissera sans nul doute, des interrogations à la fin de la séance. Car la réaction de « Rieke » face au problème, lui est propre et chacun-e (ré) agira à sa façon, légale ou illégale…

Styx
DE, AT   –   2018   –   94 Min.   –   Drama
Réalisateur: Wolfgang Fischer
Acteur: Susanne Wolff, Gedion Oduor Wekesa, Alexander Beyer, Inga Birkenfeld, Anika Menger
Trigon Film
07.11.2018 au cinéma

"Styx": la triste réalité des flots
2.0Note Finale