Sumuru La Cité sans hommes

Sumuru La Cité sans hommes

L’Espagnol Jess Franco s’est éteint le 2 avril 2013, laissant derrière lui un immense héritage cinématographique. Il y a peu, les éditions Artus ont ressorti trois films de la filmographie infinie du cinéaste – qui compte près de 200 longs-métrages (!) –, ce qui donne une belle occasion au Daily Movies de revenir sur ce personnage excentrique, important et peu (re)connu.

Jesús Franco naît en 1930 à Madrid. C’est peut-être parce que son nom comprend deux des figures les plus éminentes pour le peuple espagnol (le Christ et le Caudillo) que le cinéaste se dirige vers le cinéma d’exploitation, afin de bousculer les moeurs d’un pays aux racines fortement ancrées dans le catholicisme. En 1959, Franco réalise son premier long-métrage, « Tenemos 18 años ». Il enchaine dès lors les tournages, tournant régulièrement trois fils par année, tout en prenant part à d’autres projets. Pour la petite anecdote, il sera l’assistant d’Orson Welles en 1965, sur le tournage de « Falstaff ».

Dès les années 1960, Franco traite déjà des trois éléments essentiels de son cinéma, à savoir les vampires, l’érotisme et la musique – plus précisément, le jazz. Le cinéma lui fournit un terrain d’expérimentations pop et psychés fait d’artifices et de ficelles, où il revisite Sade comme Franju. Ses deux premiers succès sont « Le Sadique Baron Von Klaus » (1962) et « L’Horrible Docteur Orloff » (1964), qui lancent sa carrière. Parmi ses oeuvres les plus réputées, l’on peut compter « Necronomicon » (1968), « Justine de Sade » (1969) et « Vampyros Lesbos » (1971). Avec ce dernier, Franco livre une version féminine (et lesbienne) du « Dracula » de Bram Stoker, dans laquelle Soledad Miranda, sa muse de l’époque – avant qu’elle ne décède tragiquement et que Lina Romay lui succède –, y incarne une comtesse perverse, mise en scène dans un déluge d’effets visuels et narratifs.

Ce qui rend le patrimoine cinématographique de Jess Franco d’autant plus extraordinaire, c’est son système de production, si représentatif du cinéma d’exploitation, qui visait à dépenser un minimum pour rapporter gros, en usant de sujets racoleurs, de nudité et de violence pour appâter le chaland. Aussi, on n’hésitait pas à récupérer des bouts d’anciens films pour en faire des nouveaux, à tourner plusieurs projets simultanément avec les mêmes décors et mêmes équipes, ou encore à proposer différentes versions du même film – avec ou sans scènes de fesses. Cela dit, Franco se retrouve parfois victime de cette multiplication des versions: certains producteurs peu intègres ne se gênent pas de remonter ses films, en y rajoutant personnages et sous-intrigues, qui transforment complètement le résultat final.

Les années 1970 représentent une période très fructueuse pour les co-productions européennes d’exploitation, notamment pour Franco qui multiplie les projets et les pseudonymes (il signe souvent ses films sous un autre nom). Le cinéaste collabore par ailleurs avec le producteur suisse Erwin C. Dietrich, fondateur de la boite de distribution Ascot Elite, pour qui il réalise plusieurs films par année. Quelques-uns de ces longs-métrages furent projetés en 2008 pendant le NIFFF, événement durant lequel Jess Franco était présent. La reconnaissance de cet auteur fait un autre pas en avant lorsque la Cinémathèque française consacre, la même année, une rétrospective d’une cinquantaine de films.

C’est dans ce contexte que la maison d’édition Artus gratifie les cinéphiles curieux par la sortie de DVDs des films de Franco. Le premier, « Sumuru, La Cité sans hommes » (1969) est une co-production hispano-française tournée au Brésil et conte les aventures d’un détective privé dans une ville futuriste, peuplée par des femmes spéciales. « Les Inassouvies (Eugénie) », réalisé en 1970, est une relecture de Sade dans laquelle la légende qu’est Christopher Lee tient un rôle. Avec son personnage mythique de Fu Manchu, Lee a par ailleurs collaboré à plusieurs reprises avec Franco (« Le Sang de Fu Manchu » et « Le Château de Fu Manchu », tournés respectivement en 1968 et 1969).

Enfin, le troisième long-métrage édité par Artus représente un objet très intéressant, puisque le DVD contient deux versions du film, « Al otro lado del espejo » le montage espagnol (voulu par Franco) et « Le Miroir obscène », le montage français. (les deux datant de 1973). Préférez évidemment le montage d’origine, plus respectueux et représentatif du cinéma de Franco, dont l’incroyable ambition formelle et narrative se retrouve parfois condamnée par l’érotisme forcé et par l’aspect bricoleur de ses films, qui font pourtant partie intégrante de son oeuvre inimitable.

Sumuru, La Cité sans hommes – Les Inassouvies – Le Miroir Obscène
Trois films de Jess Franco
Artus Films

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