Réalisé en 1998 par Joel et Ethan Coen, « The Big Lebowski » est le conte atypique d’un fainéant invétéré se retrouvant mêlé à une demande de rançon. Drôle et intelligent, cela fait maintenant vingt ans que ce classique gagne en popularité en nous montrant que les choses sont souvent moins terribles qu’elles n’en ont l’air.


Les premières images de « The Big Lebowski » donnent tout de suite l’ambiance plus qu’originale du film : un narrateur s’adresse à nous alors que l’on regarde un virevoltant se balader, sur fond d’une chanson des années 30. On voit alors apparaître Jeffrey Lebowski, arborant un peignoir et achetant du lait avec un chèque de 69 cents ; rien ne bien glorieux, quoi. Il est possible alors que les plus sceptiques d’entre vous vous demandiez dans quoi vous vous êtes embarqués ; et à ça, je répondrais qu’il est difficile de prévoir si vous adhèrerez ou non à cet esprit décalé qui a fait la notoriété des frères Coen. Ce qui est sûr, de mon point de vue, c’est que les frangins Fargo arrivent à donner du sens à ce qui semble ne pas en avoir.

Avant d’entrer plus en détails dans les raisons pour lesquelles « The Big Lebowski » est devenu le monument qu’il est, un mini résumé du synopsis s’impose : Jeff Lebowski, que tout le monde appelle le Dude (His Dudeness ou El Duderino lui conviennent aussi) vit sa vie de flemmard sans déranger personne jusqu’au jour où des hommes mal intentionnés viennent le trouver en pensant qu’il s’agit d’un autre Jeffrey Lebowski (millionnaire, bien loin des chèques pour acheter du lait). Suite à ce quiproquo, le Dude est pris dans une histoire d’enlèvement dont il ne pourra malheureusement pas se défaire aussi facilement que de ses autres embêtements. Ajoutez à tout cela du bowling et des Allemands nihilistes et vous obtiendrez une source intarissable de répliques cultes.

Si « The Big Lebowski » est devenu une pièce maîtresse de la carrière des frères Coen, ce n’est pas tant grâce au scénario (qui semble simple aux premiers abords), mais plutôt grâce à ses personnages uniques et à la manière avec laquelle ils évoluent dans une situation pour le moins inhabituelle. Le Dude (Jeff Bridges semble être né pour jouer ce rôle, un de ces cas de « où s’arrête le personnage, où commence l’acteur ? ») est accompagné de Walter Sobchak, vétéran du Vietnam qui semble être bloqué dans le passé (sans doute une des meilleures performances de John Goodman) et de Donny Kerabatsos, le silencieux mais néanmoins très attachant troisième coéquipier de leur équipe de bowling (interprété par le très talentueux Steve Buscemi). Là où le Dude incarne à merveille l’attitude « à quoi bon », Walter s’emporte pour un rien et trouve toujours un moyen de tout ramener au Vietnam (et pour ceux qui ont vu le film, il est inévitable de voir un lien entre la scène où Walter roule la nuit alors que l’on entend « Run Through The Jungle » et le fait que cette chanson contient un message très fort sur la guerre du Vietnam).

Nous avons donc un pacifiste, un homme convaincu que la violence fait régner l’ordre (d’une certaine façon) et…Donny, qui veut juste jouer au bowling. Au final, ce qui rend « The Big Lebowski » si mémorable, c’est cet assemblage de personnes excentriques dans leur banalité : il n’y a rien d’étonnant à participer à des tournois de bowling, mais la passion qu’y met Walter est plutôt déconcertante ; il n’y a rien de surprenant non plus à ce que le Dude ait une boisson préférée (le Russe blanc), mais il en boit assez souvent au fil de l’histoire pour que cela devienne emblématique.

« The Big Lebowski » est génial parce qu’il est un hommage à toutes les fois où on prend les choses avec désinvolture et un coup de pouce pour toutes les autres où on ne sait pas le faire. Ce film, c’est comment être cool quand tout semble partir en vrille, c’est faire du pseudo-tao dans son peignoir, écouter des chants de baleines, se rendre compte que les choses n’ont que l’importance qu’on leur accorde. Ce film est un chef-d’œuvre parce qu’il est drôle, unique, plein d’ironie, et contient un message étonnement rassurant : oui, des choses terribles arrivent, mais la vie continue, n’est-ce pas ? Tel un virevoltant dans le désert, on vit notre vie au grès du vent et on continue, qu’importe que l’on soit poussé par une bourrasque ou par une agréable brise.

The Big Lebowski
Date de reprise
29 avril 2015 (1h 57min)
Date de sortie 22 avril 1998 (1h 57min)
De Joel Coen, Ethan Coen
Avec Jeff Bridges, Julianne Moore, John Goodman plus
Genres Comédie, Policier
Nationalité américain