Lighthouse, livre un cauchemar marin lourd en références, témoignant autant de l’ambition démesurée du jeune réalisateur que de son grand plongeon vers un style qui a du mal à passer.


Fin du XIXe siècle, deux hommes prennent leurs quartiers pour quatre semaines dans un phare. Thomas Wake est un capitaine et un vieux loup de mer boitant. Ephraim Winslow, un jeune bûcheron qui veut voir autre chose que les arbres et à soif d’expériences nouvelles. Rapidement, les deux personnalités se font face avec toute la virilité, le fossé des générations et la hiérarchie que leur dicte leur passé et le manuel du gardien de phare. La cohabitation s’avère rude, les embruns font le reste.

Dans un style en noir et blanc, le scénario très sombre par sa trame, ses décors et son ambiance nous offre un huis clos entre deux acteurs très différents dans leurs carrières respectives. Willem Dafoe, qui a l’habitude des rôles sombres plus qu’à son tour, fait partie intégrante avec le phare. Robert Pattinson avec sa gueule d’ange fragile et désabusé continue d’interpréter des rôles qui semblent avoir pour but commun de salir cette image de jeune premier un brin prince charmant. Le scénario nous traîne en même temps que les deux gardiens de phares dans une dureté quotidienne froide et crasseuse qui pourrait bien finir par avoir notre peau.

La folie montante de l’histoire est en réalité un miroir psychologique entre peurs et tourments. D’un point de vue sociologique, historique et psychiatrique, ce film est un merveilleux cas d’école. En dehors de ce cadre, la perception est dérangeante, horrible et nous sort de notre zone de confort très rapidement pour nous faire glisser inexorablement dans les tréfonds de la nature humaine et une partie de sa dégénérescence. Tout compte fait, c’est un délice de folie, jusqu’au bout, on se demandera si ce que nous comprenons est bien réel…

Les acteurs ont vraiment tout donné dans ces rôles compliqués aux allures d’aisance. Car garder un phare à deux est plus proche de vacances sociales que de la prison, à priori dû moins. La souffrance et le combat que se livrent les personnages contre eux-mêmes, contre la nature, contre leur situation et contre l’autre sont tout simplement grandiose, tellement splendide que l’on est certain de ne pas vouloir devenir gardien de phare dans ces conditions.

Plus proche de la personnification d’une nouvelle d’Allan Edagr Poe que d’une réalité ayant existée, ce film reflète ce que l’humain a de plus précieux en lui : sa folie.

The Lighthouse
USA/CA – Horreur/Thriller (1h 50min)
De Robert Eggers
Avec Willem Dafoe, Robert Pattinson
Universal Pictures
18.12.2019 au cinéma

"The Lighthouse" : un plongeon vers un style qui a du mal à passer.
3.0Note Finale