Salim Shaheen est un acteur, producteur et réalisateur afghan de plus de cent films. Ceux-ci oscillent entre films de combat à outrance et superbes guimauves. Les extraits que l’on en voit feraient la joie des amateurs de soirées nanar mais tiennent réellement en haleine, dans certaines régions, un public conquis.

Sonia Krund l’a suivi pendant quelques jours, lors du tournage de son énième film. Salim la traite plus en tant qu’hôte de marque qu’en tant que réalisatrice du documentaire dont il est le centre. Nous pouvons ainsi suivre ses tribulations et voir ses méthodes de travail peu orthodoxes, sur les lieux de tournage. Le personnage est chaleureux, truculent, généreux et d’une inextinguible énergie. Ce voyage est l’occasion d’en savoir un peu plus sur son parcours en tant qu’artiste, mais également en tant que militaire, et de sa manière d’utiliser les moyens du bord devant une réalisatrice éberluée : « -.. Mais…je ne comprends pas ; vous étiez général, vous vous faisiez filmer et vous utilisiez vos hommes comme figurants ? – Oui oui. » répond-t-il nonchalamment. ».

Il traverse la vie à sauts et à gambade, suivi d’une équipe d’hurluberlus aussi hauts en couleur que lui. Inventif, explosif, il tourne comme il respire, spontanément, suivant ses impulsions, rudoyant parfois son personnel. Lorsqu’il reproche à son cameraman de ne pas filmer correctement, il ramasse aussitôt une pierre et menaçant de la lui lancer, celui-ci proteste et clame son innocence, et tout en continuant à filmer, opère un prudent mouvement de crabe. Salim Shaheen dirige également ses acteurs énergiquement, allant jusqu’à faire mine de s’arracher les cheveux et quitter le plateau avec exaspération, s’ils ne jouent pas assez bien à son goût. Dans le cas inverse, il les félicite chaleureusement, entraînant les curieux venus observer le tournage, dans des salves d’applaudissements enthousiastes.

Les scènes de tournages offrent des moments grandioses. Dans une des scènes, son acteur phare, un grand bonhomme passablement efféminé doit tenir le rôle d’un soldat. Lors d’une embuscade, il fait une sorte de saut de cabri ondulant et reçoit la critique offusquée d’un gradé qui supervise l’action : « Un soldat ne doit pas sauter comme ça en arrière ! Ça ne se fait pas ! S’il recule, il doit le faire avec souplesse ! » Salim prend aussitôt sa défense : « C’est parce que « le personnage du film » est efféminé qu’il fait comme ça ! » « – Peu importe ; même efféminé un soldat ne saute pas comme ça en arrière ! » s’indigne son interlocuteur. Le film offre de ces moments hilarants à la pelle. Mais il laisse aussi la place à un peu de réflexion : efféminé ou pas, cet acteur n’hésitait pas à prendre position, publiquement, en faveur des femmes. Et en ce qui concerne Salim Shaheen ; le fait de produire des films dans un pays déprimé par des années de guerres n’est pas un acte de résistance, et même un acte de transgression, face aux Talibans ?

Sonia Kronlund est une documentariste française. Elle anime et produit, depuis 2002, l’émission Les Pieds sur terre, de 13 h 30 à 14 h, sur France Culture. Elle sera présente lors des projections de « Nothingwood » à Genève et Pully. Respectivement le 8 septembre 2017 à 20h00 au « Les cinémas du Grütli » et le 9 septembre 2017 à 20h00 au Cinéma CityClub de Pully. Avis aux amateurs !

The Prince of Nothingwood
FR   –   2016   –   85 Min.   –   Documentary
Réalisateur: Sonia Kronlund
Acteur: Salim Shaheen
Sister Distribution
06.09.2017 au cinéma

The Prince of Nothingwood : un acte de transgression, face aux Talibans ?
4.0Note Finale