THE SANDMAN, LA SÉRIE EVENEMENT DE NETFLIX, PARTIE 2

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Arrivée le 5 août sur Netflix, la première saison de The Sandman, développée par son co-créateur Neil Gaiman, les scénariste, David S. Goyer et Allan Heinberg et produite conjointement par DC Entertainment et Warner Bros. Television, est rapidement devenue une phénomène culturel, culminant en tête du hit-parade de la plateforme de streaming dans plus de 40 pays.


Ayant déjà eu loisir dans mon premier article de raconter en long et en large la genèse du comic ainsi que celle de son développement de trente ans pour en arriver à une série télévisée, il ne me restait plus qu’à faire une critique des dix épisodes désormais disponibles sur la plateforme de streaming et déchaînant déjà les passions, autant dans la communauté comics que sur les sites dédiés aux séries télévisées. En effet, l’œuvre originale souffrant de la date de sa conception (1988), Neil Gaiman et Netflix ont jugé bon de moderniser son adaptation en changeant de nombreux personnages afin qu’ils soient plus en adéquation avec l’époque actuelle, ce qui n’a pas manqué de susciter l’indignation et la colère de tout ce que la planète geek comptait de nostalgiques passéistes et racistes sectaires. Mais nous y reviendront.

By the way… Major Spoiler Alert!!!

Épisode 1 : Sleep of the Just
Se passant durant la première guerre mondiale en Angleterre, ce premier épisode nous montre par le détail la tentative de capture de la Mort par le culte de Roderick Burges (Charles Dance), un aristocrate désireux de ramener à la vie son fils tombé sur le champ de bataille. Malheureusement, à la place, il ne réussit qu’à emprisonner son frère (Tom Sturridge), incarnation du rêve et seigneur de The Dreaming, ce qui provoque une épidémie de sommeil sur la population et laisse The Corinthian (Boyd Holbrook ), un cauchemar que traquait son créateur, libre de sévir à sa guise sur Terre.

Collant d’assez près au comic original, ce prologue nous permet de brièvement retrouver l’immense Charles Dance (Game of Thrones, Alien 3, Last Action Hero) dans le rôle du mage responsable de l’emprisonnement de Dream/Morpheus. Une performance une nouvelle fois impeccable, bien qu’un peu courte, et qui donne une assise solide au reste de l’histoire se passant à notre époque.

Dans le rôle-titre, Tom Sturridge (The Boat That Rocked, Being Julia) impressionne tout le long de ce premier épisode, son jeu quasiment muet, allié à la pâleur de son corps nu et à son visage émacié donnant l’impression de contempler un être étrange venu d’ailleurs, presque extra-terrestre. Une impression qui va hélas assez vite s’estomper au cours des épisodes suivants, son look moderne, sa coiffure emo, ainsi que la couleur de sa peau, lui redonnant une humanité nuisant parfois avec son statut d’immortel régnant sur une autre dimension. Malgré tout, son langage corporel cadre parfaitement avec son personnage et c’est bien l’essentiel.

Méchant récurrent de la série, The Corinthian est un cauchemar ayant pris forme humaine à travers l’apparence d’un homme séduisant cachant les deux terrifiantes rangées de dents lui servant d’yeux derrière des lunettes teintées. Interprété avec classe et prestance par l’américain Boyd Holbrook (Gone Girl), ce personnage profondément mauvais et pervers va inspirer un culte criminel tout au long de la captivité de son créateur et maître, s’étant bien assuré que ce dernier ne s’échappe pas. Je reviendrai un peu plus tard sur l’interprète de ce très mauvais rêve.

Épisode 2 : Imperfect Host
Retrouvant son royaume en triste état, Morpheus réalise que son absence d’un siècle à non seulement vidé The Dreaming d’une grande partie de ses habitants mais a également fragilisé sa structure, le monde des rêves continuant de se désagréger lentement mais sûrement, cela malgré son retour. Affaibli et privé de trois de ses artefacts volés lors de sa captivité, il va devoir récupérer une partie de son pouvoir en effaçant l’une de ses créations autrefois offerte à Cain (Sanjeev Bhaskar) et Abel (Asim Chaudhry), deux frères dysfonctionnels propriétaires respectifs de The House of Mystery et The House of Secrets.

Outre la plaisir de retrouver le personnage du libraire de The Dreaming Lucien, devenu ici Lucienne, interprétée avec calme et assurance par Vivienne Acheampong (The Witches, The Trap), c’est surtout l’arrivée de Cain et Abel qui vaut le détour, les deux frangins de l’Ancien Testament étant devenus des personnages cultes des comics DC à travers les revues d’horreurs des 70’s de l’éditeur américain.

Pour incarner Cain, c’est le comédien britannique d’origine indienne Sanjeev Bhaskar (The Kumars at No. 42) qui s’y colle. Reconnu en Grande-Bretagne comme un monument de l’humour, il prête ici ses traits à un individu inquiétant et fratricide dont la routine quotidienne consiste à assassiner son frère. Si la bonhommie naturelle de Bhaskar n’arrive pas complètement à prendre le pas sur la noirceur presque maléfique de Cain, il n’en demeure pas moins que son interprétation lui confère une aura assez sombre, son personnage n’hésitant pas à blâmer sèchement Morpheus pour son absence et ses conséquences, dont la reprise de son cadeau.

Dans le rôle de son gentil frère Abel, le jovial Asim Chaudhry (People Just Do Nothing) délivre une performance nettement moins nuancée, Abel étant le gentil frère un peu gauche et au grand coeur. Ayant un peu plus de temps d’écran que Cain, Abel se dévoile sensiblement, notamment au contact du cadeau de réparation de leur maître. Attachant et tragique, Abel semble pour le coup tout droit sorti des pages du comic.

Épisode 3 : Dream A Little Dream of Me
On suit ici le Seigneur des Rêves aux basques de Joanna Constantine, interprétée par Jenna Coleman (Doctor Who), réincarnation moderne de Lady Constantine ayant acquit la poche de sable qui lui fut dérobée un siècle plus tôt. Le précieux artefact se trouvant chez l’une de ses ex, sa restitution ne se fera non sans mal.

Descendante du mage anti-héros John Constantine dans les comics, Joanna Constantine se substitue à lui dans la série Netflix en récupérant les origines de ce dernier, les événements tragiques de Newcastle servant en effet de flash-back de présentation afin de lui donner une assise moderne prompte à son hypothétique développement futur. Dans le rôle, Jenna Coleman vole littéralement la vedette à Tom Sturridge, volontairement en retrait. Utilisant comme modèle le Constantine incarné au cinéma par Keanu Reeves, Coleman offre une performance radicale qui renvoie en bien des points au fameux Docteur de la série qui l’a rendue célèbre. Un excellent choix de casting, même si on aurait beaucoup aimé voir le Hellblazer original en action et retrouver Matt Ryan une nouvelle fois. Mais Coleman déchire alors c’est cool.

Autre fois en possession du casque volé de Morpheus, Ethel Cripps, joué par Joely Richardson (Nip/Tuck, The Tudors) visite son fils, John Dee, joué par David Thewlis (Harry Potter, Wonder Woman) mentalement dérangé et retenu dans une institution spécialisé de haute sécurité. Se sacrifiant en lui remettant la pierre protectrice qu’elle échangea jadis contre le casque, elle lui permet ainsi de quitter l’institution afin d’aller récupérer le puissant rubis de Morpheus qu’il possède depuis son enfance.

Ancien mannequin et comédienne racée ayant laissé une empreinte indélébile dans le monde des séries télévisées, Joely Richardson incarne donc la veuve de Roderick Burges ayant prolongé sa vie jusqu’à nos jours. Personnage presque anonyme dans le comic, elle prend, trois épisodes durant, une toute autre dimension en laissant une preuve d’amour ultime à son fils, dont nous parlerons un peu plus tard, vu qu’un épisode entier lui est dédié.

Épisode 4 : A Hope in Hell
Se rendant aux Enfers en compagnie de son corbeau Matthew (voix de Patton Oswalt) pour récupérer son casque, troisième artefact lui ayant été volé, Morpheus se confronte à Lucifer Morningstar en personne, incarné par l’impressionnante Gwendoline Christie (Game of Thrones, Star Wars). Un démon détenant le précieux casque, Morpheus accepte un combat pour le récupérer, se retrouvant opposé à son champion, Lucifer en personne.

Autre changement ayant beaucoup fait de bruit, le casting de Gwendoline Christie n’a pourtant rien de choquant, son interprétation et son apparence étant bien plus fidèles au comic que celles du fantasque Tom Ellis (brièvement envisagé, on se demande bien par qui, pour reprendre son rôle) dans les six saisons de la série Lucifer, je le rappelle tirée de la même source. A la fois sensuelle et menaçante, Christie en impose grandement dans le rôle de Lucifer, son duel verbal et métaphysique étant le climax d’un épisode tout simplement fastueux et nous laissant sur les rotules.

Même s’il ne joue qu’une voix, celle de Matthew the Raven, Patton Oswalt (Ratatouille, The King of Queens) réussit admirablement à tirer son épingle du jeu dans ce rôle quelque peu ingrat, son timbre si particulier donnant littéralement vie à la seconde corneille dressée de la série dont le franc-parler et la gouaille s’avèrent une composante au combien importante du récit, comme le futur nous l’apprendra, je l’espère.

Épisode 5 : 24/7
Enfin en possession du ruby de Morpheus, inconscient dans un garage de stockage suite à l’altération de son bijou, John Dee trouve refuge dans un restaurant en bord de route, utilisant son pouvoir pour retenir le personnel et ses clients à l’intérieur tout en les forçant à ne dire que ce qu’ils pensent vraiment, pour le meilleur et surtout pour le pire. Retrouvé par Morpheus, il utilisera le ruby pour tenter de le vaincre, ne réussissant qu’à redonner son pouvoir à son propriétaire, ce dernier faisant acte de pitié à son égard.

Monument du cinéma britannique, David Thewlis incarne donc ici John Dee, et non pas le Doctor Destiny momifié du comic original. Une décision qui rejoint celles de supprimer la présence originale du Martian Manhunter, de The Demon ou encore les références aux New Gods ou encore à la Justice League, bref, tout l’aspect de l’univers super-héros de DC Comics dans lequel The Sandman gravitait à l’époque de sa publication. Cela permet à David Thewlis d’exercer son art  sans être recouvert de latex et de nous offrir une nouvelle performance d’acteur louchant évidemment sur sa récente et mémorable contribution à la série Fargo. Le moins que l’on puisse dire, c’est que son interprétation de John Dee fait froid dans le dos, sa quête obsessionnelle de la vérité nous étant d’abord aussi sympathique que totalement dégoûtante et écœurante au final

Épisode 6 : The Sound of Her Wings
Ayant retrouvé ses précieux artefacts et goûtant à une petite crise existentielle tout en donnant du pain aux oiseaux dans un parc, Dream se voit visité par sa sœur Death (Kirby Howell-Baptiste) qui l’invite à l’accompagner dans la mission éternelle qui est la sienne afin de lui rappeler par ce biais qui il est et quel est son rôle dans l’univers.

Adolescente blanche et gothique dans le comic, la Mort est ici jouée par une actrice noire trentenaire, ce qui n’a pas manqué de rendre fou les auto-proclamés fans de The Sandman, révélant surtout leur racisme caché et leur incompréhension totale du matériel original, comme l’a si bien fait remarquer Neil Gaiman sur les réseaux sociaux. Incarnant Death, Kirby Howell-Baptiste (Killing Eve, The Good Place) met pourtant tout le monde d’accord dès qu’elle apparaît à l’écran et s’adresse à son frère, ses dialogues étant directement tirés du comic et leur balade mortelle suivant de très près celle sur papier. C’est d’ailleurs le seul épisode qui m’a tiré des larmes, tant sa puissance émotionnelle est forte. S’il ne fallait qu’un exemple de la justesse des choix de représentation de The Sandman, ce serait sans nulle doute ce magnifique moment de télévision. Et si après cela vous pensez encore qu’il y a beaucoup trop de noirs dans cette série, y compris dans ses figurants, c’est définitivement vous qui avez un problème.

Cerise sur le gâteau, un second récit vient s’ajouter juste derrière avec la saga de Hob Gadling, joué par Ferdinand Kingsley (Victoria, Dracula Untold). Rencontré au Moyen-age dans une taverne alors que Dream et sa sœur visitaient l’humanité, cette dernière cherchant à la faire remonter dans l’estime de son frère, Hob se vanta au même moment de ne pas vouloir mourir afin de jouir de la vie à tout jamais, provoquant de ce fait la curiosité de Dream. Le remarquant, Death proposa à son frère d’épargner l’ivrogne aussi longtemps qu’il le désirerait, lui permettant ainsi de vérifier ses dires en le rencontrant une fois par siècle dans cette même taverne.

Connu comme le compagnon de boisson de Dream, Hob a fortement marqué les esprits du lectorat de The Sandman et nul doute que sa transposition live en fera de même, le jeu de Ferdinand Kingsley à travers les siècles s’avérant d’une justesse formidable et se concluant par un climax émotionnel de superbe facture, terminant de faire de cet épisode un sérieux candidat aux Emmy et Golden Globes Awards à venir. On croise déjà les doigts.

Épisode 7 : The Doll’s House
Séparée de son jeune frère Jed (Eddie Karanja) après le divorce de leurs parents, Rose Walker (Kyo Ra) le recherche durant des années, les deux ayant été placés en famille d’accueil et Rose, ignorant les maltraitances que son frère subit, tente de le retrouver pour devenir sa tutrice légale.

La jeune femme, adoptée par Lyta Hall (Razane Jammal), étant également un Vortex, une force attirant et manipulant naturellement les rêves, Desire (Mason Alexander Park) et sa soeur Despair (Donna Preston), deux Endless, complotent pour se servir d’elle afin de nuire à nouveau à leur frère Dream.

Ce dernier recherche également Rose afin de retrouver trois résidents échappés de son royaume : Gault (Ann Ogbomo), un cauchemar protégeant Jed de son père adoptif, Gilbert/Fiddler’s Green  (Stephen Fry), un lieu bucolique de The Dreaming devenu un gentleman afin de servir de garde-du-corps à Rose, ainsi que le Corinthian (Boyd Holbrook), dont les méfaits sur un siècle ont fait des émules, se voyant invité à une convention de tueurs en série le vénérant.

Beaucoup de personnages apparaissent ici ou se révèlent enfin, à commencer par Rose Walker et son frère Jed. Caucasiens dans le comic, ils deviennent ici noirs, une manière habile de mettre en avant les sévices et autres injustices que la communauté afro-américaine subit au quotidien. Kyo Ra s’avère parfaite dans le rôle de Rose Walker, récupérant ses mèches colorées et donnant une interprétation toute en subtilités, tandis que Eddie Karanja interprète avec force un enfant courageux réduit à l’état de chien battu par un couple dénué de toute humanité et ne se préoccupant que de l’argent qu’il leur rapporte mensuellement.

Super-héroïne et compagne du Sandman justicier des 70’s dans les comics, Lyta Hall est réduite ici à une femme ordinaire retrouvant son mari décédé dans The Dreaming avant que Morpheus n’intervienne pour mettre un terme à cette illusion de bonheur parfait. Cette fois-ci, il est impossible de soutenir cette modification du matériel de base, la relecture étant bien trop faible et déséquilibrant grandement la cohérence de la série en nous servant des scènes dignes d’un soap opera. Et ni Razane Jammal, ni Lloyd Everitt (Hector Hall débarrassé de son costume de justicier des rêves) n’arrivent à nous passionner à leur histoire d’amour bourgeoise. La première grande déception de cette adaptation live, heureusement vite expédiée.

Venons-en maintenant à Desire et Despair, les deux Endless qui apparaissent enfin un tout petit peu, complotant depuis fort longtemps contre leur frère depuis leurs dimensions respectives. Si pour Desire, le casting de Mason Alexander Park (Before You Know It) a soulevé on ne sait trop pourquoi l’indignation des pseudos fans du comic, visiblement déroutés que l’on puisse choisir un acteur non binaire pour incarner un personnage bisexuel, il faut bien reconnaître que sa fascinante performance hors norme apporte une dangerosité et une folie bienvenue à son personnage, quelque peu snob dans le comic et coincé dans ses costumes et autres guêpières, ne distillant guère d’émotions.

Pour ce qui est de l’Infini incarnée par Donna Preston (Fully Blown), c’est un peu les limites de l’adaptation qui sont montrées ici, Despair étant dans le comic une femme nue et obèse aux traits disgracieux ayant pour habitude de se lacérer le corps avec un crochet de pèche. Si le crochet a été gardé et que la comédienne anglaise possède le physique du rôle, elle est ici vêtue d’un treilli et arbore un visage assez doux, bien que laissant percer une douleur profonde et continue. Un choix narratif qui s’explique, comme pour Desire, par une volonté d’avoir des personnages résonnant avec leur époque.

Reste les trois résidents de The Dreaming en fuite que Dream doit retrouver. Si l’on ne reviendra pas sur The Corinthian tout de suite, il convient de s’attarder sur Gault, interprétée par Ann Ogbomo (Krypton, Zack Snyder’s Justice League). Cauchemar exilé sur Terre, Gault devient l’ange-gardien du jeune Jed, lui créant un univers personnel où il est un super-héros afin de l’aider à supporter ses tortionnaires de parents adoptifs. Totale réinvention de l’un des minions du Sandman des 70’s, Gault s’humanise ici grandement grâce à la performance de Ogbomo. Il est juste dommage que cela soit au détriment de la double identité de Hector Hall, ici jetée à la poubelle et projetée dans le monde imaginaire de Jed à sa place.

Enfin, il ne faut pas oublier le rôle particulier de Stephen Fry (V For Vendetta, Gosford Park, Wilde), incarnant Gilbert, un gentleman protecteur pour Rose Walker mais dont la véritable nature est celle d’un endroit se trouvant dans The Dreaming. Semblant tout droit sortit d’une nouvelle de Sherlock Holmes et ressemblant d’ailleurs énormément au Docteur Watson, Fry apporte une touche aussi classique que romanesque à la série, son charisme rendant immédiatement Gilbert précieux, à la manière d’un vieil oncle protecteur et plein de ressources.

Épisode 8 : Playing House
Aidant Rose à retrouver son frère Jed malgré le danger qu’elle représente pour lui, Morpheus ne tarde pas à s’en faire une potentielle ennemie mortelle, la jeune femme se méfiant et n’appréciant guère l’attitude et les manières du seigneur des rêves, notamment quand il s’attaquera, à l’épisode suivant, à sa tutrice, Lyta Hall, en effaçant la réminiscence de l’amour de sa vie réfugiée dans The Dreaming.

Sans doute l’épisode le plus faible de la série, la réécriture façon soap opera de la romance entre Lyta et Hector  Hall semblant forcée et s’avérant au final déplacée dans le contexte du reste de l’histoire, Jed vivant un enfer avant d’être secouru par The Corinthian qui l’emmène avec lui à la convention de tueurs en série où il a été invité, ce évidemment sans le lui dire.

Pas vraiment de nouveaux personnages dans cet épisode. On peux néanmoins dire un petit mot sur le couple sordide ayant adopté Jed par intérêt financier. Incarnés par Sam Hazeldine (The War Below) et Lisa O’Hare (New Amsterdam ), Barnaby et Clarice représentent ce qu’il y a de pire dans l’humanité Un homme dur, cruel et immoral marié à une femme fragile et totalement sous sa coupe. Dans leurs rôles respectifs, Hazeldine et O’Hare réussissent presque à nous faire souhaiter leur propre mort. Et d’ailleurs…

Épisode 9 : Collectors
Épisode culte du comic, cette virée dans une convention de tueurs en série déguisée en convention de céréales s’avère aussi folle que sur le papier, le côté glauque originel ayant été volontairement gommé pour créer une sorte de normalité encore plus dérangeante, la plupart de ces meurtriers monstrueux, dont des femmes, étant totalement intégrés à la société dans laquelle ils et elles sévissent et où The Corinthian est considéré comme un demi-dieu.

L’occasion de revenir plus en profondeur sur la performance imposante bien que toute en retenue de Boyd Holbrook dans le rôle du cauchemar renégat. Survolant l’intrigue avec une grâce et une assurance incroyable, il vole littéralement la vedette à tout le monde, son créateur semblant toujours en retard d’un train pour mettre un terme à ses agissements. Semblant sorti de la série Mindhunter et pouvant aisément jouer au coude à coude avec Hannibal Lecter, The Corinthian s’affirme comme le grand méchant dont la série avait besoin pour asseoir sa légitimité dans la jungle des séries actuelles. Un grand numéro d’acteur pour un personnage que l’on adore détester.

C’est également un épisode clé ou Morpheus va en quelque sorte sceller son destin à venir par ses actions, mais je n’en dirai pas plus car tout est sujet à interprétation et il n’y a aucune raison que la série, si elle se poursuit durant les cinq saisons envisagées, finisse comme dans le comic, bien que je ne voie pas comment elle pourrait finir autrement.

Épisode 10 : Lost Hearts
Le dernier épisode de cette première saison voit Dream se confronter à The Corinthian, avant que les pouvoirs de Rose Walker, je le rappelle un Vortex pouvant manipuler les rêves à sa guise, ne l’empêche de le stopper, du moins momentanément. Une prise de conscience bienvenue qui n’empêchera pourtant pas Rose et le Seigneur des Rêves de se retrouver une nouvelle fois opposés suite aux actions jugées cruelles de ce dernier.

C’est alors qu’apparaît Unity Kinkaid (Sandra James-Young), autre personnage fil rouge de la série car ayant dormi durant tout l’emprisonnement de Morpheus et étant la seule à s’être réveillée. Arrière grand-mère et bienfaitrice de Rose, elle est le Vortex originel qui a été manipulé par Desire pour mettre en danger son frère alors emprisonné sur Terre, ce qui donnera lieu à une brève autant que menaçante réunion familiale entre les deux Infinis.

Se terminant, on l’espère provisoirement, par un pseudo happy-end, la saison laisse entrevoir l’humanisation en cours de Morpheus, la restauration en marche de The Dreaming, ainsi que la menace attendue de Lucifer, bien décidée à ne pas rester sur l’humiliation de leur dernière rencontre et confrontation.

Votre serviteur, fan de trente ans des comics originaux, ayant binge-watcher la série d’un seul coup le jour de sa sortie, c’est avec une certaine appréhension qu’il envisageait l’écriture d’une critique honnête et sans détour de ces dix épisodes. Je l’avoue, quand j’ai éteint mon téléviser sur les coups de trois heures du matin, j’étais quelque peu déçu. J’ai beau avoir évolué en tant que personne avec les années, réalisé mon propre racisme, ma misogynie et pris conscience de la montagne de privilèges que m’a procuré durant ma vie et continue de me procurer mon statut de mâle blanc hétéro et tout le formatage qui va avec, j’ai quand même un peu tiqué en regardant The Sandman. Et puis j’ai décidé de laisser reposer mon esprit quelques jours, en parlant brièvement ici et là, avec quelques proches ainsi que des collègues. Au final, je me suis rendu compte que je n’avais rien de véritablement négatif à en dire, au contraire. Certes, j’étais un peu déçu de certains choix esthétiques et narratifs, mais j’en gardais un bon souvenir.

C’est alors que j’ai commencé à regarder, avec un certain retard sur le reste du monde, la dernière saison de Stranger Things. Et c’est là que j’ai compris ce qui clochait dans ma façon d’appréhender les séries, à savoir cette concurrence permanente où l’on doit on ne sait trop pourquoi confronter des œuvres qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Le visionnage de la série des Duffer Brothers m’a rapidement laissé de marbre, malgré mon amour pour la plupart de ses personnages et cette jouissive ultra-violence, parfois gore, mêlée à des préoccupations adolescentes et très américaines des années 80.

C’est là que je me suis rendu compte que The Sandman, malgré sa modernisation et le cahier des charges LGBT+ de Netflix, avait toutes les qualités humaines d’une autre série britannique ancestrale que j’affectionne au-delà de tout bon sens, je parle bien sûr de Doctor Who.

Donc voilà, ce n’est pas la meilleure série du monde, ses effets spéciaux ne sont pas toujours extraordinaires, les récits sont parfois décousus et les réalisateurs sont bien trop nombreux pour assurer une cohésion suffisante à l’ensemble, MAIS il s’en dégage une profonde honnêteté et un grand humanisme. C’est vraiment le genre de série que vous regardez d’un œil distrait et vaguement intéressé, avant qu’il ne se passe quelque chose d’inattendu qui va vous clouer sur place, puis vous scotcher à l’écran avant de passer par toutes les phases possibles, du rire au larme en passant par une profonde douleur à voir disparaître des personnages dont vous ne connaissiez rien une heure auparavant. Et comme dans Doctor Who, il y a cela dans The Sandman.

Alors voilé, faites-vous votre avis, n’écoutez pas les commentaires haineux et ne prenez jamais pour argent comptant la parole des auto-proclamés fans hardcore (un ramassis de sales types toxiques) qui pensent savoir mieux que vous de quoi leur obsession parle. Regardez-là comme l’être humain que vous êtes et trouvez-y des raisons de croire à l’incroyable, de rêver au-delà des vos rêves et de vous échapper, ne serait-ce que pour quelques heures, du monde de fous dans lequel nous vivons.

The Sandman
USA – 2022 / 60 min /Drame, Fantastique
Créée parNeil Gaiman, Allan Heinberg
Avec Tom Sturridge, Gwendoline Christie, Vivienne Acheampong
Netflix

[Écrit par François Steiner]

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