Durant les années 50 aux Etats-Unis, une des rares étudiantes en droit deviendra précurseur dans ce domaine et militera pour le droit des femmes. Pourtant, elle ne se prédestinait pas à un tel destin. Un hommage lui est rendu au travers ce beau et complexe biopic.


Ruth Bader Ginsburg est une jeune femme indépendante et sait se débrouiller en cas de coups durs. Mariée à Martin Ginsburg, elle étudie à l’école prestigieuse d’Harvard afin de devenir avocate. Idéaliste quant à l’égalité des sexes, elle désire aussi ardemment que les discriminations envers les femmes cessent. Mais elle ne sait comment changer et faire cesser cette ségrégation. Car même au niveau de la législation américaine bien rodée et très machiste, un tel changement semble impossible. Toutefois, une affaire à l’apparence indissociable avec son souhait, va lui être proposée et l’aidera grandement. A tel point qu’elle fera face à la Cours d’appel et même la Cours suprême des Etats-Unis. Épaulée par sa famille, saura-t-elle être à la hauteur et revendiquer les droits adéquats ?

Née au début des années 30, Ruth Bader est la fille d’immigrants Juifs russes. « Kiki », surnom que sa jeune sœur aînée décédée lui donnait, reçu une bonne éducation. Ainsi, avec sa mère, elles allèrent fréquemment à la bibliothèque afin de se documenter et lire. Cette sortie paraît tellement anodine actuellement, mais à l’époque, rien que le terme « bibliothèque » prononcé par une femme, pouvait créer une polémique. Par la suite, la jeune Ruth poursuivit ses études à tel point qu’elle intégra la prestigieuse école d’Harvard, dans la section du droit. Malgré son statut d’épouse et de mère suite à la rencontre du futur M. Ginsburg dans les années 50, elle continua avec acharnement sa formation. En 1959, elle obtint son diplôme en droit en étant la 1ère de sa classe. Par la suite, elle fut enseignante, co-auteure de livres, juge à la Cours d’appel, et même à la Cours suprême. Toujours en vie, elle n’hésite pas à militer fortement contre l’investiture Trump et pour le droit des femmes.

Si tous les faits historiques relatés sont intéressants et anecdotiques parfois, il faut savoir que ce résumé sera très important afin de mieux comprendre Une femme d’exception. Car même si la réalisatrice Mimi Leder (« The Leftlovers ») l’a rendu le plus possible tout public, la majeure partie des spectateurs-trices européens-ènnes, ne comprendront que trop peu qui est Ruth Bader Ginsburg. Très reconnue aux Etats-Unis, elle ne l’est pratiquement pas au Vieux-Continent et ce malgré ces actes et décisions judiciaires. Malheureusement donc, entre les noms des personnages, les abréviations techniques et son parcours de vie au 20ème siècle, le regard du public envers Ruth se percevra très différemment entre les 2 continents.

Quoiqu’il en soit, son cheminement semble avoir été bien cerné par la metteuse en scène qui relate et filme le vécu de la future juge en le démocratisant à juste dose. Un degré supplémentaire aurait certainement rendu « Une femme d’exception » moins intéressant. À l’inverse et malgré cette popularisation des faits et lois, respecter l’exactitude des usages et termes juridiques, aurait donné l’impression d’une trame plus floue et trop complexe.

Des éléments que le casting principal, composé de Felicity Jones (Inferno) et Armie Hammer (Call Me By Your Name), respecte au mieux afin d’honorer une existence devenue historique. La conjoncture de l’époque au travers notamment, des manifestations, revendications pour le droit des femmes, et justement les affaires de Ruth Bader Ginsburg, ont créé une meilleure considération entre les sexes.

En définitive, « Une femme d’exception » ne conviendra pas au spectateurs-trices appréciant les revendications explosives et violentes. Bien que le récit puisse satisfaire les curieux-euses et connaisseurs-euses par rapport à cette remarquable femme, l’histoire peut également vite devenir ennuyeuse à cause des différences susmentionnées. Évidemment, le long-métrage ne s’adresse pas aux enfants, car ils peineraient trop à comprendre l’intrigue. En fait, le biopic demeure efficace et intelligent, mais reste malgré tout, trop intellectualisé et cela risque de décourager une partie du public en Europe.

Une femme d’exception
USA   –   2018   –   Biographical
Réalisateur: Mimi Leder
Acteur: Felicity Jones, Armie Hammer, Justin Theroux, Cailee Spaeny, Jack Reynor, Kathy Bates, Stephen Root, Sam Waterston, Ruth Bader Ginsburg, Stephanie Costa
Ascot Elite
02.01.2019 au cinéma

"Une femme d'exception" : quand une loi sur les impôts aide à la parité
3.0Note Finale