Vice-Versa (Inside Out)

Approchant de sa trentième année d’existence, le studio Pixar se devait de marquer le coup en cette année 2015. Ce n’est donc pas un, mais deux films du studio auxquels nous avons droit cette année, « Inside Out » et « The Good Dinosaur » qui sortira fin novembre.


Alors que nous sommes habitués ces dernières années à de sempiternelles suites (pour la plupart décevantes et qualitativement en dessous des premiers opus si l’on excepte « Toy Story 3 »), le studio nous propose en 2015 deux histoires originales, et ce n’est pas peu dire qu’ « Inside Out » transcende toutes les attentes que nous pouvions avoir de la part du studio. Après les magnifiques « Monstres & Cie » et « Up », Pete Doctor monte encore d’un cran le niveau qualitatif des productions Pixar.

Vice-Versa (Inside Out)

Tout commence à la naissance de Riley. Petite fille vive et pleine d’énergie, elle va vite se passionner de hockey. Dans sa tête, les émotions se bousculent. Joie, Tristesse, Dégoût, Colère et Peur vont tâcher de maintenir la bonne vitalité de la jeune fille pendant qu’elle grandit et fait ses expériences. Un beau jour, ses parents décident de déménager à San Francisco. Déracinée du jour au lendemain, Riley va vite tomber dans une certaine déprime, et les émotions vont devoir se surpasser pour que tout rentre dans l’ordre.

Vice-Versa (Inside Out)

Ce qui frappe au premier abord dans « Inside Out », c’est la facilité déconcertante avec laquelle Pete Doctor et ses équipes, nous font accepter l’existence de ce monde des émotions à l’intérieur de Riley. Tout de suite, la présence de Joie et de ses coéquipiers est une évidence, et on se projette dans leurs décisions et les conséquences qu’elles entraînent dans le quotidien de Riley. Ils réussissent également à nous faire accepter l’existence de concepts complètement abstraits de manière concrète, que ce soit la mémoire à long terme, les souvenirs ou encore les différentes îles qui imagent à merveille le quotidien de Riley. Le score de Michael Giacchino est peut-être un de ses chefs-d’œuvre, la musique épousant à merveille la délicatesse de Joie, la balourdise de Tristesse ou la spontanéité de Colère. Le compositeur use du procédé de mickeymousing qui consiste à utiliser de la musique pour suivre les gestes des personnages par exemple.

Vice-Versa (Inside Out)

Un procédé très ancien qui remonte aux premières années du cinéma sonore. « Inside Out » baigne tout entier dans une ambiance nostalgique, nostalgie d’une époque ou les dessins animés savaient délivrer un message mature et constructif aux enfants sans jamais les prendre pour des idiots, sans avoir besoin de leur prémâcher tout le travail de compréhension. Pourtant, le film réussit à être à la fois nostalgique sous certains aspects (l’ambiance très jazzy, les couleurs pastelles semblant sortir d’une autre époque) et incroyablement moderne dans sa manière de rendre concret des notions si abstraites que les émotions. De plus, les studios Pixar nous montrent que la tristesse est une émotion indispensable pour avancer dans la vie, et que le déracinement est une réalité à laquelle beaucoup sont confrontés. Ajoutons à cela une superbe direction artistique dont chaque choix, chaque couleur et chaque lumière souligne un événement du film.

Vice-Versa (Inside Out)

Nous avons donc là un des meilleurs films du studio si ce n’est le meilleur, beau à en pleurer et d’une richesse thématique et émotionnelle peu commune qui fait vraiment office d’outsider dans le paysage sclérosé et bienpensant de l’animation actuel. Pourtant, « Inside Out » est à ce jour le troisième plus gros succès mondial du studio. Comme quoi, il y a encore des gens qui sont clients de ce type de dessin animé ; exigeant, riche et extrêmement mature. 

INSIDE OUT (Vice-Versa)
De Pete Doctor, Ronnie Del Carmen
Disney