Histoire d’un pêcheur philippin qui plonge dans le terrible milieu de la criminalité, pour survivre…


Dans la Baie de Manille aux Philippines, Kuya Bong, jeune pêcheur lutte pour subvenir aux besoins de sa famille et soigner sa fille malade. Il se lève à l’aube et part pêcher, avec des collègues, des poissons qui seront vendus durant la journée sur les étals d’un marché de la capitale.

C’est à bord d’une modeste barque en bois que nous le trouvons la nuit. La ville est endormie et le jeune pêcheur profite de l’obscurité pour vaquer en solitaire à une occupation douteuse, celle de «Trasher». Ce second emploi, illégal est mieux rémunéré que le premier et consiste à se débarrasser de corps de personnes décédées en les jetant par-dessus bord.

En effet, d’après certaines recherches de médias internationaux (Al Jazeera) et d’ONG, de nombreux philippins appartenant au crime organisé, disparaissent chaque jour de cette manière. Selon leurs informations, les autorités du pays paieraient des fossoyeurs formés sur le tas pour masquer les crimes de la lutte acharnée de l’état contre le trafic de drogue.

Le scénario du film est captivant, même si on ne comprend pas tout de suite le rôle prépondérant de Bong dans l’histoire. Paralysé par le remords et la peur, il noie son malheur dans l’alcool.

Kuya Bong est une victime du système, il est impliqué et empêtré dans des règlements de comptes qui ne le concernent pas. La donne change en partie, le jour où un voisin, vendeur de crack est assassiné. Pressé par sa femme de changer rapidement de métier, le jeune marin décide de prendre ses distances avec ses partenaires et se rend à l’agence du travail pour chercher un nouvel emploi. Il se rend vite compte qu’échapper à son destin n’est pas si évident…

Désespérés par leur situation précaire, ces hommes choisissent un emploi plus rentable mais peu valorisant. Ils deviennent ainsi, indirectement complices d’une guerre interne sanglante. Ceux qui aident les autorités sont dans une position dangereuse parce qu’ils en savent trop.

L’intérêt de ce court métrage est la manière dont la réalisatrice, Eileen Cabiling expose l’intrigue, par son opinion sur la guerre contre le trafic de drogue aux Philippines et comment celle-ci affecte les plus pauvres.

«Basurero» (Trash) présente une histoire à la fois originale et sensible. Le sujet principal du film a déjà été abordé au cinéma dans Respect de Treb Monteras et Nakaw de Escondo et Bellarmino ainsi que dans les documentaires On The President’s Orders, Aswang et Dumpro, mais cette fois-ci, au lieu de montrer une perspective violente, la réalisatrice a préféré présenter l’aspect psychologique de ceux qui sont pris dans le cercle vicieux de la violence et la pauvreté.

Eileen Cabiling (Welcome to the Dollhouse, Smoke (1995) et Scar City (1998), Apsara (2003)) a été formée à l’université de Columbia (NY) puis à l’American Film Institute. Son nouveau film est aussi immersif qu’accrocheur.

Au casting nous trouvons Jericho Rosales qui interprète avec brio le personnage de Bong. Althea Vega joue Luce, cette actrice est connue internationalement pour son rôle dans le film Metro Manila, sorti en 2013. Elle n’apparaît que pendant quelques minutes, mais cela suffit à la mettre sur le devant de la scène dans cette nouvelle production.

Présenté au Busan International Film Festival et au FIFF (Festival International du Film de Fribourg), ce court métrage doté d‘une musique entraînante et de personnages attachants mérite d’être vu par une majorité de cinéphiles qui trouveront des informations utiles sur la situation politique de ce pays.

Basurero
Philippines, USA 2019 / Court-métrage
Compétition Internationale Courts métrages FIFF 2020
Réalisation et Scénario : Eileen Cabiling
Producteurs : Darlene Catly Malimas, Sascha Rice, Eva Husson, José C. Mangual.
Avec : Jericho Rosales (Kuya Bong), Althea Vega (Luce, femme de Bong), Marife Necesito (Vendeuse de poisson), Soliman Cruz (Le capitaine), Skyzx Labastilla (chercheuse d’emploi), Matt Daclan.
Cinématographie : Lee Jae-Hyeok.
Musique : Tereza Barrozo.
Montage : Lawrence Ang.
Directeur Artistique : Rolando Rubenecia.
Durée : 16 minutes. 

"Basurero" : Dilemme !
4.0Note Finale

A propos de l'auteur

Le cinéma est un lieu merveilleux, on y trouve de tout: des comédies (mon genre préféré), des films d'auteurs (que j'apprécie pour leur diversité), des documentaires plus ou moins passionnants, des blockbusters et d'autres types de films. Fan du cinéma français et des pays latins, j'en ai fait ma spécialité. Rédacteur depuis de nombreuses années, j'aime partager mes connaissances et découvertes. «Le cinéma est fait pour tous ceux dont la curiosité est le plus grand défaut» Claude Lelouch

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