Méconnue du grand public, l’affaire « Tennant » s’avère être d’une réalité brutale, horrible et démontre que le pouvoir et l’argent permettent vraiment, vraiment tout. Basé sur ce fait réel et toujours d’actualité, « Dark Waters » est un thriller dramatiquement juste.


Pour Robert Bilott, un avocat spécialisé dans la défense des industries chimiques au sein du cabinet Taft, ce jour-là sera particulièrement chargé pour lui et va même changer sa vie à jamais. Avant tout parce qu’il obtient enfin sa promotion tant attendue, mais également parce qu’il recevra une visite inattendue… Celle du fermier Wilbur Tennant de l’état de Virginie-Occidentale. Si l’homme de loi ne se souvient pas d’emblée de l’agriculteur, il ne pourra refuser l’affaire que ce dernier lui tend, car Tennant a été envoyé par la grand-maman de Bilott. Et pour lui, une promesse est une promesse. D’abord perplexe, désintéressé et presque médisant par ce qui deviendra l’affaire « Tennant », Robert va néanmoins comprendre que sa région natale est largement, ouvertement et illégalement empoisonnée par l’entreprise internationale chimique DuPont. Mais pour dénoncer cette pollution mortelle et ce groupe auprès public, il va prendre de gros risques, allant même jusqu’à se sentir menacé…

A la fin du 20ème siècle, la société américaine chimique DuPont acheta plusieurs hectares dans une petite ville au sein de l’état de Virginie-Occidentale. Rapidement, le lieu fut transformé en une usine servant au stockage à une substance toxique venant d’être créée et nommée PFOA (soit l’Acide PerFluoroOctAnoïque ou C-8). Et c’est ainsi qu’en toute impunité, la firme internationale pollua ouvertement non seulement la rivière Ohio, mais également la réserve d’eau potable de la région. Peu de temps après, un des plus proches fermiers de la rivière constata les premiers graves problèmes au sein de son infrastructure. Le temps passa et il finit par récolter plusieurs preuves qu’il décida d’amener à un avocat travaillant à Cincinnati et qu’il connaissait par une intermédiaire. De là, naquit l’affaire « Tennant ».

En résumé et sans dévoiler les intrigues nécessaires au film, voici donc les faits réels liés à ce dossier. Afin de respecter au mieux « Dark Waters », Todd Haynes (« Carol ») s’est non seulement basé sur l’article du « New York Times Magazine », mais il collabora au scénario également avec l’auteur de ladite chronique qui a été écrite par Nathaniel Rich. Si le défit pouvait sembler risquer, car expliquer et filmer des composants chimiques ainsi que leurs problématiques peut s’avérer vite ennuyeux, c’est au contraire une grande réussite pour l’équipe technique.

En effet, non seulement le sujet captive d’emblée et effraie au niveau de son envergure, mais en plus, les atmosphères recréées demeurent angoissantes jusqu’à la fin du récit. D’ailleurs, la ligne de conduite de la réalisation est également impressionnante et le suspens très intense et palpable aussi jusqu’au tout dernier moment. Quoiqu’il en soit et si l’affaire « Tennant » n’a pas défrayé les chroniques des médias européens à l’époque, « Dark Waters » ne manquera pas de faire changer de nombreuses opinions des spectateurs-trices quant à l’utilisation du téflon et de ses dérivés.

Outre le script minutieusement préparé et filmé, des décors réels ou fabriqués maîtrisés et parfois tristement réalistes, la distribution de « Dark Waters » s’avère être tout autant incroyable et bluffante. Certes, c’est le comédien Mark Ruffalo (« Spotlight ») qui porte et amène l’efficacité à la fiction. Effectivement, le seul point négatif au niveau de « Dark Waters » demeure le manque de personnages féminins, car même Anne Hatthaway (« Colossal ») reste effacée quant à sa performance. Mais cet élément ne gêne pas spécialement parce que le fond de l’histoire (réelle et fictive) est tellement indignant et effroyable, que seul le dénouement de l’enquête comptera.

Somme toute, et même si « Dark Waters » ne demeure pas être un film d’action ou d’horreur (bien que quelques amusantes allusions à ce genre soient disséminées avec parcimonie), il est fortement à supposer que la consommation du téflon diminuera et que l’entreprise « DuPont » subira de nouvelles pertes économiques. A raison, mais cela ne les impactera probablement pas jusqu’à une faillite pourtant méritée, sachant leur manière de traiter la nature et l’espèce humaine.

Finalement, si « Dark Waters » n’aborde pas l’écologie à la manière d’un documentaire, il fascinera et remettra en question de nombreux-euses spectateurs-trices. Dramatique, effroyable et puissant, le chef d’œuvre cinématographique démontre que l’argent, le pouvoir et la surconsommation peuvent effectivement, détruire les différentes espèces vivant sur terre

Dark Waters
USA – 2019 – Drama 
Réalisateur: Todd Haynes 
Casting: Anne Hathaway, Mark Ruffalo, Bill Pullman, Tim Robbins, Victor Garber, Mare Winningham, William Jackson Harper, Bill Camp, Trenton Hudson, Kevin Crowley 
Ascot Elite
26.02.2020 au cinéma

"Dark Waters" : «C’est dans l’eau !» et jusque dans les poêles…
5.0Note Finale

A propos de l'auteur

Le 7ème Art, pour moi c'est tout une histoire, Plus qu'une passion, qu'une grande occupation, D'Hollywood à Bollywood, De Michael Bay à Jean Marais, Je me complais dans ce milieu fabuleux.

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