A la fois tableau d’une Albanie dévastée et chronique de trois destins tourmentés, ce nouveau long-métrage de fiction du cinéaste suisse Pierre Maillard hésite entre document réaliste et peinture impressionniste.


Trois personnages principaux se croisent dans cette Albanie abîmée par les conflits de nations, de clans ou de familles. Un photographe d’abord, qui revient sur le lieu où il a pris son dernier instantané de barbarie guerrière avant de ne plus soumettre que des arbres à son objectif. Une jeune femme enceinte d’un homme d’un clan rival, que sa famille vient de tuer et qui fuit, elle-même, un sort semblable. Et pour finir, un prêtre à la foi ébranlée qui va se montrer prêt à tout pour tenter de sauver quelques migrants qui traversent chaque jour la mer. Tous, quelque part, courent après une forme de liberté. En forme de paix intérieure pour celui qui a déjà trop vu et trop subi les atrocités humaines, en forme d’évasion pour celle que sa famille séquestre et enchaîne puis enfin, en forme d’acte de foi pour celui qui doute de ses capacités à servir son Dieu.

Le film brasse donc plusieurs thèmes pas évidents à traiter sur grand écran. Outre le conflit que traverse la femme, qui se résume au final par une course-poursuite et qui se traduit donc plus facilement en langage cinématographique, les questionnements existentiels des deux protagonistes masculins sont eux beaucoup plus ardus à retranscrire en images. L’auteur a alors recours à une surenchère de dialogues, tantôt naïfs, tantôt pompeux, qui, même s’ils renseignent effectivement sur les tourments des personnages, alourdissent le récit et ralentissent le rythme. Souvent les décors, entre déserts et décombres, sont d’une beauté sombre qui justifie l’aspect contemplatif du long-métrage mais malheureusement, la langueur générale empêche une pleine attention et donc une sincère empathie pour ces trois âmes en peine. L’interprétation n’arrange rien puisque Carlo Brandt est aussi peu expressif que sa compagne de jeu est exubérante et réjouie. Un choix de direction d’acteur troublant puisqu’il devrait déborder d’énergie pour les sauver alors qu’elle est censée craindre pour sa vie et celle de son enfant à venir.

On retiendra surtout une œuvre aux thématiques riches, intéressante du point de vue de l’image mais qui peine à être à la hauteur de ses ambitions.

De L’Autre Côté De La Mer

De L’Autre Côté De La Mer
De Pierre Maillard
Avec Carlo Brandt, Kristina Ago, Michele Venitucci
Aardvark Film Emporium
Sortie le 20/04

"De L’Autre Côté De La Mer" : à la recherche de liberté.
2.5Note Finale