Entretien avec Olivier Beguin, réalisateur suisse de courts-métrages de genre et Annick Mahnert, productrice de « Dead Bones », un mélange entre western et horreur, qui constitue leur dernière collaboration présentée au NIFFF de Neuchâtel, en juillet 2008.

– Tout d’abord, pouvez-vous nous raconter vos parcours ?
– Olivier : Le premier film qui m’a marqué a été « Retour vers le futur », à l’âge de dix ans. C’était plus ou moins l’époque où les caméras vidéo ont commencé à être accessibles au grand public. Mon grand-père en avait une qu’il me prêtait volontiers. On partait donc dans la forêt avec des potes pour tenter de faire notre version à nous des « Aventuriers de l’Arche perdue ». Des années plus tard à la sortie de l’école de commerce, après avoir regardé en boucle les making-of de « Alien 3 » et « Dracula », on s’est dit qu’il était peut-être temps de voir le cinéma comme quelque chose de plus sérieux. J’ai donc suivi les cours de la London Film School, dont je suis sorti diplômé en 1999. Ensuite ce fut du montage pour la TSR et la réalisation de courts-métrages pendant mon temps libre.

– Annick : J’ai découvert « Evil Dead » à l’âge de dix ans. Evidemment, ça a été un choc. A partir de là, je suis devenue accro et tous les week-ends, j’allais louer des films. C’est en voyant « Le troisième homme » avec Orson Welles à l’âge de quinze ans que j’ai eu ma révélation. J’ai donc tout fait pour entrer dans le domaine du cinéma. Après des études à la New York Film Academy, j’ai longtemps ramé pour trouver un job dans le milieu. Un bref passage à la Librairie du Cinéma de Genève m’a permis de garder un contact avec ma passion. Quelques années ont passé durant lesquelles j’ai vraiment tout essayé, mais aucune porte dans le milieu ne s’ouvrait. Finalement, ma demande d’emploi spontanée à la 20th Century Fox de Genève a trouvé preneur. La Fox a déménagé à Zurich, j’ai suivi. Et de là, les boulots dans le ciné se sont enchaînés.

– Avec « Dead Bones » vous visitez le genre horrifique après d’autres comme le fantastique, l’anticipation ou le suspense. Pouvez-vous nous expliquer d’où vous vient cet attrait pour le cinéma de genre ?
– Olivier : Quand j’ai vu « La mouche » (de Cronenberg) à quatorze ans, ce fut une véritable baffe et j’ai réalisé que le film d’horreur n’était pas un sous-genre et pouvait nous donner des chefs-d’œuvre. C’est à partir de ce moment que je me suis vraiment intéressé au cinéma fantastique et aux films de genre. Le mélange que permet ce cinéma-là me passionne.

– Pourquoi et comment vous est venue l’idée de mélanger western et horreur ?
– Je buvais un verre avec une amie, qui me ramenait un sac plein de DVD. Parmi ceux-ci plusieurs westerns et films d’horreur, les mots « western » et « cannibale » sont sortis dans la même phrase. Là il y a eu un déclic ! A partir de cet instant le scénario a commencé à naître.

– Vous avez réussi à réunir un casting incroyable pour « Dead Bones », comment s’est passée la rencontre avec deux monstres sacrés comme Ken Foree et Ruggero Deodato ?
– Annick : Pour Ken, c’était en fait assez facile. Je l’avais rencontré à deux reprises au festival du film de Sitges en Espagne, nous avions sympathisé. Il m’avait dit que si j’avais un projet de film, je ne devais pas hésiter à lui en parler. Il a lu le scénario et m’a écrit pour me dire que ça l’intéressait.

– Olivier : Au début de l’année, Annick et moi nous sommes rendus au festival de Gérardmer, pour y rencontrer notre maquilleur en effets spéciaux et parler du projet. En regardant le programme du festival, je vois que Ruggero sera présent et je me dis : qui mieux que le réalisateur de « Cannibal Holocaust » peut jouer notre boucher cannibale ? On l’approche, lui expose le projet tout simplement, lui montre des dessins de production et tout de suite il accepte notre proposition. Il a même repoussé un vol pour une convention aux USA afin d’aider notre planning.

– Et le tournage ? Almeria est un endroit mythique pour tous les fans de cinéma populaire ayant grandi avec les westerns européens. Quelles sensations avez-vous ressenties en ces lieux ?
– J’étais déjà allé sur place en repérages deux fois, avec Adan Martin, le co-producteur espagnol, donc c’est surtout lors du premier voyage que j’ai été ému d’être sur ce lieu chargé d’histoire. Ensuite il est vrai que sur le tournage, quand tout d’un coup pendant trente secondes on prend du recul et qu’on regarde son plateau, ça ne laisse pas indifférent.

– Annick : Pour moi c’était plus du stress qu’autre chose. J’avais tellement de choses auxquelles je devais penser que sur le moment je ne réalisais pas. Ce n’est qu’une fois à l’aéroport, en attendant l’avion, que je me suis dit : mince, on a foulé le même sol et bouffé la même poussière que Leone et Eastwood.

– Quels conseils donneriez-vous à un jeune Suisse qui veut se lancer dans le cinéma dans notre pays ?
– Fonce et sois prêt à encaisser les rejets. Mais ne t’arrête pas.

– Olivier : Le même. Et si tu veux faire du cinéma de genre, fonce avec deux fois plus de force.

– Pour terminer, si vous devez choisir trois films qui ont durablement marqué vos imaginaires, lesquels vous viennent instantanément à l’esprit ?
– Annick : « Le troisième homme ». C’est le premier film « non-horreur » que j’ai découvert au ciné-club de mon collège à Genève. « Lost Boys » de Joel Schumacher. Mon film de vampires préféré, je ne me lasse pas de le regarder. Il n’a été égalé que par « Near Dark » et « Let The Right One In ». « The Haunting » de Robert Wise. Ou comment foutre la trouille en filmant des jeux d’ombres et des portes qui claquent. Un chef d’œuvre.

– Olivier : Il est difficile voire impossible de ne parler que de trois films, mais je dirais : « Angel Heart », il reste mon film préféré depuis plus de quinze ans. « Le bon, la brute et le truand », un film parfait et le plus grand western du monde. Et « Mad Max », pour son mélange d’action et d’émotion.

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