Flic ou Ninja

A Daily Movies, on aime le cinéma, tous les cinémas, car le ciné c’est comme une grande famille. Et comment ne pas aimer sa famille (même si vous avez parfois envie d’étrangler votre petit neveu, le boutonneux en pleine crise d’ado là) ? Dans ce premier numéro on vous a déjà parlé du grand blond à la mâchoire carrée qui attire tous les regards, de l’introverti hyper sensible, du premier de la classe et même du cousin suisse. Il nous reste à aborder le cas du vilain petit canard, celui dont on a un peu honte mais qui garde une place particulière dans notre cœur : le nanar. Réjouissez-vous, on prendra de ses nouvelles à chaque numéro.

Flic ou Ninja

Le 2-en-1
Rappelons à ceux qui ne connaîtraient pas les ninjateries (malheureux !) la technique du ‘copier-coller Ninja’ brevetée par le Hong Kongais Godfrey Ho : on prend un ou plusieurs films que l’on a achetés à bas prix, parfois vieux de quelques années, souvent tournés par quelqu’un d’autre. On y rajoute des scènes d’action contenant des ninjas interprétés par des acteurs occidentaux (has-been ou amateurs complets), pour faciliter l’exportation. Le raffinement consiste à faire interpréter aux acteurs blancs des scènes à la chaîne, que l’on répartira ensuite dans plusieurs films suivant la même technique (les acteurs ne seront bien sûr payés que pour un seul film). On tente au final de faire tenir ensemble les scènes des deux (voire trois) provenances différentes, en essayant de faire croire grâce au doublage et à des astuces de montage qu’il s’agit de la même histoire. Et voilà, on obtient quatre ou cinq films pour le budget d’un seul, et on peut recommencer autant de fois qu’on veut ! Avec ‘Flic ou Ninja’, vous aurez le droit à plus qu’un film, c’est une expérience sensorielle, olfactive, gustative et spatio-temporelle. Il défie le bon goût, les critères esthétiques et tous les repères connus de la logique. La nanardise ne se limite pas aux seules scènes de ninjas (pourtant époustouflantes), elle suinte, coule, suppure de chaque centimètre carré de pellicule.

Flic ou Ninja

Un scénario (?!) confus…
L’autre film qui a le douteux honneur d’être intégré à cette magouille filmique est un obscur ‘rape and revenge’ à la sauce asiatique, qui atteint des tréfonds de ringardise abyssaux et se vautre dans la nullité la plus crasse en fracassant toutes les frontières du mauvais goût. Ce bon sieur Godfrey se livre alors à des contorsions scénaristiques afin de conserver un semblant de cohérence, n’aboutissant qu’à un gloubi-boulga incompréhensible, jugez-en plutôt. La pauvre Rose est violée par les ‘trois gros lards’ de Robert, afin que son compagnon George (un agent d’Interpol, prononcer Interpôle) la quitte pour Jenny, la fille de Larry qui trempe dans un douteux trafic de diams dont les ficelles sont tirées par Maurice (l’hilarant Pierre Tremblay), parrain retiré, surveillé par un improbable duo d’Interpôle constitué de Donald (le grimaçant Bruce Baron) et ce bon vieux Richard (Harrison), en service minimum. Ce beau monde communiquant à coups de téléphone Garfield (véridique !) d’un film à l’autre, pour faire croire que tous jouent dans le même métrage. Et les ninjas dans tout ça me direz-vous ? Opportunément, Maurice et Donald sont des maîtres ninja, ce qui permet de jeter au petit bonheur la chance des combats pitoyables entre ninja aux accoutrements flashy. Le pinacle étant atteint lors de la confrontation finale entre Donald et Maurice, donnant lieu à un des dialogues les plus surréalistes du cinéma. ‘Flic ou Ninja’ est l’étalon du film de ninja à la honkgonkaise, trouvable dans les bonnes brocantes pour une bouchée de pain.

[NM]

Retrouvez l’intégralité de cette critique – et des centaines d’autres – sur nanarland.com, le site des mauvais films sympathiques.

A propos de l'auteur

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