Inspiré de l’œuvre littéraire de Richard Bausch, « Espèces menacées » fait le portrait de trois destins familiaux entremêlés aussi bouleversants que fascinants par l’authenticité qu’ils dégagent.


Le concept du film est bon, bien imaginé. Gilles Bourdos dresse le portrait de trois destins familiaux qui n’ont à priori rien en commun hormis le fait que chacun d’eux subisse les aléas plus ou moins conséquents de la vie. L’histoire tourne majoritairement autour de Joséphine (Alice Isaaz) et Tomaz (Vincent Rottiers), un couple récemment marié qui apparaît d’emblée comme criblé de fêlures. Derrière leurs visages masqués se dissimulent une profondeur douleur causée par la violence de Tomaz envers sa femme.

Autre destin, autre souci plus léger cette fois, du côté de Mélanie (Alice de Lencquesaing) qui annonce à son père (Eric Elmosnino) qu’elle est enceinte. La vingtenaire n’omet pas non plus de lui préciser l’âge atypique de son genre déjà divorcé à deux reprises. Quant à Anthony, dernier profil présenté, il est un éternel étudiant qui enchaîne les thèses universitaires insolites afin cacher son désespoir en amour. Ce jeune homme à la timidité attendrissante est subitement appelé par la réalité après que sa mère soit hospitalisée.

Les liens familiaux, souvent œdipiens, constituent le fil rouge du récit dans lequel des chemins se croisent. « Espèces menacées » expose une série d’ambivalences, telles qu’homme-femme, amour-haine, bon-mauvais, dissimuler-dévoiler, pour mieux pointer et clamer la force de ces rapports familiaux aussi étrangers puissent-ils parfois paraître. Le choix d’un cercle restreint de personnages qui s’influencent au fil du récit démontre une intelligente capacité à ne représenter personne, mais tout le monde en particulier. Cet échantillon de caractères aux rapports complexes ferait peut-être tout simplement échos au portrait de la société en général, voire de l’humanité tout entière. L’individu lui-même ne semble avoir un sens que lorsqu’il existe au milieu de plusieurs autres individus. Si notre destin dépend grandement de ceux qui nous entourent, sommes-nous alors des espèces menacées ?

Gilles Bourdos propose une approche très sociale et soulève des questions pertinentes sur les normes, le hasard, l’influence, les difficultés profondes comme légères que chacun rencontre au cours de son existence. En faisant de la violence conjugale le sujet majeur de son film, le réalisateur met l’accent sur une préoccupation terriblement actuelle. Si jeune soit-elle, Alice Isaaz fait preuve de maturité en incarnant le tiraillement d’une épouse violentée, ligotée aux principes d’un mari déséquilibré. Hormis « En, mai, fait ce qu’il te plaît » et « Les Yeux jaunes des crocodiles », l’actrice de 26 ans qui est majoritairement connue pour des rôles comiques se fait sérieusement une place dans un registre dramatique qui lui sied.

Le film insiste finalement sur la violence que les relations sociales peuvent susciter lorsque certaines vies sont poussées dans leurs retranchements. Un humour ponctué est appréciable mais surtout nécessaire pour opposer la banalité de certains faits à la gravité d’autres. Parfois tiraillée, au point d’être capable de se déchirer, l’humanité est-elle une espèce menacée ?

Espèces menacées
FR   –   2017   –   Drama
Réalisateur: Gilles Bourdos
Acteur: Alice Isaaz, Vincent Rottiers, Suzanne Clément, Pauline Etienne, Eric Elmosnino, Frédéric Pierrot
Frenetic Films
27.09.2017 au cinéma

Espèces menacées : la force des liens humains
3.5Note Finale

A propos de l'auteur

Amoureux du film « American Gigolo », ses parents la prénomme en hommage à l'actrice Lauren Hutton. Ainsi marquée dans le berceau, plus tard, comment rester indifférente face au 7ème art ? S'enivrant des classiques comme des films d'auteur, cette inconditionnelle de Meryl Streep prolonge sa culture en menant des études universitaires de cinéma. Omniprésent, c'est encore et toujours le cinéma qui l'a guidée vers le journalisme. Preuve indélébile de sa passion, celle qui se rend dans les salles pour s'évader et prolonger ses rêves, ne passe pas un jour sans glisser une réplique de film dans les conversations. Et à tous ceux qui n'épellent pas son prénom correctement ou qui le prononcent au masculin, la Vaudoise leur répond fièrement, non sans une pointe de revanche : « L-A-U-R-E-N, comme Lauren Bacall ! ». Ça fait classe ! ;)

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