C’est en ce mercredi 13 septembre 2017 que commence la 13ème édition du Festival du Film Français d’Helvétie (ou FFFH). Et après une brève et sympathique introduction par la direction du festival, le film « Coexister » est lancé. Et sincèrement, les rires sont garantis.


Il est à peine 19h40 est les spectateurs entrent gentiment dans la salle du Rex 1 à Bienne. C’est là qu’aura lieu la première séance avec uniquement des adultes. Fort, heureusement, d’ailleurs, car la réalisation de Fabrice Eboué « Coexister » a beau s’adresser à un large public, les enfants ne pourront pas le regarder. Entre-autre, car la comédie a un côté vulgaire, mais très appréciable. Mais les jeunets ont eu d’autres possibilités, à savoir des séances spéciales pour eux. Et selon la belle diction en début de pré-cérémonie, ces chers chérubins ont pleinement profité de voir « Le Grand Méchant Renard et autres contes » ainsi que « La Marche de l’empereur 2 » ce même jour.

Mais je vous invite à reprendre mon fabuleux récit sur cette belle première soirée de la manifestation. À mon arrivée, l’ambiance est feutrée et posée. La musique diffusée via les haut-parleurs du cinéma dégage une atmosphère lounge et parfaite pour une entrée en matière dans une telle salle de cinéma. Quelques instants plus tard, le directeur du FFFH Christian Kellenberger vient sur scène et émet son bref discours. Il cède la place à un des meilleurs orateurs du festival, dont j’ai oublié le nom navré, qui nous explique en quelques mots de quoi traite « Coexister » et exprime le regret que son réalisateur Fabrice Eboué soit absent. Nous ne saurons pas vraiment les raisons, ce qui est tout à fait compréhensible, car personnel au cinéaste, mais le parleur nous donne vraiment envie de voir ce film. Entraînant par ses mots, il entamera même une chansonnette pour motiver encore plus la foule à découvrir le long-métrage. Fort, heureusement, il s’arrêtera très vite estimant qu’il n’a pas le rythme dans la peau.

« Coexister » relate une histoire fort intéressante, drôle et inventive. Sous la pression de sa patronne, un producteur de musique doit impérativement remonter la pente de sa petite entreprise au bord du gouffre financier. Suite à une inspiration particulière, il décide de créer un trio avec un imam, un curé et un rabbin. Partant de bons sentiments, le producteur réalise très vite que son idée semblant géniale au départ, sera parsemée d’embûches. Le succès sera-t-il au rendez-vous, permettant ainsi de renflouer ses caisses ? Seule une certaine volonté divine peut le savoir…

Dès le départ, l’histoire est emballante. Je me suis senti pris de pitié pour ce producteur (Fabrice Eboué) qui souhaite à tout prix vivre mieux. Il faut dire qu’il est entouré d’une belle bande de trublions. Entre l’imam (Ramzy Bedia) qui mène une double vie, le curé (Guillaume de Tonquédec) qui prêche sans cesse la bonne parole et le rabbin (Jonathan Cohen) qui carbure avec une étrange poudre blanche, gérer une telle équipe n’est pas de tout repos. Car même si l’entrepreneur est aidé par sa collègue Sabrina (Audrey Lamy), ils ont toujours la pression de leur patronne (Mathilde Seigner) qui ne cesse de les harceler.

« Coexister » est nettement une comédie, mais elle cache bien plus de messages. Car Fabrice Eboué a souhaité expliquer que la coexistence est possible. Que malgré les problèmes respectifs des protagonistes, le dialogue amène à un dénouement et que l’extrémisme n’est pas caché dans chaque personne croyante et pratiquante. Il exprime aussi que le milieu musical n’est pas aussi doré que le public le pense. Des pressions énormes sont demandées auprès des artistes et il est parfois difficile de s’en dépêtrer.

Avec « Coexister », Fabrice Eboué a plusieurs casquettes. Celle de metteur en scène, mais aussi d’acteur, de compositeur et de producteur. Il faut dire que le français, qui a fêté ses 40 ans cette année, est un véritable boulimique du travail et touche-à-tout. Il démarre sa carrière en solo au début des années 2000 sur les planches. Repéré par Jamel Debouzze (« La Vache »), Fabrice Eboué se fait engager pour jouer dans le Jamel Comedy Club. Déjà largement décapant et mordant, le comédien continue sur sa lancée et il passera notamment par la case Canal +, Europe 1, des court-métrages et comme comédien de doublage dans le « Chihuahua de Bervely Hills ». 10 ans plus tard, il commence à s’investir derrière la caméra en écrivant notamment plusieurs dialogues pour la série « United Color of Jean-Luc ». Cette même année, donc en 2011, il tourne et dirige son premier film avec un fidèle acolyte du Jamel Comedy Club : Thomas Ngijol. « Case départ » est un très bon succès qui les enhardit et ils tourneront un nouveau film en 2014 « Le Crocodile du Botswanga ».

C’est donc en 2017 que le public retrouve seul cette fois, Thomas Ngijol planchant sur un autre projet comme scénariste, Fabrice Eboué avec « Coexister ». Et le cinéaste est à la hauteur de son mordant. Habile avec les textes et les vannes qui s’en dégagent, il est tout autant à l’aise pour apparaître devant les caméras et s’accaparer avec justesse un bon rôle dans ses long-métrages. Le casting l’entourant est tout autant délectable. Plus spécialement Ramzy Bedia qui interprète très bien le décalage de l’imam. Sa gestuelle, ses intonations et son côté méchant garçon lui ajoutent une intensité et prestance indéniables.

Mais au-delà de l’humour et des autres messages émis avec « Coexister », Fabrice Eboué a certainement voulu communiquer une forme de tristesse qu’il ressent. Sur la société et ses travers toujours plus forts, mais aussi à titre personnel. En effet, à la fin du générique un petit message discret est adressé à une personne qui est (ou était ?) proche de lui. Il lui dédie « Coexister » avec émotions et chaleur, car sa déclaration est positive et m’a donné le sentiment qu’il tient (ou tenait ?) beaucoup à cette dernière. Certes, bien, souvent, les cinéastes adressent de tels mots commémoratifs à la fin de leur réalisation, mais celui-ci m’a particulièrement touché de par sa sobriété et les émotions qui s’en dégageaient. Il est probable que son long-métrage soit donc plus personnel qu’il ne paraît.

Une des craintes que j’avais à propos de cette œuvre cinématographique était la ressemblance avec « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? ». Car les sujets de base, étant donc par exemple le racisme et l’intolérance envers son prochain, ressemblent fortement à « Coexister ». Fort heureusement, il n’en est rien. Car rapidement, le cinéaste donne le ton qui diffère avec le film de Philippe De Chauveron notamment au travers de la religion. L’histoire reste totalement neutre à ce niveau, si ce n’est que les spectateurs suivent les croyances et pratiques des interprètes, car le scénario n’amène en rien à obliger les athéistes, par exemple, à devoir se rallier à une cause d’un dogme. Cette comédie est subtile et utilise très rarement l’ironie de manière lourde. Les meilleures plaisanteries sont les plus courtes et cela s’en perçoit nettement. Certes, les clichés sont souvent utilisés à bon escient permettant ainsi aux spectateurs à vivre des moments de rires constants. Fabrice Eboué montre aussi que lorsque plusieurs personnes de milieux et croyances différentes s’investissent avec passion, l’animosité, la jalousie, la colère et d’autres sentiments négatifs s’évacuent. Au final, le projet se concrétise avec beaucoup de positivité et de fluidité.

Un mot aussi sur les paroles chantées par les comédiens. Si elles sont amusantes et parodies certains groupes comme les boys bands, elles ont aussi un autre sens. Le même que celui du film en fait. À savoir qu’une communauté peut s’associer et mieux se comprendre combien même l’ethnie, le mode de vie la culture diffèrent. Bien sûr, l’argent et la gloire sont aussi des aides externes toujours très appréciés, comme le film le mentionne, mais les relations humaines positives priment souvent sur ces possibilités façonnant le bonheur.

Par contre, je l’avoue, quelque chose m’a dérangé quant aux intonations du prêtre (Guillaume de Tonquédec). En effet, lorsqu’il chantait, j’ai souvent eu la sensation que le mouvement de ses lèvres et sa voix ne raccordaient pas avec le ton entendu. Comme si le comédien ne chantait pas vraiment et qu’à la place, une autre personne le faisait. Ma sensation restera certainement toujours un mystère, mais pour être attentif aux voix françaises et connaître certaines personnes dans le milieu, il est possible que j’aie senti une différence entre la fiction et la réalité.

En fin de compte, cet excellent vaudeville s’adresse à un public éclectique et appréciant les références des grandes comédies françaises. Effectivement, « Coexister » est difficilement une frasque familiale. Néanmoins, un public adulte voire adolescents saura largement s’en délecter à plusieurs degrés. Comme le métrage est distrayant et léger jusqu’à la fin, il est aisé d’en ressortir avec un sentiment de joie. Tout il est satisfaisant de pouvoir d’emblée se rappeler des nombreuses séquences mémorables et drôles de « Coexister ».

Fait anecdotique, il est vraisemblable que comme moi, d’autres personnes se souviennent du groupe « Les Prêtres » qui avait fait le titre principal des médias en 2010. Pour rappel, il s’agissait de trois membres du clergé ayant sorti un cd et qui avait eu son petit succès. C’est au travers de cette expérience que Fabrice Eboué a décidé de scénariser et tourner cette coexistence.

Voilà ce qu’il en était de mes réflexions et ressentis en sortant de cette séance pour mon premier film au FFFH. J’espère que le public sera au rendez-vous et saura apprécier les qualités et valeurs du long-métrage. En tout cas à la fin de ce dernier, je me suis réjoui de l’avoir découvert et reste très motivé d’aller voir les prochains projets de l’humoriste en salles.

CoeXister
FR   –   2017   –   Comédie
Réalisateur: Fabrice Eboué
Acteur:  Ramzy Bedia, Fabrice Eboué, Guillaume De Tonquédec
Pathé Films
11.10.2017 au cinéma

www.fffh.ch

 

FFFH 2017 : la soirée de préouverture et son film "Coexister"
5.0Note Finale