Sixième long-métrage du célèbre cinéaste espagnol Pedro Almodovar, « Femmes au bord de la crise de nerfs » constitue probablement la première véritable pierre, si mineure soit-elle en comparaison des grandes œuvres qui suivront, de son univers cinématographique aux visions généreuses et acides.

Conçu a priori comme un vaudeville du plus classique, avec son unité de temps, d’action et de lieu (ou presque), le film réunit toute une galerie de personnages aux caractéristiques délicieusement exagérées dans un appartement que certains habitent ou s’apprêtent à quitter et d’autres visitent ou utilisent pour se cacher de la police. Bien sûr, les relations qui lient tous les personnages se révèlent au fur et à mesure d’une intrigue simple mais jouissive de générosité et les situations et les dialogues sont tous empreints de la malice et de l’humour affûté du maître. La comédie sociale sert également à Almodovar, illustre provocateur et maître absolu d’un cinéma sans tabou, à fustiger la morale corsetée et risible d’une certaine caste puritaine dont il dépeint avec excès les petites misères sentimentales.

Seulement, sous les airs frivoles que revendique à tout prix le film se dresse l’esquisse des grands mélodrames sociaux, ceux de Douglas Sirk en tête, auxquels il emprunte l’utilisation immodérée et la force symbolique des couleurs. Almodovar, comme souvent, se sert de son univers fantaisiste pour mieux aborder certains thèmes intimes en les déchargeant de leur lourdeur apparente. 

Sans jamais atteindre l’ampleur émotionnelle de « Parle avec elle » ou « Tout sur ma mère », « Femmes au bord de la crise de nerfs » ouvre pourtant la voie à ces grandes œuvres en fixant définitivement dans l’histoire du cinéma le style unique d’un des plus grands auteurs de ces 30 dernières années.

  • De Pedro Almodovar
  • Avec Carmen Maura, Antonio Banderas, Julieta Serrano
  • Disques Office
Femmes au bord de la crise de nerfs : collection Almodovar
3.5Note Finale