Attendu de pied ferme cette année, Jeff Nichols présente Loving, drame amoureux en Amérique ségrégationniste, qui peine à sortir de ses sentiers battus.


La compétition continue avec le nouveau film très attendu de Jeff Nichols, projeté lundi matin au Grand Théatre Lumière. Celui qui avait fait sensation en 2011 avec Take Shelter – raflant le Grand Prix de la Semaine de la Critique cannoise et de nombreuses autres distinctions à travers le monde – et se retrouvait déjà en compétition l’année suivante avec Mud, revient avec Loving, drame sur un couple interracial dans une Amérique encore ségrégationniste au début des années 60. Après s’être frotté à la science-fiction avec l’étonnant Midnight Special en ce début d’année, le réalisateur américain retourne à une mise en scène classique, sans fioritures mais sans grande saveur.

Loving de Jeff Nichols

Loving de Jeff Nichols

Mildred et Richard Loving s’aiment éperdument et décident de se marier suite à l’annonce d’un futur enfant. Mais dans l’État de Virginie, où le couple est installé, un homme blanc et une femme noire ne peuvent fonder un foyer et déclarer leur union. Les deux amants se voient poursuivis en justice et risquent la prison si ils ne quittent pas l’État immédiatement pour une durée de 25 ans. Vivant cachés pour élever leur famille de trois enfants, Richard et Mildred ne retrouveront que dix ans plus tard un espoir de tolérance envers leur union – jugée barbare et dangereuse pour le peuple – lorsque arrivent les vagues de contestations de la ségrégation menées par un certain Martin Luther King.

Loving de Jeff Nichols

Loving de Jeff Nichols

À partir d’une histoire vraie, Nichols brode son récit naturellement, avec une pureté et une subtilité absolue. Essentiellement porté par l’intériorisation émouvante de Joel Edgerton – au jeu impeccable toute en retenue – et l’espoir dans les yeux de Ruth Negga, le drame fonctionne mais reste cloisonné dans son sujet. Le réalisateur porte une nouvelle fois son intérêt sur la figure du père, explorant la souffrance du poids que porte sur son dos l’homme de famille, vivant constamment dans la peur d’être un jour séparé de ses seules raisons de vivre. Qui plus est l’homme blanc, accepté de base par cette société, s’en étant écarté lui même et jouant avec le danger par amour et détermination. Si cette approche est réussie, la sobriété et le classicisme atteignent vite leur limite, se perdant dans une certaine redondance dans l’histoire malgré son sujet fort, brillamment traité.

L’ennui se fait vite ressentir et Nichols peine à nous raccrocher à une once d’intrigue ou une mise en scène plus expressive ou contemplative. Quant bien même le traitement de l’injustice raciale est amené avec simplicité et universalité, jamais martelé, Loving n’est au final qu’un énième drame conjugal, dont l’émoi et la résonance du thème ne suffisent pas à l’éclat.

 

Loving de Jeff Nichols

Loving
De Jeff Nichols
Avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Michael Shannon
Sortie inconnue

Festival de Cannes 2016 - Loving
2.5Note Finale

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