12ème FIFDH 2014 Eric Cantona (derrier le public) - FiFDH2014 (C)Kley

12ème FIFDH 2014 Eric Cantona (derrier le public) – FiFDH2014 (C)Kley –


Retour sur quelques temps forts du festival


Il y avait du monde au Victoria Hall pour l’ouverture du FIFDH, qui proposait 10 jours d’œuvres intenses et riches en émotions. Quelques policiers étaient postés devant le bâtiment, rappelant les tristes attaques contre la liberté d’expression, qui était justement le thème du film d’ouverture, « Caricaturistes, fantassins de la démocratie ». Ce documentaire passé durant le festival de Cannes 2014 avait été sélectionné à ce moment-là, mais son message revêt désormais un écho particulier. Donnant la parole à plusieurs dessinateurs dans le monde, il démontre l’importance de leur travail et met en exergue leurs difficultés, non seulement face à la censure, mais aussi contre le politiquement correct qui prend une place de plus en plus importante.

Durant la cérémonie il a été rappelé que les droits humains étaient en crise, mais en crise de croissance, et qu’investir les lieux traitant des droits humains étaient plus marquant qu’un clic sur Facebook.

Après que le jury soit passé sur l’estrade – dont le charismatique Eric Cantona (président du jury documentaire de création) – l’équipe du festival a rendu hommage en image à Léo Kaneman. Le fondateur et directeur du FIFDH a laissé la place à Isabelle Gattiker, qui lui a rappelé après l’hommage « Sans toi, pas de festival ».

Léo Kaneman, directeur du FIFDH

Léo Kaneman, directeur du FIFDH

Moments marquants en quelques mots
Le débat Ebola, les leçons à tirer a été l’occasion d’entendre le témoignage via Skype de Fanta, une rescapée, et de rappeler qu’Ebola n’était pas éradiqué même s’il ne faisait plus les gros titres et combien le système de santé était précaire dans les pays touchés.

Mike Bonnano des Yes Men et Sébastien Salerno étaient présents à l’Uni Bastion pour la conférence sur The New Prime Activism. L’occasion de voir en personne Mike Bonnano parlant du sujet de l’activisme sans que cela soit un canular (si vous ne connaissez pas les Yes Men, je vous encourage à chercher leurs impostures sur le net, qui permet de créer des débats et faire avancer des causes).

Lors de sa conférence Israël face à la paix, Avraham Burg a dit qu’il était difficile de résumer 100 ans d’histoire en une heure et poser la question de comment construire ensemble si deux peuples sont séparés sur un petit territoire.

Mike Bonanno des yen men et Sébastien Salerno - Conférence sur The New Prime Activism

Mike Bonanno des yen men et Sébastien Salerno – Conférence sur The New Prime Activism

« Sunrise (Arunoday) » est ce que l’on appelle un film noir, voire très très noir. Le réalisateur Partho Sen-Gupta semble pourtant zen lorsqu’il explique à l’assistance qu’il a eu l’idée de cette fiction peu avant qu’il devienne père. En effet, l’idée de faire un film sur l’enlèvement d’enfants en Inde, lorsqu’on sait qu’environ 800’000 enfants sont enlevés chaque année, peut traverser l’esprit en devenant parent. L’histoire a comme décor Bombay, avec un inspecteur tourmenté par la disparition de sa fille et de sa femme, qui a quelque peu sombré dans la folie.

Il y a des gens qui se battent pour une cause durant des années sans baisser les bras et qui ne sont pas assez médiatisés… Rebiya Kaader fait peut être partie de ces personnes. Le film « The 10 Conditions of Love » retrace son combat pour le peuple Ouïghour et l’envahissement par la Chine de son pays. Durant le débat, cette petite femme, qui a de l’énergie et de la verve à revendre, a articulé le nombre de 600 morts ouïghours pour ces deux dernières années. Malgré ces chiffres, elle semble déterminée, mais annonce la couleur en insistant sur sa déception face au mutisme des voix internationales.

Il ne fallait pas être en retard pour la conférence de Califat et jihad aux portes de l’Europe, de Monsieur Jean-Pierre Filiu (professeur d’Histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po Paris). En effet, la salle était pleine à craquer pour écouter l’analyse d’1h30 du professeur, qui malgré le sujet n’a pas hésité à ajouter une touche humoristique, clamant sérieusement que seule la révolution syrienne pourrait sauver l’occident du califat. A suivre, mais rien de rassurant pour l’avenir…

Salle comble pour conférence de  Califat et jihad aux portes de l'Europe

Salle comble pour conférence de Califat et jihad aux portes de l’Europe

Enfin vendredi, c’est dans la grande salle comble de Pitoëf qu’a eu lieu le débat Lanceurs d’alerte, coupables ou héros? / Whistleblowers, Guilty or Heroes. Après le film « Silenced » et l’arrivée de deux des protagonistes, il y a eu un moment d’apesanteur et de longs applaudissements ont retenti. Ce documentaire retrace avec brio le destin de 3 personnes qui, un jour, n’ont pas voulu suivre les ordres de leur hiérarchie, en s’appuyant sur la Constitution américaine. Dès ce moment, ils vont passer pour des traîtres à la nation, des parias, et pour d’autres vont devenir des héros. Un film qui risque d’ébranler certaines personnes dans leurs convictions.

Pour terminer sur ces moments forts, je me dois de mentionner la première internationale du film « Boxing For Freedom » de Juan Antonio Moreno et Silvia Venegas (Espagne). Un film coup de poing comme un match de boxe, dont le sujet est de jeunes boxeuses afghanes qui demandent le droit de boxer dans leur pays, et de participer à des matches internationaux.

Boxing For Freedom de Juan Antonio Moreno et Silvia Venegas

Boxing For Freedom de Juan Antonio Moreno et Silvia Venegas

Le film à ne pas louper
Il faut féliciter la programmation du FIFDH qui a su sélectionner d’excellents films, tant par les thèmes abordés que par leur forme, mais il faut reconnaître que l’on a peu eu l’occasion de rire. Mon coup de cœur va donc au film « The Wanted 18 », puisqu’il a secoué la salle de rires, sur un thème (l’intifada palestinienne) qui ne prête pourtant pas à rire. La manière originale dont le réalisateur a su traiter l’histoire et le parti-pris d’utiliser à certains moments des images animées aboutit à un résultat très réussi.

Un film à l’affiche en Suisse
Il est toujours dommage d’entendre parler d’un film passé dans un festival et se demander s’il sera possible un jour de le voir. Pour le film « L’Oasis », nul besoin de se poser la question, il est actuellement en salle et traite d’un sujet qui ne laisse personne indifférent, les Roms. Que l’on soit touché par leur sort ou incommodé par ceux qui mendient, quoi qu’il en soit, ils font partie du paysage. Ce film n’apporte pas de solution, mais leur donne la parole, ainsi qu’à celles et ceux qui les soutiennent, dont un policier à visage humain… Et ça fait du bien. Durant le débat, il a été relevé que les Roms trouvant du travail se gardaient bien de dire ouvertement qu’ils étaient roms, ayant peur de représailles.

Finalement
Comme pour tout festival, certains films ont été primés, mais je crois que la plus belle récompense de cette année c’est le public, qui était massivement présent chaque soir : pour certains débats il n’y avait plus de place ! Vive le FIFDH et longue vie à lui !

Palmarès

SECTION DOCUMENTAIRES DE CREATION :

GRAND PRIX DE GENEVE : « On The Bride’s Side » d’Antonio Augugliara, Gabriele del Grande et Khales Saliman Al Nassiry.

PRIX GILDA VIEIRA DE MELLO : « Spartacus Et Cassandra2 de Ioanis Nuguet, Mention spéciale à « The Wanted 18 » d’Amer Shomali et Paul Cowan.

PRIX DU JURY DES JEUNES : « Something Better To Come » de Hanna Polak.

SECTION FICTION ET DROITS HUMAINS :

GRAND PRIX & PRIX DU JURY DES JEUNES : « Charlie’s Country » de Rolf de Heer.

SECTION OMCT :

GRAND PRIX de l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) : « Tchétchénie, Une guerre sans traces » de Manon Loizeau.

« L’Abri » de Fernand Melgar a reçu le prix du Jury de la Clairière dans le cadre du programme « Hors-les-Murs ».

FIFDH 2015 : une passionnante édition
Genève
Du 27/02 au 8/03

www.fifdh.org

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.