Black Level aurait pu être le titre d’un niveau caché d’un jeu-vidéo, mais ce qui se cache derrière ce titre obscur, c’est un film d’auteur intimiste, avec son propre langage : le mutisme.


On sera surpris de découvrir comment un film muet peut autant parler. C’est que « Black Level » développe son propre langage. A l’image du protagoniste qui communique avec son chat en sifflotant comme un oiseau, le film susurre des mélodies à l’oreille du spectateur. Pas de dialogue dans « Black Level », pas un seul mot, tout passe par les bruits, les rythmes des sons, et par les images. Et pourtant, tout est limpide.

X (appelons-le ainsi, car ne saura jamais son nom) est photographe, il vit une existence quasi-mécanique, sa routine est réglée comme une horloge. On entendrait même le tic-tac de sa montre puisque le silence est de mise. Dès lors, tous les bruits qu’on écoute jamais, ces petits bruits du quotidien, prennent la parole : le mécanisme de l’appareil photo, une respiration haletante, et même les bruits ambiants.

Il semblerait qu’ils nous hurlent quelque chose : le mutisme de cet homme, son incapacité à communiquer, et aussi sa lutte contre la souffrance, contre l’inévitable. Car « Black Level » a son propre niveau caché, son Black Level. Un endroit profondément enfoui sous un garage sous-terrain où X stocke tout et rien, mais surtout des choses qui lui tiennent à cœur. Ces choses, X serait prêt à tout pour les défendre. C’est pourquoi il entraîne chaque jour son corps, pour les futures ascensions qu’il devra vivre, pour ne jamais chuter, pour toujours continuer à grimper, malgré les évènements. Un naïf mécanisme de défense de l’homme, qui croit qu’il pourra protéger ce qu’il lui est cher avec sa force physique.

Naïf peut-être, mais éminemment représentatif de la condition humaine et de sa beauté. C’est peut-être aussi ce que tente avec succès le réalisateur de Black Level ; mettre, à la force de sa main, une partie de ce qu’il considérait comme essentiel à l’homme dans le boîtier obscur de sa caméra.

Black Level (Riven Chornoho)
Ukraine – 2017 – Drame/Fiction
De Valentyn Vasyanovych
Avec Kostyantyn Mokhnach, Kateryna Molchanova

[FIFF 2018] : Black Level, niveau caché
4.0Note Finale

A propos de l'auteur

Féru de cinéma, de poésie et d’art, Stefano Christen voit la critique comme un terrain de jeu où l’on ne garde pas sa langue dans sa poche. Non, on la sort toutes les cinq minutes, pour se remettre à l’heure.

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