Au XIXe siècle, dans un village montagnard japonais, une vieille tradition pousse les habitants, lorsqu’ils atteignent l’âge vénérable de 70 ans, à entamer un long périple dans les montagnes pour aller mourir sur le sol sacré où leurs ancêtres ont fait de même depuis des générations. Une grand-mère décide d’entamer cette dernière odyssée sur le dos de son fils.


D’un pitch annonçant une sorte de voyage initiatique contemplatif, poétique et invitant à de très sérieuses réflexions sur la vie et la mort, « La Ballade de Narayama » s’apparente de fait davantage à un drôle de documentaire anthropologique. En effet, le synopsis passe fourbement sous silence les quatre cinquièmes du film, durant lesquels le spectateur observera des scènes de vie dans ce village montagnard sans qu’aucune espèce de scénario ne montre le bout de son nez pour y mettre de l’ordre.

Sans grande subtilité, le film tire un parallèle entre la vie primitive de ces villageois et les animaux, à grands renforts de scènes à la Terrence Malick s’attardant sur les petites bestioles qui partagent avec les locaux les conditions de vie difficile de ce village de montagne. Suivant cette intention, le comportement des villageois est guidé par leurs seuls instincts : ils n’auront pour uniques préoccupations que de forniquer et de se nourrir. Difficiles, dès lors, pour le spectateur occidental de s’identifier à un quelconque protagoniste, tant, ils paraissent vulgaires, grossiers et profondément amoraux en un mot : des animaux. L’humour déplacé auquel recourt le réalisateur pour enrober des scènes, elles-mêmes déplacées, comme celle où un villageois tringle la chienne du village, ou celle où, « tradition oblige », une orpheline est contrainte de s’envoyer en l’air avec tous les puceaux du coin (sic!), achève d’avorter toute velléité d’empathie, et on en ressort avec le même sentiment inconfortable qu’on tirerait, dans un zoo, de l’observation impudique d’un coït simiesque travers le grillage d’un enclos.

Ceux que cet étrange humour japonais touchera traverseront sans peine le long préambule au voyage initiatique annoncé par le pitch, les autres pourront à loisir méditer sur les motivations qui ont poussé le jury du Festival de Cannes de 1983 à accorder la Palme d’Or à un film aussi vain. La conclusion du film, formée de la lente escalade vers un charnier dont la vue macabre ne manquera pas de saisir le spectateur, expliquera peut-être en partie ce verdict incongru ; le silence et la place que la nature occupe tout d’un coup, avec une noblesse qui contraste avec la vulgarité lancinante des personnages, fascinent. Hélas, même là, on regrette que la végétation tienne du petit-bois champêtre, et la montagne teasée durant tout le film, de la colline jurassienne. Une nature plus fantastique et plus sauvage aurait davantage servi les ambitions du film.

La Ballade de Narayama (楢山節考)
Japon – 1983 – Drame
Réalisateur: Shôhei Imamura
Acteurs : Ken Ogata, Sumiko Sakamoto, Tonpei Hidari
Toei Company

[FIFF 2018] La Ballade de Narayama : documentaire animalier, avec des êtres humains
1.0Note Finale