Le chômage fait des ravages dans l’Italie d’après-guerre. Aussi, lorsqu’Antonio Ricci décroche un emploi de colleur d’affiches, il le vit comme une résurrection pour lui et sa petite famille. Hélas, lors de son premier jour de boulot, il se fait voler sa bicyclette ; or, sans cette dernière, la compagnie va se séparer de lui pour trouver un autre employé mieux équipé. C’est donc une question de vie ou de mort que de mettre à profit son jour de congé, le lendemain, pour retrouver son vélo, sous peine de retourner au chômage lundi et de voir fondre ses rêves de renaissance.


Prestigieux invité de cette 32e édition du Festival International des Films de Fribourg, Ken Loach s’est vu accorder une carte blanche qui lui a permis de sélectionner cinq films qui ont marqué sa carrière. Anecdote amusante : dans une interview accordée en 2010 à The Guardian, le réalisateur deux fois honoré d’une palme d’or à Cannes dévoilait trois des cinq films qu’il allait retenir huit ans plus tard pour le festival fribourgeois.

Classique italien tourné avec des acteurs non-professionnels, « Le Voleur de bicyclette » a eu une énorme influence sur le cinéma américain, accrédité par l’oscar honorifique reçu deux ans après sa sortie. Sa projection au FIFF est l’occasion de le découvrir ou de l’apprécier une nouvelle fois sur un grand écran.

On aurait tort d’être effrayé par les classiques. L’aura de prestige qui les entoure intimide, mais qu’il s’agisse de « Citizen Kane », du « Parrain » ou de ce « Voleur de bicyclette », leur force réside aussi dans une certaine pédagogie capable de fédérer les spectateurs de toutes les générations, et cette force fédératrice est probablement le plus grand atout du cinéma, seule forme d’art capable de rassembler dans une salle obscure des gens de diverses origines, générations et classes sociales, et de parvenir à s’adresser personnellement à chacun d’entre eux.

Dans le cas du « Voleur de bicyclette », l’exploit tient notamment à la banalité du drame qui est montré : il ne s’agit ni plus, ni moins, d’un vol de bicyclette. Mais les conséquences de ce vol, tout en se tenant à l’intimité du héros et de sa famille, prennent des proportions dramatiques qui aboutissent à la chute du personnage principal. Antonio Ricci succombe en effet à la tentation, à la fin du film, en volant à son tour une bicyclette. Ce n’est pas anodin : cause de tous ses malheurs, ce vol fait figure de péché absolu. Mais le film a quelque chose de miraculeux dans le rapport qu’il crée entre le héros du film et le spectateur, qui, malgré la faute commise, ne désavoue pas Antonio Ricci et pleure avec lui sur celle-ci. On salue les efforts du film pour distinguer l’homme des fautes qu’il commet, pour montrer que, si l’on ne condamne pas Antonio Ricci, on est invité à adopter la même attitude face aux faux pas de nos frères humains, enfin qu’il y a toujours une rédemption possible, cristallisée par le pardon accordé à Antonio qui, à défaut de lui rendre sa bicyclette, lui donne quelque chose de plus précieux encore : l’espoir.

Ladri di biciclette (Le Voleur de bicyclette)
Italie – 1948 – Drame
Réalisateur: Vittorio De Sica
Acteur: Lamberto Maggiorani, Enzo Staiola, Lianella Carell
Produzioni de Sica (PDS)

[FIFF2018] Le Voleur de bicyclette : un terrible petit drame
4.0Note Finale