Richard, on ne sait pas trop ce qu’il fait comme boulot, mais il gagne assez pour louer une villa avec piscine en plein désert américain, où il invite sa maîtresse, Jennifer, pour tirer un coup ou deux avant que ses deux potes Stan et Dimitri le rejoignent pour une petite partie de chasse. Les vacances tournent toutefois au vinaigre pour tout le monde lorsque Stan ne peut retenir sa libido et, profitant de l’absence de son hôte, décide de violer sa maîtresse. Si ce n’était que ça, me direz-vous, sauf que Jennifer, elle n’est pas du genre à accepter une petite enveloppe pour ne pas faire de vagues, et les trois satyres vont être contraints d’employer des méthodes plus musclées pour ne pas que l’affaire s’ébruite, au risque que ces méthodes se retournent contre eux. La chasse est ouverte.


Dans la tradition des films « rape and revenge », consacrés par l’âge d’or du cinéma d’exploitation dans les années 1970, le subtilement nommé « Revenge » ne fait pas dans la dentelle et justifie sa place dans la catégorie « Séances de minuit » du Festival International de Films de Fribourg à grands renforts de scènes gores d’une intensité ahurissante qui tranche avec la production édulcorée du cinéma d’horreur hollywoodien. La démarche n’effraie pas la réalisatrice (et scénariste) Carolie Fargeat ; au contraire, comme pour détromper les rétrogrades qui auraient pu penser qu’une femme ne saurait se mettre aux commandes d’un genre aussi sulfureux, la Française s’attarde sans complexe en gros plans sur éviscérations et opérations sans anesthésie, et tant mieux si le spectateur se tord d’inconfort dans son siège.

Elle emprunte aussi au cinéma d’exploitation la tradition de « la » scène mémorable qui titillera les instincts de voyeurisme du public. Ici, c’est sans doute lorsque Jennifer, le bide transpercé par un tronc, alors que tortionnaires et spectateurs la croyaient morte, se met à émettre des râles étouffés par le sang qui lui emplit la bouche, avant de péniblement ramasser un briquet tombé au sol pour brûler l’arbuste qui restreint drastiquement ses mouvements afin de s’échapper. On pourra aussi mentionner celle où Stan retire un bout de verre incrusté dans la plante de ses pieds, ou celle où Jennifer extirpe enfin le bout de bois qui lui transperce le ventre, après 24 heures de cavale dans le désert, respect.

Donc « Revenge » est gore. Le second degré n’est jamais très loin, sensible dans le côté « over the top » des scènes mentionnées plus haut, mais parfois plus forcé, comme lorsque la mort de Dimitri est entrecoupé de séquences où son pote Stan, resté dans sa Range Rover, fredonne une chanson romantique. On rigole volontiers, surtout que de voir ces chasseurs devenir proies a un effet cathartique certain.

Coralie Fargeat fait par ailleurs preuve d’une maîtrise formelle qu’on a peu l’habitude de voir dans le genre. Le soin qu’elle accorde à l’esthétisme de son film s’étend jusqu’à la bande-son, balayant de Mozart à la synthwave, et s’accordant admirablement à des séquences à la beauté parfois troublante. C’est lors du trip au peyotl que tout le monde s’accordera pour dire que si jamais Coralie se décidait à abandonner le cinéma de genre, on lui prédirait un certain succès sur des voies plus intellos. En effet, dans « Revenge », ce soin quasiment maniaque accordé à l’enrobage frôle la pédanterie au vu des ambitions limitées imposées par un genre destiné à l’entertainment.

À moins que, dans le contrecoup de l’affaire Wenstein, on choisisse de voir « Revenge » comme un film qui porte dans ses tripes rougeoyantes un message contestataire ? Si c’est le cas, la démarche est limite, car un tel étalage de violence décomplexée n’est comestible que si on accepte de mettre son sens moral de côté le temps de deux petites heures. Et les applaudissements de la salle à chaque exécution mériteraient alors de voir leur pertinence morale interrogée. Alors que certains salueront l’anticipation de Coralie Fargeat qui présentait son film à Toronto un moins avant que n’éclate l’affaire Wenstein, on pencherait plus pour un timing regrettable qui encourage une lecture dangereuse de ce film d’exploitation moderne. D’un défouloir inoffensif, ça le transformerait en travail de dénonciation intellectuellement inepte et indéfendable moralement. Évitons cet écueil et faisons comme si on traversait encore des années 1970 où on pouvait absolument tout montrer dans les salles irrécupérables occupées par le cinéma d’exploitation. Qu’il s’agisse de l’esclavage sexuel dans des camps de concentration ou de viols en groupe suivis de séance torture gratuite. L’astuce était simplement de ne pas prendre ça trop au sérieux.

Revenge
France – 2017 – Horreur
Réalisateur: Coralie Fargeat
Acteur: Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe, Guillaume Bouchède
MES Productions, Monkey Pack Films

[FIFF2018] Revenge : les chasseurs deviennent des proies
2.5Note Finale