« Génération perdue » vous transportera littéralement au cœur des années 80 ! En 1987, Joel Schumacher réalise son quatrième film, dépoussiérant le mythe du vampire au cinéma en le transposant dans une histoire conçue pour les adolescents. Le pari était osé, mais avec le recul, en voyant le succès actuel de séries et de films comme « Buffy contre les vampires », « True Blood » et autres « Twilight », la production de « Génération perdue » était en avance sur son temps.

Bien que ce changement ait déjà été amorcé deux ans plus tôt avec « Vampire, vous avez dit vampire ? » de Tom Holland, une relecture du genre mêlant humour (noir) et horreur, se rappelant aux bons souvenirs du génial « Le bal des vampires » de Roman Polanski, le « Génération perdue » de Joel Schumacher pose les jalons de nouvelles perspectives en rajeunissant la figure du vampire traditionnel pour mieux la transposer dans la jeunesse des années 80. Le slogan du film représente parfaitement l’état d’esprit de l’époque, d’une jeunesse au bord du gouffre, qui, ironiquement fait écho à cette même jeunesse actuelle, désabusée par un futur incertain : « Dormez le jour. Faites la fête toute la nuit. Ne vieillissez jamais. Ne mourrez jamais. C’est génial d’être un vampire. »

Après un divorce difficile, Lucy Emerson part refaire sa vie en Californie avec ses deux enfants, Michael l’ado et Sam l’enfant. Ils emménagent chez le père de Lucy à Santa Carla, en attendant de trouver mieux. Santa Carla, surnommée la « capitale du crime », va très vite montrer un visage mystérieux quand Michael rencontre Star, une jeune fille faisant partie d’un groupe de motards, dont il tombe amoureux. Sam de son côté rencontre les frères Frog, deux illuminés tenant des propos absurdes sur les gens de la ville. Tandis que Michael semble montrer des changements de comportement alarmants, Sam commence sérieusement à croire aux vampires décrits par les frères Frog…

Pour un trentenaire plus près des 40 que des 30, revoir aujourd’hui « Génération perdue », découvert à la sortie de l’adolescence, dépasse la nostalgie pure pour se situer plutôt dans une sorte de souvenir vaporeux d’une époque particulière. Pourtant, le film de Joel Schumacher, malgré une identité fortement liée à son temps, se regarde encore avec un plaisir non dissimulé pour ne pas dire coupable. Les nouvelles générations se retrouveront dans un sujet encore d’actualité aujourd’hui, la jeunesse éternelle qui renvoie au mythe de Peter Pan auquel le titre anglais, « The Lost Boys », fait référence, tout en souriant sur les aspects très eighties du film, comme les tenues vestimentaires et les coupes de cheveux (ça vaut vraiment le détour). La lutte de Michael entre le côté sombre et attirant des vampires et celui d’une vie normale avec sa belle est une métaphore, certes pas toujours très subtile, du passage à l’âge adulte, mais qui, placée dans le contexte du film, a su (et saura) toucher la corde sensible des adolescents.

Au-delà du côté émotionnel et nostalgique que peut représenter un film découvert dans une période particulière de la vie, « Génération perdue » est un mélange jubilatoire d’horreur, d’humour, de comédie et de moments de frayeurs, comme les séries B des années 80 et 90 savaient si bien le produire. Malgré le côté rétro de l’ensemble et certains aspects très codifiés, « Génération perdue » n’a rien perdu de son charme et constitue toujours un excellent divertissement aux dialogues drôles et percutants (n’en déplaise aux puristes, mais la version française est ici fortement conseillée : « T’es un vampire, Michael ! Mon propre frère est un bon Dieu de saloperie de vampire ! Et tu vas voir ce que dira maman quand elle rentrera ! »).

Le casting, constitué d’acteurs tous peu connus à l’époque, participe également beaucoup à la réussite du long-métrage. Le jeune Kiefer Sutherland (« 24 Heures Chrono ») alors au début de sa carrière, campe David, un chef vampire sensuel et sulfureux, à la coupe mulet du plus bel effet. Il est le leader d’une bande de vampires aux coupes de cheveux improbables, tout droit sortis d’un clip de hard FM, très populaire durant ces années là. En face de lui, Jason Patric (« Narc »), est le jeune et beau Michael, qui va tomber amoureux de Star la protégée de David, interprétée par la belle Jami Gertz (« Jersey Girl » de Kevin Smith). Corey Haim dans le rôle de Sam, le jeune frère de Michael, et Corey Feldman (« Les Goonies ») dans celui de Edgar Frog (les frères Edgar et Alan Frog font bien sûr référence à Edgar Alan Poe), amènent un côté comique à un trio de chasseurs de vampires adepte du scoutisme.

Prenez les magnifiques décors naturels de la petite ville côtière de Santa Cruz en Californie, arborant fièrement un style très vidéo clip, ajoutez à tout cela une bande-son jubilatoire et vous serez prêt pour un voyage au cœur de la nuit ! Si vous n’avez jamais vu « Génération perdue », il n’est jamais trop tard… Culte on vous dit !

Génération perdue
De Joel Schumacher
Avec Jason Patric, Corey Haim, Diane Wiest, Kiefer Sutherland, Corey Feldman
Warner Home Video