Présenté à Cannes en 2010, le premier long-métrage de Raed Andoni Fix Me relatait une vingtaine de séances de thérapie qu’avait suivies le réalisateur. Cette manière cathartique d’envisager le documentaire se retrouve, poussée à l’extrême, dans son deuxième film, récompensé à la Berlinale 2017 du prix du meilleur documentaire.


Afin de réveiller les fantômes du passé, le metteur en scène palestinien a organisé un casting afin de trouver des comédiens et des professionnels du bâtiment qui, comme lui, ont passé du temps dans le célèbre et symbolique lieu de détention et d’interrogatoire israélien, Al Moskobyia. Chacun va alors replonger dans ses souvenirs pour tenter de reconstruire l’intérieur de la prison. Même si le résultat a évidemment un aspect subjectif, la précision de la reconstitution fait froid dans le dos. D’autant plus lorsque le réalisateur demande à ses protagonistes de rejouer les scènes d’intimidation ou de torture qu’ils ont vécues. Certaines sont difficilement soutenables et si elles ont effectivement une valeur de témoignage, elles posent la question de l’efficacité thérapeutique de l’expérience. Si quelques anciens détenus retrouvent une certaine joie de vivre et paraissent surmonter leurs traumatismes, d’autres semblent en créer de nouveaux.

Le documentariste a toutefois l’honnêteté de remettre lui-même en cause sa démarche parfois cruelle et sa place dans le processus. Lorsque justement le bien-fondé éthique du projet est mis à mal, le cinéaste se fait de plus en plus présent devant la caméra et laisse même un de ses acteurs lui demander « s’ils ne sont pas tous des pions sur son échiquier ». Cette décence morale l’honore et rend aussi cette œuvre, déroutante mais nécessaire, encore plus sincère et profonde.

Ghost hunting
FR   –   2016   –   94 Min.   –   Documentary
Réalisateur: Raed Andoni
Acteur: Ramzi Maqdisi, Mohammed Khattab, Raed Andoni, Atef Al-Akhras, Wadee Hanani
14.06.2017 au cinéma
Akka Films

Ghost Hunting : une œuvre, déroutante mais nécessaire
5.0Note Finale