Goodnight Mommy

Un film aux qualités d’un court-métrage avec la longueur d’un long-métrage pour un résultat ennuyeux.


Réalisé en 2014, victorieux du prix du jury jeunes au très attendu « Festival international du film fantastique de Gérardmer » et figurant dans la short list des prétendants à une nomination aux Oscars 2016 dans la catégorie « Meilleur film en langue étrangère », le film déçoit par son manque de minutie.

L’histoire du film se déroule pendant les vacances d’été, dans une maison de campagne perdue au milieu des champs de maïs et des bois. Des jumeaux attendent le retour de leur mère, mais lorsqu’elle revient à la maison, le visage entièrement bandé suite à une opération de chirurgie esthétique, les deux enfants mettent en doute son identité.

« Goodnight Mommy » est le parfait exemple de films qu’on pourrait, à tort, montrer dans les écoles de cinéma, malheureusement pas pour critiquer l’aspect insipide et raté du film, mais pour louer le fait que son auteur prend le temps d’exposer des situations de la vie quotidienne, le tout, sans se préoccuper de faire avancer son récit. De ce fait, on se retrouve à assister à des scènes, qui apportent exactement la même information, déclinée à plusieurs sauces. Là est le plus grand problème de ce film. L’histoire en soi aurait pu tenir sur 20 minutes tout en ne perdant absolument rien de l’intrigue. Le film se serait retrouvé mieux rythmé, plus intense, plus haletant et, arrivé à la fin du film, on aurait réellement ressenti le malaise que les réalisateurs ont tenté de nous faire ressentir.

Goodnight MommyMalheureusement, le cinéma d’auteur a, depuis longtemps, perdu ses lettres de noblesse auprès du grand public et des films comme « Goodnight Mommy » en sont entièrement responsables. De nos jours, il semblerait que pour être considéré comme un film d’auteur, il faille un rythme affreusement lent, peu de personnages, des situations de la vie quotidienne qui ne font, en rien, avancer le récit et, vous l’aurez aussi remarqué, une actrice se mettant nue pour… Bah, vous savez… Bref, moi non plus.

Les cinéastes, ont complètement oublié qu’un film d’auteur ne doit pas être chiant à mourir. Le film d’auteur doit se permettre d’explorer des sujets plus délicats qu’un blockbuster, car, ayant moins de budgets, le risque est moins grand en cas d’échec commercial. Pourtant, est-ce que le fait d’avoir un fort sujet donne le droit d’oublier des aspects techniques comme le rythme ou simplement de se poser la question de savoir si chaque scène est unique en son genre et, surtout, fait avancer l’histoire. Je ne le pense pas. « Goodnight Mommy » nous propose donc un sujet rarement, voire jamais, exploré jusqu’à maintenant : Comment réagiriez-vous si vous ne reconnaissiez plus votre propre mère et que faire en cas de doute sur sa réelle identité ?
Goodnight MommyCe sujet est vraiment intriguant, vraiment intéressant, mais les réalisateurs se sont quasiment arrêtés là. Le principe du court-métrage, c’est de développer une idée forte du début à la fin sans détour, car on n’a pas le temps pour développer des histoires secondaires. À l’inverse, le long-métrage doit développer d’avantage qu’une seule intrigue sinon on se retrouve à devoir tourner des scènes pour rallonger la durée du film. Pour « Goodnight Mommy », et sa seule intrigue, ces scènes sont certes très jolies, mais ne font absolument pas progresser l’intrigue. On en vient à espérer que le film se termine rapidement pour avoir la réponse à la seule question soulevée par celui-ci : Est-ce que cette femme est bien la maman des jumeaux ou pas ?

Au final, ce film aurait pu être un grand court-métrage. Heureusement, le sujet pourra être repris par des gens plus consciencieux qui s’appliqueront à faire un vrai grand film puissant, le film que « Goodnight Mommy » aurait dû être.

Goodnight Mommy
De Severin Fiala & Veronika Franz
Avec Susanne Wuest, Elias Schwarz, Lukas Schwarz
Ulrich Seidl Film Produktion GmbH
Praesens Films