La version remastérisée du long-métrage japonais « Harakiri » accentue la beauté de l’original et génère des émotions dévastatrices chez le spectateur, provoquées par l’analyse critique d’un système féodal hypocrite.



Lorsque l’un des plus grands réalisateurs japonais (« La Condition de l’homme », « Kwaïdan ») travaille avec l’un des meilleurs scénaristes (Shinobu Hashimoto : « Les Sept samouraïs », « Rashômon »…), que peut-il arriver à part un chef d’œuvre ? Kobayashi livre un chambara (film de sabre japonais) d’une haute portée politique, dans lequel il expose sa vision de l’influence d’une organisation sociale aliénante sur les individus.

Au 17ème siècle, Ieyasu Tokugawa a unifié le Japon et mis en place une organisation aussi rigide qu’impitoyable pour contrôler les seigneurs, dissolvant les clans des récalcitrants, jetant sur les routes des dizaines de milliers de rônin (samouraï errant). C’est dans ce cadre qu’Hanshirô Tsugumo, rônin parmi tant d’autres, frappe à la porte du puissant clan Ii. Reçu par l’intendant, il lui demande la permission d’accomplir le suicide par harakiri dans la résidence. Tentant de l’en dissuader, l’intendant lui conte l’histoire de Motome Chijiwa, un rônin qui a souhaité faire la même chose…

Le plan d’ouverture sur une armure aussi hiératique que vide illustre le propos de Kobayashi : les samouraïs s’aliènent en suivant un modèle vide et dépassé. La mise en scène l’illustre avec ses cadres géométriques et ses décors aux lignes droites. Carlotta offre un remaster magnifique, et deux bonus fort bien choisis. Une petite featurette sur la société japonaise féodale, à voir avant le film pour les néophytes, et 29 minutes d’analyse passionnante par le puits de science Christophe Gans, qui décortique le film (à savourer après).

Réalisateur: Masaki Kobayashi
Scénario: Shinobu Hashimoto, Yasuhiko Takigushi
Avec Tatsuya NAKADAI, Rentarô MIKUNI, Shima IWASHITA
Durée: 2h15
Distributeur : Carlotta

 

"Harakiri": la remise en question de traditions dépassées
4.5Note Finale