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26 octobre 2020

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« Harriet » : un chemin vers la liberté

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Réalisé avec justesse par Kasi Lemmons, « Harriet » sonne comme un rappel que nous aussi, chacun à notre échelle, nous nous devons de faire ce qui est juste, même si cela implique de sortir de notre confort. Le long-métrage est passé presque inaperçu chez nous, mais il mérite que l’on s’y attarde.


« Harriet » dresse le portrait admirable d’Harriet Tubman, figure emblématique de la libération des esclaves aux États-Unis. Le film raconte une histoire que l’on ne connaît que trop peu en Europe : comment cette femme, née Araminta Ross, réussit à s’enfuir de la plantation où elle était gardée comme esclave et comment, avec l’aide d’abolitionnistes de Philadelphie, elle parvint à libérer près de 70 esclaves.

On ne compte plus le nombre de films traitant de l’esclavage aux États-Unis, mais peu semble se concentrer sur des aspects plus lumineux de cette partie de l’histoire (autant que cette période puisse comporter un semblant d’espoir), comme par exemple comment Harriet Tubman s’est efforcé de toujours choisir la chose juste à faire, même si elle devait mettre sa vie en péril pour cela. Une des forces indéniables de ce film, c’est qu’il ne se concentre pas sur la vie de misère que Tubman a pu avoir, il ne se concentre pas sur les violences incessantes qu’elle dut supporter, sur les traitements inhumains que les noirs ont subis, mais bien sur son combat qui semblait perdu d’avance, sur son combat incroyablement difficile mais juste et sur sa façon de ne laisser personne derrière, même lorsqu’elle était libre et en sécurité, et sa conviction inébranlable que les choses ne devaient et ne pouvaient pas rester comme cela.

Sans pour autant passer sous silence la violence de ces années, « Harriet »  nous la montre subtilement sans jamais en faire le point principal du film ; certaines choses sont comprises implicitement et le personnage principal n’est jamais montré comme un martyr ou une victime, mais bien comme une femme forte, qui s’est battue durant toute sa vie pour l’égalité raciale et le droit des femmes. À vrai dire, une des seules choses que l’on pourrait reprocher au film est qu’il manque justement peut-être un peu d’émotions par moment ; mais rien qui n’empêche de se plonger dedans et d’être captivé par ce récit palpitant.

À plusieurs reprises, Harriet Tubman est montrée comme ayant des visions, des sortes de prédictions que Dieu lui aurait montrées pour lui montrer la voie et l’aider dans son combat. En réalité, Tubman souffrait très probablement de crises d’épilepsie, mais cette maladie n’ayant pas encore été découverte à l’époque (sans oublier que les esclaves n’allait que très peu chez le médecin), le film la montre comme une sorte de Jeanne d’Arc, menant à bien sa quête sous les ordres de Dieu. Le film aurait peut-être pu gagner en profondeur si, au lieu de montrer cela uniquement comme une intervention divine, l’on s’était plus arrêté sur ce qui rend cette histoire encore plus incroyable : Harriet Tubman a fait tout ceci malgré une probable lésion cérébrale. Cela étant dit, on peut saluer le film pour avoir traité ce point de sa vie comme un fait presque anodin, comme quelque chose qui ne la définit en rien et qui montrer que nous sommes bien plus que nos traumatismes.

Cynthia Erivo, que nous avons pu voir dans « Sale temps à l’hôtel El Royale » ou la série « The Outsider », nous montre encore une fois qu’elle a les épaules pour porter un film de cette ampleur. Touchante, réelle, très ancrée dans la réalité, elle rend ce personnage historique très attachant et touchant. Un biopic plus que réussi qui donne envie d’en apprendre beaucoup plus sur ces femmes qui ont fait l’histoire dont on ne parle pas assez souvent.

Harriet
USA – 2019 – Drama
Réalisé par Kasi Lemmons
Avec Cynthia Erivo, Janelle Monáe, Leslie Odom Jr.
Universal Pictures

Moïra Farwagi
Passionnée par l’écriture et le cinéma depuis longtemps, Moïra Farwagi a trouvé au sein de Daily Movies un merveilleux moyen de communiquer ses passions. Des films cultes aux films un peu moins cultes et franchement risibles des années 80, en passant par les comédies, les films de super-héros, les films qui font pleurer et encore un tas d’autres choses, le genre préféré de Moïra peut se résumer par « ce qu’elle aime ».
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