Passion dévorante, complicité cruelle, instabilité de la vie, survie de l’âme et cruauté contextuelle, tout est réuni pour nous faire frémir de toutes les manières possibles. Un film dur et froid autant que brûlant et enivrant. Un concentré de personnages pour une carreau brisé sur une œuvre unique qui a défrayé la chronique déjà à son époque.

Monsieur Earnshaw vit sur son domaine des Landes anglaises, un environnement dur et inhospitalier, avec sa fille Catherine, Heathcliff un enfant bohémien adopté et leurs domestiques. Rongé par son addiction au jeu, Earnshaw sombre dans la ruine et l’alcoolisme alors Catherine et Heathcliff, devenus adultes, découvrent leur amour réciproque et impossible. Les convenances, la subsistance et les trahisons ont raison de cet amour pur et passionné. Heathcliff quitte les terres et Catherine épouse un voisin fortuné. Les malheurs continuent de s’installer…

Inspiré par l’unique roman publié d’Emily Brontë sous le pseudonyme d’Ellis Bell, ce film est plus une étude symbolique des thèmes de la cruauté plus qu’autre chose. Les amateurs des sœurs Brontë qui s’attendent à voir vivre, une fois encore, les lieux et personnages de l’histoire d’origine risque d’être déçus. Le scénario ne fait qu’effleurer le roman. Cela dit, le cinéma comme le théâtre ne peut qu’interpréter une œuvre littéraire sans jamais parvenir à respecter exactement le récit, formats et moyens financiers obligent. Par contre, le focus apporté aux thèmes et à une certaine dimension des personnages est intéressante.

Hurlevent offre donc une promenade dans la fiction. Une étude de la souffrance, de la cruauté, des convenances et de la soumission. Certains crieront sans doute à l’affront pour certains protagonistes, comme celui de Joseph par exemple, ou encore l’absence d’autres comme le frère de Catherine. On peut également se perdre dans une liste longue de manquements et de variations hasardeuses comme le lien fraternel inexistant entre Edgar Linton et Isabella Linton, en réalité. Mais ces détails, importants pour saisir l’entièreté du roman, sont-ils aussi lourds de sens dans un long métrage visant manifestement à produire une œuvre dramatique et puissante en sentiments. ?

De ce dernier point de vue, le film est réussi. Les deux rôles principaux se déchirent, s’abandonnent l’un à l’autre avec une dramatique passion amoureuse qui les consumera littéralement, éclaboussant au passage les pauvres hères qui partagent leur quotidien. C’est donc un film puissant qui fait la part belle à une symbolique largement personnifiée par la nature, le climat, les échanges humains et même la résistance à une époque où la moralité était bigote et sévère, puisque l’intrigue évolue à la fin du IXème siècle en Angleterre.

A l’époque de sa parution, le roman avait soulevé nombres de critiques scandaleuses au vue du peu de respect des convenances, de la moralité et de l’exemple que l’autrice exposait. Il est certain que si un homme avait l’écrit, le scandale aurait été moins vif, voir même excusé. Mais une jeune fille responsable d’une telle étendue de comportements, qu’elle n’était pas sensée connaître, était tout bonnement inacceptable. Aujourd’hui encore, cela peut paraître comme un manque de contrôle de la société sur l’esprit et les mœurs des femmes.

Pourtant Les Hauts de Hurlevent, pour son titre en français, est une peinture honnête de ce que la nature humaine peut avoir de plus bestial et de finalement artistique peu importe l’époque. Vivre les fantasmes, se libérer des injonctions sociales est un acte de révolte toujours nécessaire pour l’avancement de l’équilibre du monde, quoiqu’en redoutent les fanatiques du contrôle et des règles de bienséance.

Allez voir Hurlevent sans attendre autre chose que de ressentir dans vos tripes un essai sur la cruauté absurde et terriblement familière. La souffrance inutile que nous pouvons nous infliger et imposer aux autres par conviction d’agir pour le mieux. Il n’y a pas pire que les bonnes actions pour de mauvaises raisons. L’hypocrisie de la vengeance domestique porte le sourire du traumatisme. Une dark romance en costumes victoriens.


Réal. : Emerald Fennell
Acteurs, Actrices : Margot Robbie/Jacob Elordi/Owen Cooper/Hong Chau/Alison Oliver/Martin Clunes/Ewan Mitchell/Shazad Latif/Charlotte Mellington/Vy Nguyen
Distrib. : Warner
Genre : Drame
Sortie : 11 février 2026
Titre original : Wuthering Heights


