Valérie Lemercier pour 100% Cachemire

Valérie Lemercier pour 100% Cachemire –

Le 11 décembre prochain sortira « 100% Cachemire », une comédie signée Valérie Lemercier. De passage en Suisse, la comédienne multi-casquettes, ce jour-là toute monochrome et élégante, répond à nos questions.

Après «Palais Royal» en 2005 on vous retrouve pour la quatrième fois devant et derrière la caméra. Est-ce que ça vous a manqué ?
Disons que ça c’est fait comme ça. Je n’ai pas de plan de carrière et je ne me dis pas que je dois faire un film tous les ans ou tous les cinq ans. Et puis j’ai fait du théâtre, j’ai tourné dans les films des autres…

« 100% Cachemire » s’inspire d’un fait divers : en 2012, une Américaine renvoie un enfant russe qu’elle vient d’adopter car « elle ne lui convient pas ». Tirez-vous souvent vos inspirations comiques de situations qui a priori sont plutôt tristes, voire dramatiques ?
Oui, toujours. J’ai d’ailleurs écrit une tragi-comédie. Dans tout ce que je fais, que ce soit mes spectacles ou mes films, seules les choses tragiques me donnent matière à rire. Faire rire avec quelque chose de tragique c’est ça mon but dans la vie.

Et peut-on rire de tout?
Oui, surtout de tout et il ne faut pas se censurer. Faire une comédie avec pour sujet une famille où tout va bien ça n’a pas d’intérêt. Le comique c’est la tragédie, plus un peu de temps et de distance.

Vous êtes entourée d’une formidable équipe d’acteurs, parmi lesquels Gilles Lelouche, Marina Foïs, Nanou Garcia. Comment avez-vous procédé pour le choix de la distribution ?
J’ai pensé quasiment à tous pendant l’écriture du film. Pour le rôle de Gilles, je voulais que les femmes en sortant du film aient envie de l’épouser (rires). Pour ce qui est de l’enfant, j’ai eu du mal à le trouver. On voit beaucoup d’enfants mignons dans les agences et ce n’est pas ce que je cherchais. Avec Samatin Pendev rien n’était gagné d’avance, il n’était pas dans la séduction qui peut, moi, m’agacer. J’ai mis du temps à me décider mais le résultat est là et j’en suis très contente.

Quelle est la particularité de travailler avec des enfants ?
C’est génial parce que quand on a un enfant sur le plateau, pas un adulte peut se permettre de faire des caprices (rires). Dans ce monde plein d’hystérie les enfants vous raccrochent à la réalité. En plus, Samatin nous a donné une véritable leçon sur le plateau, il est tellement courageux et persévérant ! Comme le héros du film, c’est un héros qui se mérite.

Comment avez-vous conçu votre scénario pour ce film?
Sans sortir de chez moi et en ne voyant personne (rires). Le premier jet de « 100% Cachemire » a été écrit en trois semaines, donc assez rapidement. Mais tout ça reste très mystérieux, on ne sait jamais vraiment d’où l’inspiration nous vient.

Vous incarnez une directrice de magazine et vous aimez vous-même beaucoup la mode. C’est un milieu que vous connaissez bien, ou avez-vous dû vous informer davantage pour incarner ce rôle ?
Non, je n’ai pas fait de recherches particulières. Ma bible en quelque sorte a été le documentaire « September Issues » sur la rédactrice en chef du « Vogue », Anna Wintour. Je trouve que ça fait souvent faux quand on parle de mode au cinéma. Par exemple, les séances photos dans Central Park du « Diable s’habille en Prada » ne se déroulent pas de cette façon dans la réalité. C’est pour ça que je voulais être dans un vrai journal, avec de vrais défilés haute couture Jean Paul Gaultier… Comme la mode se démode très vite, on peut difficilement en faire de la fausse. J’ai aussi eu la chance d’avoir des éléments réels comme des couvertures, des photos. Tout ça est très difficile à pasticher.

L’un des thèmes du film est aussi celui des apparences…
Oui, au début Aleskandra semble tout maîtriser. Elle est tellement bien organisée qu’elle peut avoir un amant l’après-midi entre deux rendez-vous. En fait, j’aimais qu’on puisse penser qu’elle a un super boulot, un super mari, un super chien et les révélations qu’on a pendant le film, son écroulement, c’est une façon de dire qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Aleksandra est dépressive mais en même temps elle a beaucoup de chance, notamment car les hommes de sa vie la sauvent à chaque fois.

Aleksandra voit-elle aussi la maternité comme quelque chose qui peut la sauver et lui garder la tête hors de l’eau ?
Tout à fait et d’une certaine façon elle n’a pas tort. Elle évolue dans un univers où on se croit tout permis et cet enfant va lui permettre de redescendre sur terre. Au-delà de ça, son couple va en sortir plus fort.

On sent qu’elle a tout de même beaucoup de peurs, elle qui est toujours dans le contrôle de soi. En montrant les failles de vos personnages vous vous éloignez de la caricature…
Oui, je trouve que trop souvent les héros sont simplifiés dans les histoires. Je n’aime pas voir un personnage qui fait tout bien. Même dans la vie j’aime les gens élaborés, ceux qui ont souffert, qui ont un « pète » au casque ou un défaut.

Malgré leurs efforts, le couple ne parvient pas à nous sembler adéquat dans leur rôle de parents. Est-ce que vous leur en voulez ? Ou sont-ils victimes de leurs parcours de vie ?
Je crois qu’ils n’étaient pas préparés à la venue de cet enfant et d’ailleurs, je ne sais pas si on peut vraiment s’y préparer. Je ne porte pas de jugement sur eux. Je comprends aussi très bien, moi-même n’ayant pas eu d’enfants, qu’on puisse ne pas passer par cette case de désir d’enfants. Souvent quand vous le dites, vous avez l’air suspect.

Le film est politiquement incorrect à cet égard. Peut-on y voir une critique adressée à une société qui encore trop souvent affirme que l’instinct maternel est inné chez les femmes ?
Le problème n’est pas tant l’instinct maternel mais plutôt cette idée de vouloir un enfant à tout prix. Je pense surtout au rôle de l’enfant, qui est parfois là pour combler les manques des parents, ou pour réparer quelque chose. Je pense que bien élever un enfant, c’est l’aider à se débrouiller tout seul. Pourtant, dans la famille il y a quelque chose de pathogène, de pathétique dans le fait de ne pas pouvoir se passer de l’autre.

Aleksandra est l’archétype de la « working girl » des temps modernes. Elle est efficace au boulot, a des aventures assumées, elle ne touche pas aux fourneaux. Quel regard posez-vous sur ces femmes ?
Un regard très bienveillant. Je ne suis pas Aleksandra, je n’ai pas mon bac ni mon permis de conduire, j’ai peur des chiens, et sans me vanter, je sais faire la cuisine (rires).

Malgré une apparence très soignée et le poids du qu’en-dira-t-on elle est impertinente. C’est ça qui la rend attachante, aussi…
Oui, elle est socialement très évoluée mais émotionnellement pas du tout. Elle n’a rien d’une Cruella. C’est plutôt une femme avec un cœur d’enfant et à qui on n’a pas appris à corriger ses maladresses.

Malgré quelques malentendus, le couple que vous formez avec Gilles Lelouche se comprend. Il semble être à toute épreuve…
Oui et surtout ils se défendent l’un l’autre. Pour moi la vraie fonction d’un couple est là, celle de toujours défendre son conjoint contre l’adversité. Je voulais parler de l’adoption mais aussi d’une histoire d’amour.

Avec ce quatrième film avez-vous le sentiment d’avoir pris de l’assurance en tant que réalisatrice?
Non, malheureusement (rires) et je ne sais pas si l’expérience nous fait prendre de l’assurance. Avant de tourner pour la première fois on a plus d’audace, on ose plus. « 100% Cachemire » m’a permis de confirmer les acquis que j’ai développés au fil des films et j’ai osé à l’écriture des choses qui a priori ne se font pas. Mais pour ce qui est de la mise en scène, j’aimais mieux être dans l’insouciance du premier.

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