« Eclipse de bonheur« , est un film d’une incroyable profondeur émotionnelle. Le réalisateur Stefan Haupt réussit à adapter sur le grand écran toute l’ambiance intense qui se dégage du roman éponyme de Lukas Hartmann. Un récit dramatique, mais qui fait croire aux petits miracles de la vie. Après, « Le Cercle » en 2014, Stefan Haupt récidive avec une nouvelle œuvre qui aborde des thèmes essentiels pour toutes les familles et il nous en dit un peu plus sur son nouveau projet.

Après « Le Cercle » en 2014, qu’est-ce qui vous a motivé à revenir avec un nouveau projet ?
Si le sujet d’un film est intéressant ça me motive à continuer. Il faut savoir que Lukas Hartmann m’avait envoyé son livre en 2010, je l’ai lu et cela m’a énormément plu. Je lui ai dit que s’il n’était pas pressé, j’aimerai le faire, mais après « Sagrada » et après « Le Cercle ». C’était bien pour lui donc on a commencé en parallèle avec « Le Cercle », car comme vous le savez en Suisse cela prend beaucoup de temps pour trouver le financement et faire le scénario.

Der Kreis (Le Cercle)

Justement « Le Cercle » est un film qui vous a permis de beaucoup voyager, vous l’avez montré un peu partout et en Suisse, il a rencontré un vrai succès, auprès des romands aussi. Est-ce que la pression est un peu plus grande quand on sort un film quelques années après un succès tel que celui-là ?
Je me souviens qu’après « Utopia Blues » j’avais cette pression-là pour le film « Elisabeth Kübler-Ross ». Mais pour « L’éclipse du bonheur » ce n’était pas grave (rires). C’était plutôt assez intéressant, l’histoire me touche beaucoup, puis il y a ce truc avec ce garçon et le fait de travailler avec lui. Puis le fait aussi que ma femme joue le rôle principal qui était aussi très intéressant et je n’avais jamais adapté un roman jusqu’à aujourd’hui. Toutes mes pensées étaient occupées par ce travail donc je n’ai pas pensé à cette sorte de pression.

Vous parliez de Lukas Hartmann, comment s’est passé la rencontre avec ce romancier ?
J’avais lu beaucoup de livres de lui, il y a 20 ans, et on avait fait connaissance sur un podium il y a peut-être 10 ans. Il avait vu un de mes films qui s’appelle « How about love », de 2010 et il a dû penser que je devais être capable de travailler avec un jeune garçon, parce qu’il y a avait quelques jeunes garçons, dont deux de nos enfants, qui jouaient dans le film. Donc à cause de ça, on pourrait dire qu’il a choisi de m’envoyer ce livre pour me demander si ça m’intéressait. Ce qui était très bien, c’est qu’il connaissait déjà le procédé qui consiste en laisser aller son livre, car c’était déjà son 3eme ou 4eme livre qui était adapté. C’était une sorte de collaboration très constructive et il est très ouvert, il n’a pas dit « tu dois le faire comme-ci ou comme çà ». Bon, je lui ai tout de même envoyé le scénario car, je voulais entendre ce qu’il avait à dire et quelles étaient ses impressions.

Dans le roman, l’histoire est racontée à la première personne et dans le film tout est abordé à la troisième personne. Qu’est-ce qui a été le plus difficile quand vous avez adapté ce roman au cinéma ?
Bonne question, ce n’est pas tellement facile à dire. Je crois que ce qui est vraiment difficile, c’est que quand tu lis un livre, tu as toutes ces images dans la tête, quand on essaie de faire un scénario pour un film, on oublie qu’on a déjà toutes les images dans la tête. Et parce qu’on a déjà cette image tellement complète de l’histoire ce n’est pas facile de réinventer cette même histoire pour faire un film. Très tôt, j’ai su que je ne voulais pas faire un film à la première personne avec voix-off etc. parce que je ne me sentais pas à l’aise avec ça. Donc j’ai demandé à sa maison d’édition de me donner tout le livre dans un document Word et j’ai réécrit tout le livre et changé la personne d’Éliane à la troisième personne. Ce qui était un peu de travail en plus, mais en même temps, ça m’a beaucoup aidé de commencer à vraiment travailler avec le texte. Puis un livre de 200 ou 300 pages si on voulait le tourner en entier cela deviendrait une série, il a fallu couper et prendre des décisions sur quelles parties de l’histoire, je veux raconter et quelle partie il faut laisser de côté.

Lukas Hartmann

Justement pour revenir à l’adaptation du roman au cinéma, dans ce roman ce qui se dégage tout de suite, c’est une ambiance très intense et on s’imagine aussi très bien les décors, et ce qui fait plaisir, c’est qu’on retrouve ces éléments dans votre réalisation. Est-ce que cela a été facile de recréer cette ambiance du roman sur grand écran ?
Ce n’était pas simple, mais comme j’avais vraiment aimé le roman, je n’avais pas l’intention de créer quelque chose moi-même de totalement différent. Mais en travaillant avec le texte, on pourrait même dire que ça devenait ma propre histoire que je pouvais recréer, mais à vrai dire, c’est difficile d’expliquer pourquoi ça a si bien marché (rires). Je crois que c’est comme toujours la somme de tous petits détails. Lukas Hartmann m’a dit qu’il a revu le film quatre fois et qu’à chaque fois, il remarque de nouveaux détails différents qu’il n’avait pas remarqués tout de suite et il est étonné de les retrouver dans le film. J’ai beaucoup parlé avec les décorateurs et ils avaient tous lu le roman aussi pour avoir ces inspirations.

Hasard de la vie ou peut-être pas, le film aborde plusieurs sujets d’actualité. Comment souhaiteriez-vous que le film soit reçu par le public ?
J’espère que le public accueille le film à cœur ouvert et avec courage. Parce que je suis très heureux que le titre français du film soit « L’éclipse du bonheur » il est beaucoup plus lumineux ou joyeux que le titre en allemand qui a un côté assez sombre. J’ai entendu des gens dire que ça leur faisait peur, mais ce qui est très intéressant, c’est que tous les gens qui ont vu le film ne le disaient pas. Pour moi, il y a vraiment une force et un courage dans le film, une force de l’espoir, l’idée que ça peut marcher ; qu’on vive ensemble une période très dur et renaître et gagner si on n’essaie pas d’être aveugles et si on regarde vraiment et qu’on accepte la réalité et qu’on continue. Donc pour moi ce n’est pas un film sombre, mais beaucoup plus un film qui parle du bonheur.

Dans le film, vous avez mis en avant comme premier rôle un très jeune acteur Noé Ricklin. Comment avez-vous trouvé ce jeune acteur dont aujourd’hui, on dit qu’il pourrait être la relève de Kacey Mottet-Klein ? Car il a quelque chose de lui dans son jeu d’acteur dans le film.
Il n’y a pas de règles sur comment trouver un garçon comme ça. Corinna Glaus qui avait fait le casting avait aussi fait le casting pour deux de mes films, donc elle avait pas mal d’adresses où envoyer notre projet. Et nous avons eu de la chance que parmi la troupe de théâtre Rosmarie Metzenthin à Zurich, une professeure ait dit au père de Noé que son fils pourrait essayer le casting. Noé n’avait pas beaucoup joué au théâtre là-bas et surtout n’avait jamais joué dans un film, car on le sait en Suisse qu’il n’y a pas beaucoup de rôles pour les jeunes dans les films. Nous, on l’a vu très tôt que c’était lui, si on regarde son regard, son visage, son sourire, tout ça est si aimable et ça nous donne envie de regarder ce qu’il fait. Puis évidemment, c’était aussi pour nous une question de savoir comment travailler sans mettre trop de poids sur lui avec cette histoire. Mon petit secret, c’était que je lui disais : imagine que Yves est ton ami le plus proche et que toute cette histoire affreuse, c’est l’histoire de ton ami. Et avec cette idée, je pouvais lui parler des parents d’Yves qui sont tellement brutaux et de leurs tentions qui sont tellement fortes sans lui dire imagine tes propres parents faire ça, et je pense que c’était vraiment bien pour lui et pour le soulager.

Toujours pour revenir aux premiers rôles, dans le film, vous faites jouer votre femme Eleni Haupt et c’est la première fois qu’elle joue le premier rôle dans l’un de vos films, comment s’est passé le travail en famille ?
(Rires) Bien évidemment ce n’était pas facile de faire ça, il y a une pression supplémentaire, car on veut la réussite pour des raisons différentes. D’un autre côté, il faut savoir que nous sommes ensemble depuis 30 ans cette année, nous avons quatre enfants ensemble et nous connaissons très bien chez l’autre cet intérêt d’attaquer les choses et faire face à des problèmes, accepter qu’il y ait des problèmes dans la vie et essayer de grandir par-delà les problèmes. Et cette sorte de compréhension nous a aidé beaucoup à travailler ensemble et ce n’était pas tout à fait la première fois qu’on travaillait ensemble, elle m’a aidé très souvent avec des scénarios pour des films et elle a aussi joué des petits rôles dans d’autres films donc, oui ça a marché.

Finsteres Glück (L’Eclipse du bonheur) – Eleni Haupt

Aujourd’hui (11 avril 2017), vous avez la première romande, comment voyez-vous le public romand par rapport au public suisse-allemand ?
Toujours quand je suis à Genève, à Lausanne ou en Romandie, je trouve que c’est vraiment une spécialité de notre pays comment les deux parties sont différentes, c’est incroyable il y a deux façons de penser, de raconter des histoires et de vivre. Ici (ndlr : Genève) j’ai déjà le sentiment d’être en France, bien naturellement, je ne sais pas si vous à Zurich avez l’impression d’être en Allemagne, parce que la langue est tout de même différente en Zurich et Berlin, mais en même temps, ça m’a toujours intéressé d’améliorer les échanges. Quand j’étais président de l’association du film, des réalisateurs et des scénaristes, j’ai fait beaucoup d’efforts pour améliorer l’échange donc je suis très heureux d’être ici avec le film. Je sais que c’est pas du tout banal que nos films passent les frontières de la langue et j’espère que grâce au côté français dans le film, avec l’Alsace où on a tourné avec le Retable d’Issenheim, va aider auprès des romands. D’ailleurs, les femmes qui travaillent dans le musée Unterlinden à Colmar, sont venues à la première à Bâle, elles étaient tellement touchées, c’était formidable et nous espérons qu’un jour, le film sera montré chez eux aussi.

Pour l’instant, nous sommes encore au début de la promotion du film, il y a encore beaucoup à faire en général, mais est-ce que vous avez d’autres projets en tête pour après ce film ?
Oui bien sûr, j’ai terminé le film plus ou moins il y a un an donc il faut continuer. On a vraiment un truc assez grand autour des 500 ans de La Réforme luthérienne. Nous sommes en train de préparer le tournage pour un film sur Ulrich Zwingli qui a fait son premier prêche à Zurich dans le Grossmünster le 1er janvier 1519 donc on espère avoir la première de ce film le 1er janvier 2019. En plus de ça, je travaille aussi sur un documentaire

Vous revenez un peu dans le documentaire, car on constate dans votre filmographie que vous jonglez un peu entre les documentaires fictions, les romans, le dramatique. Est-ce votre style de prédilection les documentaires dramatiques ?
Je suis très heureux de ne pas avoir à me décider sur ce sujet. J’ai commencé avec des documentaires, ensuite il y a eu « Utopia Blues » qui a été le premier succès. Tous les documentaires et fictions c’est raconter des histoires, il y a des histoires qu’ on peut mieux raconter sous forme de fiction et d’autres sous formes de documentaires et je suis très heureux de ne pas avoir à choisir.

Finsteres Glück
(L’Eclipse du bonheur)
CH   –   2016   –   110 Min.   –   Drama
Réalisateur: Stefan Haupt
Acteur: Eleni Haupt, Noé Ricklin, Elisa Plüss, Chiara Carla Bär, Martin Hug
Xenix Films
10.05.2017 au cinéma

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