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dimanche, mai 26, 2024
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Jeanne Herry au cœur de la justice restaurative !

Carlos Mühlig
Carlos Mühlig
Depuis des nombreuses années, Carlos Mühlig met son savoir faire journalistique et en matière de communication au service de sa passion pour le 7ème art.

Après « Pupille », la réalisatrice française Jeanne Herry consacre son nouveau long-métrage à la justice restaurative, un dispositif très peu connu qui propose un dialogue entre victimes et agresseurs. Un film choral dans un faux huis clos au casting cinq étoiles, intitulé simplement « Je verrai toujours vos visages ».


En quelques mots, de quoi parle votre film ?
Le film « Je verrai toujours vos visages » est sur la mise en place d’un dispositif de justice restaurative, qui est une justice complémentaire de la justice pénale et qui consiste à faire dialoguer des auteurs et des victimes dans des espaces de dialogue sécurisés.

C’est inscrit dans la loi ? Elle est obligatoire ?
La justice restaurative est inscrite dans la loi. Ce n’est pas une obligation. En fait, c’est chaque personne victime ou l’auteure d’infraction peut se voir proposer et peut bénéficier à sa demande de mesure de justice restaurative. Ce n’est évidemment pas obligatoire, parce que ça va à l’encontre d’absolument toute la philosophie de la justice restaurative qui est basée vraiment sur le volontariat et les attentes des gens. Donc ça ne s’impose pas du tout.

« ce sont des outils qui sont à disposition, qui sont prêts à être utilisés… »

La justice restaurative, est-elle bien connue ?
Ce n’est pas connu en France du tout et ça n’est pas connu en Suisse non plus. Ça, je ne savais pas, mais c’est un peu plus connu au Québec parce que c’est plus développé en Amérique du Nord.

Connaissiez-vous la justice restaurative ?
Non, je ne connaissais pas. J’étais comme la grande majorité des gens en France à ne pas connaître cette justice. Je l’ai découverte par le biais d’un podcast. Par la suite, ça m’a paru un peu fou qu’on ne connaisse pas parce que ce sont des outils qui sont à disposition, qui sont prêts à être utilisés, il y a des gens qui sont formés, les protocoles sont pensés, ils sont déjà mis en place. Ça a commencé quand même depuis 2014. Il y a eu plusieurs centaines de mesures qui ont été mises en place, mais c’est relativement peu connu et je pense que d’un point de vue collectif et individuel, on devrait s’en saisir beaucoup plus.

Et comment avez-vous procédé à la préparation d’un tel film avec un sujet si délicat ?
Je me suis documentée par le biais de plusieurs dizaines d’entretiens que j’ai menés pendant trois ou quatre mois avec des gens qui font cette justice, qui la pensent, qui la mettent en place. Après, j’ai ricoché aussi grâce à eux vers certaines victimes, certains auteurs qui avaient participé à ce type de dispositif. J’ai suivi des formations qui sont dispensées pour être animateur ou animatrice. Et puis forte de tous ces témoignages qui étaient nombreux, où j’ai essayé vraiment de très bien comprendre la justice restaurative et les protocoles, je suis allée dans mon petit bureau travailler pendant un an pour essayer de proposer une partition intéressante aux acteurs.

Les acteurs ont eu une préparation en particulier pour incarner leur rôle ?
Non, en fait, j’ai proposé aux acteurs un scénario qui était étayé par une grande documentation, mais qui était un scénario avant tout, avec des personnages à jouer, des scènes à jouer et des mots qui étaient choisis de manière assez rigoureuse. Je ne demande pas du tout aux acteurs d’improviser, ça ne m’intéresse pas du tout. Les acteurs eux-mêmes n’ont pas suivi de formation. Ils ne connaissaient pas la justice restaurative non plus. Ils ont un peu découvert le sujet avec le scénario et ils ont fait un travail d’acteur.

Du coup, ils ont trouvé l’inspiration quelque part, car leurs rôles sont excellemment bien interprétés.
C’est comme dans n’importe quel film, ils n’ont pas à s’inspirer ou… si, on peut s’inspirer d’un personnage connu mais ce n’était pas mon souhait. Ils ont des scènes à jouer, ils ont un texte à apprendre, des situations. Tout le monde peut être victime. Tout le monde peut se retrouver un jour et tout le monde pourrait aussi commettre des infractions. Ce sont des gens, donc des gens qui ont joué d’autres gens.

« Notre époque ne favorise pas beaucoup les espaces de dialogue sereins. »

Y a-t-il un message à transmettre avec votre film ?
L’objectif du film, c’est de faire un bon film, déjà. Je n’ai pas spécialement de message à passer. C’est un film qui a pour thématique principale la réparation et le triomphe du collectif. Il se trouve que là, c’est la réparation par le dialogue, par la reprise du dialogue, par la parole. Pour moi aussi, dans ma vie, c’est très important. Je sais que mécaniquement, on a tous besoin de parler et d’être entendus, de se dire qu’on est compris et entendu. Ça répare, ça fait du bien et je pense qu’on en a tous besoin collectivement, même si on n’est pas victimes, même si on n’est pas les auteurs. Cette reprise du dialogue, globalement, je pense que ça nous ferait à tous du bien de recommencer à nous écouter. Notre époque ne favorise pas beaucoup les espaces de dialogue sereins. J’ai l’impression que les échanges se transforment souvent en débats qui se transforment en affrontements. Je trouve ça très stérile et très pénible. Dans tous les cas, c’était très agréable pendant trois ans de se pencher sur cet endroit du réel qui existe, la justice restaurative, où on ne fait que ça, écouter les gens et les mettre dans des dispositifs où ils s’écoutent et où ils s’entendent.

En faisant jouer des actrices et des acteurs de talent et très connus, vous ne craigniez pas que pour un tel projet les acteurs prime sur le personnage ?
Non. Parce que je ne fais pas un film sur un sujet. Je saisis l’opportunité de ce que m’offre le sujet pour essayer de faire du cinéma. Et pour moi, les acteurs, ils ont une place centrale dans mon travail. C’est pour eux que j’écris, c’est pour eux que j’essaye de trouver des bons sujets qui me permettent de travailler sur des scènes qui me permettent de développer des situations et des personnages intéressants à jouer. Il n’y a que le jeu qui m’intéresse.

En fait, un acteur ne prendra jamais trop de place. Au contraire, puisqu’il est au cœur… D’ailleurs, c’est la partie de mon travail que je préfère : le travail avec les acteurs. J’essaye au contraire de leur donner beaucoup de choses à jouer, de les mettre dans un écrin dédié à eux, à leur travail, à ce qu’ils vont donner, toute l’intensité, l’émotion. Cela étant, on fait un travail rigoureux ensemble de jeu et de respect de la partition, justement. C’est sûr que je leur demande vraiment de ne pas changer le texte, de ne pas rajouter, de ne pas retirer, de ne pas mettre à leur sauce. Ça, ça ne m’intéresse pas en revanche.

Il y a eu une difficulté ou peut-être, il existait une certaine pression, responsabilité de réaliser un film qui traite un sujet aussi délicat ?
Non, disons que ça met beaucoup de responsabilités sur les épaules des acteurs et que j’essaye de leur donner un espace de jeu qui est sécurisé, où ils vont pouvoir s’abandonner dedans. Et puis non, ce n’est pas difficile non plus. Ils avaient tous envie de bien faire et ils avaient tous beaucoup de travail. Il n’y a personne qui a fait le malin. Ils avaient tous envie d’être à la hauteur du personnage, de la partition. Il y a quand même beaucoup de choses à aller chercher. Ce n’était pas anodin. Il y avait beaucoup de concentration, beaucoup d’intensité sur le plateau et en même temps, c’était très heureux parce qu’ils se sont tous beaucoup soutenus, énormément écoutés, tous applaudis tout le temps à chaque prise. Il y avait vraiment quelque chose de très soutenant, comme une équipe. Peut-être il y a la scène « Climax » de « Fin », on ne va pas dire ce que c’est, mais qui a été la plus tendue, je pense, à tourner pour moi, parce que je savais qu’il fallait qu’elle soit à la hauteur de mes espérances, quelque part. Ça a été une séquence qui n’a été pas dure, mais qui était tendue, pour moi. Pas sur le plateau, mais il fallait vraiment qu’on aille chercher la juste intensité de cette scène.

Que diriez-vous aux gens pour qu’ils aillent voir votre film au cinéma ?
Plusieurs choses. Déjà, aller au cinéma, ça fait du bien. C’est un peu comme parler, ça fait du bien. Je le pense vraiment. Je pense qu’aller au cinéma, globalement, c’est magnifique et ça procure des moments formidables et des émotions formidables. Quant à mon film, si on aime les acteurs, si on aime les films qui travaillent sur la tension et l’intensité, ça peut plaire.

Je verrai toujours vos visages
FR – 2023 – Drame
De Jeanne Herry
Avec Adèle Exarchopoulos, Dali Benssalah, Leïla Bekhti, Gilles Lellouche, Elodie Bouchez, Suliane Brahim, Jean-Pierre Darroussin, Miou-Miou…
Frenetic Films
05.04.2023 au cinéma

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