La guerre des espions

La guerre des espions

« Alors là, tu ‘ois, dans le film, la fille demande la clé du douze… et le réceptionniste lui tend une clé de 12. Et pis, à un autre moment, y’a un type qui dit : « Si je reste ici une seconde de plus, je vais exploser », un autre type lui répond : « allez donc exploser ailleurs ». Le premier type sort du bureau et là, on entend un grand « boum ! » et le gars, il revient noirci au milieu d’une épaisse fumée… Pis alors y’a le héros qui s’occupe à entortiller une pelote de ficelle devant une fille. À c’moment là, le frère de la fille intervient et dit : « ça suffit, arrêtez de peloter ma sœur !… » STOOOOP ! N’en jetez plus, pitié !

ABSURDO-HYSTERIQUE
Respirons un grand coup et reprenons un instant nos esprits. Les quelques dialogues cités ci-dessus résument assez bien ce que donnerait une tentative de résumé oral de quelques-uns des innombrables « gags » qui parsèment « La Guerre des espions » de Jean-Louis Van Belle, au rythme d’environ un toutes les trois secondes. Qu’on se rassure : les deux secondes intermédiaires ne sont pas perdues pour autant, occupées qu’elles sont par, au choix : un gag visuel raté, une grimace, un jeu de mot consternant, une didascalie totalement à côté de la plaque ou encore l’apparition d’un phylactère au-dessus de la tête de l’un des personnages censé résumer ses pensées de façon « comique ». Et cela de manière parfaitement constante, de la première seconde de métrage jusqu’à la toute dernière !

Jean-Louis Van Belle était déjà parvenu à revisiter le mythe du vampire de manière hysté.. euh historique, dans son « Sadique aux dents rouges » qui alternait entre schizophrénie, philosophie existentialiste et couleurs chiasseuses. Avec, sa « Guerre des Espions », l’Auteur signe en 1972 ce qui constitue sa première (et, semble-t-il, unique) participation au domaine de la comédie. Comédie non-sensique, maniant un humour absurde et décalé, « La Guerre des Espions » est au comique de l’absurde ce que la « Cantatrice Chauve » aurait été si Eugène Ionesco, au lieu de se contenter d’être un simple sac à vin, avait carburé régulièrement au mélange crack / amphèts / spécial K / ecstasy.

HYSTERICO-ABSURDIQUE
Aussi déconcertant que cela puisse paraître, l’impression globale se dégageant de cette « Guerre des espions » donne le sentiment d’une folie grave canalisée cependant par le plus minutieux des horlogers helvètes : c’est à la fois extrêmement bien construit et fabuleusement con. D’ailleurs, le budget fut, sinon conséquent, du moins suffisant pour se doter de quelques acteurs connus du grand public comme Pierre Doris, Marcel Zanini, Philippe Castelli ou Jacques Balutin et, surtout, d’une tête d’affiche en la personne de Félix Marten, acteur oublié qui connut son heure de gloire dans des rôles de dandy.

Passons rapidement sur le scénario, qui n’est, de toutes façons, qu’un prétexte. Le Professeur Meier (Zanini) a dérobé les plans de sa propre machine infernale, le T-14, et compte bien les vendre au plus offrant lors d’une transaction organisée dans un hôtel d’Avoriaz appartenant à un caïd de la pègre qui servira d’intermédiaire. Pour récupérer le fameux dossier, le SDECE exfiltre Peter Finshh (Félix Marten), un gentleman-cambrioleur professionnel, sorti de prison pour reprendre l’affaire en mains. Accompagné de sa fidèle Intérim (une potiche des services secrets français), il devra récupérer le T-14 au milieu d’une cohorte d’espions (enfin quatre… un Allemand, un Ecossais, un Grec et un Breton). Voilà. Avez-vous bien saisi le scénario ? Parfait. Merci désormais de n’en tenir aucun compte : il n’a plus aucune importance dans la suite des évènements.

Au final, la caractéristique majeure de « La Guerre des espions » est sa croissance bien huilée dans le concassage de neurones, la consternation et le n’importe quoi : on croit avoir touché le fond ? Tout faux ! Le final touche carrément le noyau terrestre avec une course-poursuite où tout le casting se retrouve sur quelques dizaines de mètres carrées de pistes de ski pour s’entretuer gaiement au milieu des tamiseuses à neige. C’est beau, c’est grand, l’encéphalogramme du spectateur est désormais complètement plat.

[Benjamin d’Alguerre]

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