« Cheyenne en automne », le roman de Willy Vlautin, se voit adapter sur le grand écran par Andrew Haigh. Malheureusement, des différences se perçoivent entre la version écrite scénarisée et la fiction. De ce fait, une certaine déception s’en perçoit.


Charley Thompson a beau être dans l’adolescence, il gère sa vie de manière stable à l’inverse de son père. Récemment arrivés dans à Portland, le jeune homme n’a pas encore accès à l’école et essaye donc de s’occuper du mieux qu’il peut. À 15 ans, il apprend de plus en plus à s’autogérer et quelque temps après son emménagement, il se prend d’affection pour un cheval nommé Lean on Pete. Suite à des circonstances dramatiques, Charley se retrouve totalement livré à lui-même et décide de quitter son environnement avec son nouveau compagnon. Dans l’espoir de retrouver un foyer et peut-être sa tante qui ne donne plus de signe de vie depuis très longtemps.

C’est en 2012 que sortit le livre « Cheyenne en automne ». Si le roman contient plus de 300 pages, tout en étant relativement épuré et nullement poétique, « La Route sauvage » dégage des atmosphères souvent inversées. Mais c’est surtout la simplicité et le voyage qui ont séduit le cinéaste britannique Andrew Haigh (« 45 ans ») pour sa transposition. D’ailleurs, le metteur en scène et le romancier se sont rencontrés plusieurs fois afin de respecter au mieux leurs idées et intentions respectives.

Par rapport au rôle de « Lean on Pete » (le nom du cheval et du livre en version originale), l’équipe technique a fait appel à différents équidés, notamment pour les courses. Quant aux lieux de tournages, en sus de Portland, le splendide désert de l’Oregon a entre autres été sélectionné. Ce choix amène sans nul doute un superbe élément positif. Au niveau du casting, plutôt fort bien constitué, le protagoniste principal est incarné par le jeune Charlie Plummer (Tout l’argent du monde). Si sa performance ne marque pas spécialement, elle reste indéniablement humaine et touchante. Son instinct de survie et son acharnement sont également judicieusement mis en avant. L’implication du personnage de Steve Buscemi The Baby Boss ») est discrète, peut-être un peu trop, mais sa présence demeure nécessaire et amène le héros à prendre en main son destin. Toutefois, c’est Steve Zahn La Planète des Singes Suprématie ») qui se démarque davantage quant à son interprétation. Bien qu’il soit encore plus écourté, le comédien reste méconnaissable et incarne un être désespéré près à tout (ou presque) pour (sur) vivre.

Malgré la beauté des paysages, un intense investissement quant à l’écriture de « La Route sauvage » et un casting intéressant, le film donne clairement l’impression de servir d’excuse quant à la réelle place du cheval. Par malheur et à l’inverse de « The Rider » qui a été diffusé au cinéma quelques semaines auparavant. Sans les comparer abusivement, les 2 long-métrages ont une approche radicalement différente par rapport auxdits animaux. À tel point que les liens entre l’homme et les équidés perdent tout leur intérêt et charisme dans « La Route sauvage ». Ainsi, « Lean on Pete » est trop fréquemment relayé au second rôle et de ce fait, le titre anglais original perd une grande partie de son sens. Fort, heureusement, la traduction française a su en faire fit et met plus en valeur le fondement de la fiction.

Quoiqu’il en soit, la mise en scène d’Andrew Haigh ne s’adresse pas à un large public pour la simple et bonne raison qu’il ne contient pas une intrigue distinctive ou déstabilisante. Sans être intellectualisée, les spectateurs-trices appréciant ce genre de réalisations passeront un bon moment. Enfin, pour les cavaliers-ères amoureux-euses des chevaux, les personnes voulant éviter les grosses productions américaines récentes ou souhaitant ressentir le calme de « La Route sauvage », alors oui le long-métrage sera plaisant et divertissant. Quant aux autres, le mieux, est de l’éviter afin de ne pas s’ennuyer ou de le regretter.

Lean on Pete (La route sauvage)
UK   –   2017   –   121 Min.   –   Drama
Réalisateur: Andrew Haigh
Acteur: Charlie Plummer, Steve Buscemi, Chloë Sevigny, Travis Fimmel
Filmcoopi
02.05.2018 au cinéma

"La Route sauvage" : l’œuvre intimiste décevante
2.0Note Finale