15 ans après « La Tour Montparnasse infernale », les deux compères Eric et Ramzy se réunissent pour un prequel, où les personnages ne sont autres que les pères de ceux du premier film.


Continuant sa parodie gogol de la saga Die Hard (le premier pastichait « Piège de cristal », celui-là « 58 Minutes pour vivre »), Eric et Ramzy campent deux brillants pilotes d’avion rendus imbéciles par une expérience militaire ratée et qui deviennent, malgré eux, les héros d’une lutte contre les Moustachious, organisation terroriste ayant pris possession de l’aéroport d’Aurly-Ouest (volontairement orthographié ainsi dans le film).

Les premières séquences « post-expérience ratée » annoncent malheureusement l’échec attendu de deux comiques à bout de souffle tentant un come-back opportuniste. Les deux acteurs agacent par leurs interminables dialogues niais, misant sur un comique de répétition qui tient ma foi bien plus de la répétition que du comique. Passées les 15 premières minutes, la suite semble prévisible : une lente chute vers le néant humoristique. Eh bien non ! C’était sans compter sur la capacité du duo à transcender la débilité, à la pousser jusqu’à un degré tel que tout ne devient plus qu’enfantillage, cartoon et… poésie, osons le mot. Ici, nulle gravité n’a sa place, aucun enjeu n’existe, rien ne peut entraver l’infatigable expansion de l’absurde, jusque dans les moindres recoins du long-métrage.

Plus encore que dans le premier film, Eric et Ramzy définissent un vrai univers comique, passé au filtre, non de la bêtise, mais de l’enfance sous sa forme la plus pure. Chaque objet devient un jouet dont les personnages s’empressent de remodeler la fonction, toute parole est déformée, réarrangée de manière à servir l’intérêt de chacun, à la manière d’un caprice de gosse. Le sang, les éperviers, les porte-bonheurs ou les fautes de français sont autant de détails qui renversent la narration sans aucune raison préétablies. En clair, tout le monde fait ce qu’il veut dans cet univers-là.

Bien sûr, certaines scènes un peu lourdingues peuvent rebuter et l’ensemble est inégal, mais la légèreté bienveillante (et non mièvre) qui enveloppe toute l’œuvre fait un bien fou dans le paysage souvent sclérosé du cinéma comique français. Mention spéciale à la délicieuse participation de Philippe Katerine, génie burlesque aussi bien dans son jeu d’acteur que dans sa musique.

La Tour 2 contrôle infernale
D’Eric Judor
Avec Eric Judor, Ramzy Bédia, Marina Foïs, Philippe Katerine
Disque Office

La Tour 2 contrôle infernale : poétique du non-sens
3.0Note Finale