John McTiernan, largement considéré comme l’un des maîtres du cinéma d’action, cache dans son impressionnante filmographie (« Predator », « Piège de Cristal », « Last Action Hero »…) quelques œuvres plus méconnues mais non moins cultes. Parmi ces long-métrages se trouve celui que beaucoup considèrent comme son film maudit mais qu’il est désormais temps de réhabiliter : « Le 13e Guerrier ».

Une œuvre imparfaite
Tiré d’un roman de Michael Crichton, lui-même inspiré des récits de voyage de l’érudit arabe du Xe siècle Ibn Fadlân, interprété dans le film par Antonio Banderas, « Le 13e Guerrier » fut largement victime des conflits entre McTiernan et Crichton. En effet, Crichton, également producteur, décidera d’abandonner le montage de McTiernan pour distribuer sa propre version du film. Nous ne pouvons donc pas, et ne pourrons jamais, voir l’œuvre qu’a conçue John McTiernan. Sachant cela, il faut savoir passer outre les défauts d’un film qui, malgré son irrégularité forcée par la collision de deux visions créatrices opposées, contient en sous-texte toute la puissance de feu et la maestria visuelle de McTiernan.

« Le 13e Guerrier » retrace donc l’histoire d’Ahmed Ibn Fadlân, lettré d’origine arabe, enrôlé par un groupe de 12 vikings emmenés par le roi Buliwyf pour aller aider un autre roi viking, victime d’une armée démoniaque. L’érudit, piètre guerrier, embarque donc avec les valeureux combattants nordiques pour une contrée aux mœurs très éloignées des siennes.

Le 13ème Guerrier

Un choc des cultures
Dès le début du film, et de manière un peu abrupte, est mise en évidence une volonté de scission, d’opposition des cultures. Entre le raffinement de Bagdad et la sauvagerie nordique se crée un gouffre a priori infranchissable. Il constituera tout l’enjeu du personnage d’Ibn Fadlân, parachuté seul au milieu d’un monde nouveau, dont il apprivoisera les coutumes et surtout la langue par une habile séquence d’observation, qui sert avant tout comme prétexte pour que les vikings parlent anglais mais qui dénotent un premier signe d’adaptation et de complémentarité. La mise en image virtuose de McTiernan, parfois saccadée et inclinée et parfois gracieusement portée par de sublimes plans séquences, témoigne d’une harmonisation progressive des idées. Le processus d’acceptation mutuelle, présenté dans de nombreuses œuvres avec lourdeur et impersonnalité, devient ici le principal arc narratif. Et même si l’on croit s’orienter vers une distinction esprit-corps – l’intelligence d’Ibn Fadlân complète la force des vikings – McTiernan parvient à s’en défaire. La philosophie guerrière n’est, au final, pas moins subtile que celle du monde oriental et les techniques de guerre vikings pas plus efficaces que celles d’Ibn Fadlân. Les chairs et les croyances fusionnent plutôt que ne se complètent, appuyées par une esthétique visuelle tout à fait rare et remarquable qui retranscrit cette idée à merveille.

Le 13ème Guerrier

Une immersion organique
À mille lieues des codes visuels du cinéma hollywoodien, McTiernan impose une vision du cadre et de l’image violente et sans concession. Malheureusement, certaines séquences, dont on devine qu’elles ont été rajoutées dans le montage de Crichton, viennent briser la cohérence esthétique du « 13ème Guerrier » par un académisme lisse et mal venu. Cependant, la puissance sensorielle de McTiernan demeure et pointe sans peine dans chaque plan du film. Peu friand de gros plans, le film leur préfère des cadrages plus larges : il met ainsi sur un pied d’égalité les personnages, ce qui rejoint l’idée développée précédemment, et permet de dresser le portrait organique et réaliste d’une communauté et de son environnement naturel, à la fois hostile et majestueux. Jamais stable, jamais conventionnelle, l’image est grinçante, novatrice, inventive et dérive peu à peu vers une forme d’abstraction farouche où le rouge du sang et des torches se mêle aux ombres inquiétantes de l’ennemi. Ces décisions de mise en scène offrent une dimension vivante à l’œuvre et matérialisent l’idée de trouble et de danger dans l’esprit d’un spectateur pleinement immergé.

Dans son contexte, « Le 13ème guerrier » fait donc figure de pionnier, un peu plus de 2 ans avant la sortie de « La Communauté de l’Anneau ». Le film qui, grand bien lui fasse, emprunte plus à Herzog qu’à Peter Jackson s’est finalement soldé par un échec commercial injustifié et le regret du probable chef d’œuvre qu’aurait été la version de McTiernan, perdue à jamais.

Le 13ème Guerrier

Le 13ème Guerrier
De John McTiernan
Avec Antonio Banderas, Vladimir Kulich, Dennis Storhoi
Metropolitan Film & Video

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