Réalisé par deux réalisateurs français, « Le Complexe de Frankenstein » est un sublime documentaire qui nous fait entrer dans le monde fantastique des monstres du cinéma. De la création jusqu’à la réalisation, on voit tout le processus qui permet de donner vie à des créatures, autant effrayantes que fascinantes.


Le sous-titre du livre « Frankenstein » de Mary Shelley est « le Prométhée moderne ». Pour comprendre ce titre alternatif, un bref rappel de la mythologie grecque s’impose : Prométhée, Titan connu pour avoir créé les hommes, vola le feu sacré de l’Olympe, le savoir divin en d’autres termes, pour le donner aux hommes. Pour le punir, les dieux attachèrent Prométhée à un rocher sur le mont Caucase où chaque jour, un aigle viendrait lui dévorer le foie, qui repousserait chaque nuit pour donner un caractère éternel à sa souffrance. Ce n’est pas tant la dernière partie de l’histoire qui nous intéresse, mais plutôt l’idée que Prométhée, tout comme Victor Frankenstein, a tenté d’aller contre une instance divine supérieure à lui, en abusant d’un pouvoir qui était à sa disposition.

Bien qu’évidemment, les créateurs d’effets spéciaux ne vont en aucun cas contre l’ordre naturel des choses, le documentaire a ce nom, car il permet vraiment de voir comment ces artistes donnent vie à leurs créations. Une des personnes interrogées va même jusqu’à dire que créer des nouveaux personnages est la manière d’enfanter qu’on les hommes ; privé de cette capacité à donner la vie, insuffler la vie à un personnage en l’animant leur donne la même impression de miracle.

En soi, « Le Complexe de Frankenstein » est une excellente manière de découvrir l’histoire des monstres au cinéma et du processus créatif qui a su donner vie à des personnages depuis plus de nonante ans : de Lon Chaney et son fantastique maquillage pour Le Fantôme de l’opéra (la version de 1925) au Seigneur des Anneaux et ses effets spéciaux époustouflants, en passant par des classiques de l’horreur des années 1980 et leurs monstres sanguinolents. En faisant un tour d’horizon des plus grands films, on part à la rencontre des plus grands noms des effets spéciaux comme Rick Baker, Guillermo Del Toro, Phil Tippet, Steve Johnson, et encore tant d’autres. Qu’ils soient spécialistes en maquillage, en marionnettes, en animatroniques ou encore en images de synthèse, on se rend compte en regardant ce film, que rien au cinéma ne serait possible sans ces artistes qui tentent toujours de repousser les limites du possible.

Ce fabuleux documentaire nous donne une excellente idée de la magie qui opère dans les coulisses, mais aussi des difficultés et des frustrations qui bordent souvent la route de la créativité. Pour travailler au cinéma, il faut se dévouer corps et âme dans cet art qui ne vous le rend pas toujours ; ainsi, certaines anecdotes de tournage montrent à quel point il faut être passionné et insistant pour trouver l’idée qui fonctionnera et qui correspondra à ce que le réalisateur a en tête. Sommes toutes, « Le Complexe de Frankenstein » rend très attentif à tout ce que l’on ne voit pas, tout ce qui nous permet de voir des choses grandioses que la plupart d’entre nous ne questionne même plus. L’on se rend compte alors de tout le travail qu’accompagne de tels projets et de l’investissement qu’un effet demande, qu’il soit vu pendant une heure ou pendant deux secondes…

On pourrait croire qu’un tel documentaire enlèverait de sa magie au cinéma, mais au contraire, cela ne fait qu’ajouter de l’émerveillement et de l’admiration pour tous ces passionnés qui nous donnent envie, à nous aussi, d’aimer autant notre travail et de le faire si bien. Leur ingéniosité et originalité ne rendent le cinéma que plus extraordinaire et ce film est une très jolie façon de se rappeler pourquoi l’on aime tant regarder des films qui nous font voyager hors de notre vie quotidienne.

Le Complexe de Frankenstein
Gilles Penso (Réalisateur),‎ Alexandre Poncet (Réalisateur)
Rick Baker (Acteur),‎ Joe Dante (Acteur)
Carlotta Films

« Le Complexe de Frankenstein » : les Prométhées modernes
5.0Note Finale

A propos de l'auteur

Passionnée par l’écriture et le cinéma depuis longtemps, Moïra Farwagi a trouvé au sein de Daily Movies un merveilleux moyen de communiquer ses passions. Des films cultes aux films un peu moins cultes et franchement risibles des années 80, en passant par les comédies, les films de super-héros, les films qui font pleurer et encore un tas d’autres choses, le genre préféré de Moïra peut se résumer par « ce qu’elle aime ».

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