Le monde de Nathan

Dans un monde où tout le monde est hors norme, plus personne ne l’est.


Réalisé par Morgan Matthiews, « Le monde de Nathan » s’inspire d’une histoire vraie, celle de Daniel Lightwing, adolescent autiste et prodige des mathématiques. Morgan a d’ailleurs rencontré Daniel alors qu’il tournait « Beautiful Young Minds », un documentaire sur les Olympiades internationales de mathématiques. Son histoire a donc, en partie, inspiré le personnage de Nathan, joué par Asa Butterfield.

« Le monde de Nathan » suit le parcours de Nathan qui, souffrant d’autisme, se renferme sur lui-même après la mort de son père. Sa seule source de plaisir réside dans les mathématiques. Sa mère convainc le professeur Martin Humphreys, ancien participant aux Olympiades internationales de mathématique, devenu professeur, de l’aider à développer son don pour, pourquoi pas, viser une qualification aux Olympiades dans l’équipe britannique de mathématique.

Le scénario a été écrit par James Graham qui a longtemps travaillé à la création de pièces de théâtre. Ces années passées au théâtre se ressentent dans son style d’écriture : nul besoin de décors faramineux, ni de multiplier les lieux à outrance et surtout nul besoin d’artifices. Ce sont les personnages, leurs histoires, leurs faiblesses, mais aussi leurs forces qui sont au cœur de l’action du film.

Le monde de Nathan
C’est justement au niveau scénaristique que le film se distingue à merveille. Il est rare de voir un film avec autant de personnages aussi bien caractérisés. Chacun suit son propre chemin, basé sur des motivations propres et uniques, tout en participant activement à l’évolution de Nathan. Le film dure un peu moins de deux heures et pourtant le temps file à toute allure grâce à son rythme absolument parfait. Morgan Matthiews a su maîtriser à la perfection les temps forts et les temps faibles de son film. De ce fait, on ne s’ennuie jamais.

La doublette réalisateur + scénariste aurait très facilement pu tomber dans des facilités cinématographiques mais, quand on veut faire un grand film, on se donne les moyens d’être plus intelligent et plus fin que la moyenne. Ils auraient donc pu placer le personnage de Nathan dans une classe de corniauds qui l’auraient maltraité du fait de sa différence. On aurait immédiatement eu pitié de lui et on se serait instantanément attaché à lui car l’être humain a une forte tendance à vouloir défendre le faible et l’opprimé.

Autre exemple : Dans un film sur un manchot jouant au ping-pong, le spectateur voudra voir le protagoniste gagner le tournoi final car il part avec un sacré handicap sur ses adversaires. Cependant, imaginons maintenant que c’est un tournoi de ping-pong spécial manchots Qui aura la chance de récolter toute notre empathie ?

Le monde de Nathan
Le génie de ce récit est d’avoir pris le risque de placer Nathan dans un univers « neutre » entouré de gens aussi talentueux que lui, dont certains souffrent aussi d’autisme.

Dans un monde où tout le monde est hors norme, plus personne ne l’est.
Entouré de personnes comme lui, Nathan n’a plus aucune chance de se lamenter sur son sort car personne n’est là pour pointer sa différence, personne n’est là pour essayer de le rendre « normal » et, par conséquent, aucune chance pour Nathan d’être considéré comme une victime. En tant que spectateur, on s’attache à lui pour ce qu’il est et non pas pour ce qu’il subit.

Chapeau bas à Morgan Matthiews et James Graham, deux techniciens qui ont refusé de jouer la carte de la facilité.

« Le monde de Nathan » sort en DVD. Il mérite sa place sur toutes bonnes étagères consacrées au cinéma.

Le Monde de Nathan
De Morgan Matthews
Avec Asa Butterfield, Rafe Spall, Sally Hawkins, Eddie Marsan
Praesens Films