En ce glacial hiver, réfugiez-vous au Grütli pour déguster une programmation diablement – c’est le cas de le dire – intéressante. En février, les programmateurs vous ont concocté un voyage autour de « Quelques figures du mal au cinéma », ainsi qu’un retour sur les films du Finlandais Aki Kaurismäki.


Pour ceux qui ne connaîtraient pas Les Cinémas du Grütli (impossible !), un petit rappel des missions de ce vénérable établissement, au nombre de quatre. Promouvoir ce qui bouge dans l’art du cinéma : les cinématographies émergentes, les films de cinéastes singuliers et des bons films qui ne sont pas distribués en Suisse… Comme une bonne salle d’art et d’essai, très bien équipée pour le numérique. Participer aussi à la diffusion du patrimoine cinématographique en menant des initiatives avec la Cinémathèque suisse, institution avec laquelle ils sont associés, grâce à un équipement en appareils 35 mm adaptés à la projection de films physiquement fragiles. Ensuite prendre part à l’éducation à l’image et au récit des plus jeunes grâce à une collaboration avec les enseignant-e-s. Et enfin accueillir les (nombreux) festivals genevois de cinéma.

Les Cinémas du Grütli – Henry

UN MAL POUR UN BIEN
Quoi de plus fascinant que le mal ? Rien de bien étonnant donc à ce que le cinéma se soit très tôt passionnée pour les grands méchants. Comme disait Hitchcock : « Meilleur est le méchant, meilleur est le film. » Le mal est une des stars du cinéma. Que serait ce très noble art sans la peur que parfois il nous distille, sans la représentation de figures maléfiques comme des vampires, des prédateurs sadiques, une momie, des gangsters violents et sans scrupules ou même de jeunes intellectuels cyniques et meurtriers, sans oublier l’homme invisible… ? Comme disait Hitchcock : « Meilleur est le méchant, meilleur est le film. » Le cinéma et les spectateurs se sont régalés à tenter ainsi de représenter la méchanceté… C’est une sélection de ces films qui vous sera présentée, dans lesquels se manifeste la malveillance à l’état pur.

Le programme peut se diviser en trois époques distinctes, pour visiter efficacement toutes les figures du mal. D’abord les classiques des années 30. Vous pourrez ainsi découvrir sur grand écran le « Dracula » de Tod Browning (Etats-Unis – 1931), avec Bela Lugosi et son incomparable accent dans le rôle du vampire (le titre de meilleur Dracula se dispute entre lui et Christopher Lee). On continue dans les classiques des monstres de la Universal avec « La Momie » de Karl Freund (Etats-Unis – 1932), dans lequel Boris Karloff livre une composition époustouflante, et « L’Homme invisible » du génie James Whale (Etats-Unis – 1933), qui livre une étude très intéressante sur l’attrait du mal lorsqu’on devient omnipotent. Moins connu, « Les Chasses du Comte Zaroff (Irving Pichel, Ernest B. Schoedsack – Etats-Unis – 1932) dans lequel un comte raffiné passionné de chasse et à la recherche de nouveaux frissons, s’essaie au gibier humain, vaudra le détour. Et pour finir le classique expressionniste de Fritz Lang « M le Maudit » (Allemagne, 1931), dans lequel une ville allemande est terrorisée par un tueur d’enfants.

L’âge d’or d’Hollywood sera ensuite visité avec des films des années 40-50, dont des thrillers avec « Le Carrefour de la mort » d’Henry Hathaway (Etats-Unis – 1947), « Règlement de comptes » (Fritz Lang – Etats-Unis – 1953), « Les nerfs à vif » de Jack Lee Thompson (Etats-Unis – 1962), et « Le Voyage de la peur » (Ida Lupino – Etats-Unis – 1953) ; et un classique du film de monstre pour faire bon poids : le délicieusement daté « L’Etrange créature du lac noir » (Jack Arnold – Etats-Unis – 1954).

Quelques films plus contemporains bouclent la boucle. Le très malsain « Henry, portrait d’un serial killer » de John McNaughton (Etats-Unis – 1986), le tragique « Comme un chien enragé » (James Foley – Etats-Unis – 1986), l’auto-parodique « L’Esprit de Caïn » de Brian De Palma (Etats-Unis – 1992), l’hystérique « Tueurs nés » d’Oliver Stone « Etats-Unis – 1994) et enfin l’extrêmement dérangeant « We need to talk about Kevin » de Lynne Ramsay (Grande-Bretagne – 2011), qui fera longtemps cogiter tous les parents.

AKI LE TOUR
Le cinéaste finlandais Aki Kaurismäki aura soixante ans cette année. Une bonne raison pour rendre un hommage appuyé à ce cinéaste poète et humoriste, resté fidèle aux utopies d’hier, observateur mélancolique du présent, artiste de l’aigre-doux, nostalgique de la tendresse, des liens forts tissés entre les gens ordinaires. Ses films les plus célèbres vous seront proposés : « Le Havre », « L’homme sans passé », « La vie de Bohême », « J’ai engagé un tueur », « La fille aux allumettes », « Ariel », « Shadows in Paradise »…

L’occasion de (re)découvrir son cinéma doux-amer très nordique, mélange de comédie déjantée et de drame désespéré, peut-être hérité de son penchant notoire pour la bouteille.

www.cinemas-du-grutli.ch