À travers un film documentaire, le réalisateur d’origine valaisanne et vaudois d’adoption David Maye, sonde l’intimité de sa sphère familiale qui accueille simultanément la mort et la vie. « Les Grandes traversées » nous confrontent à la maladie d’une mère et à ses répercussions sur son entourage.

Quand le film est-il né ?
J’avais déjà pensé à faire un film avec ma mère au début de sa maladie. C’est elle d’ailleurs qui me l’avait demandé. A l’époque, je sentais son besoin de laisser une trace, mais aussi sa révolte, et il était difficile pour moi d’envisager de la filmer pendant cette période… Trois ans plus tard, en novembre 2014, j’y ai repensé, précisément au moment où ma sœur attendait un enfant. En les voyant côte à côte, ma mère malade et ma sœur qui portait la vie, m’est apparue cette problématique plus large de la vie et de la mort…

Votre famille a-t-elle tout de suite compris votre désir de faire ce film ?
Oui, car il s’agit d’un film autour de ma mère, sur les proches et les réactions de chacun. Ma mère était conseillère conjugale, et c’est vrai que dans notre famille, on a toujours été relativement transparent par rapport à ce qui nous arrive, sans trop de filtres. Cette réalité était préexistante au film, ce qui veut dire que je n’ai pas eu besoin de chercher ou de provoquer les choses comme un chercheur le ferait par exemple.

D’autant plus que j’ai toujours été soutenu par eux concernant mon envie de m’exprimer artistiquement. C’est en grande partie grâce à ma mère, que mon rêve est devenu possible. Je tenais à lui rendre hommage pour cela aussi.

La caméra a-t-elle été une forme de protection face à ce qui vous arrivait ?
Un bouclier sûrement, mais dans un premier temps seulement. Je pense surtout que je l’ai utilisée comme un moyen de trouver la bonne distance, d’avoir un pied dedans, et en dehors de la situation.

Vous êtes un ancien étudiant de l’ECAL; les premiers films ont souvent pour sujet, des proches. Des films que vous avez pu découvrir durant vos années d’études vous ont-ils inspiré dans cette démarche d’introduire une caméra au sein de votre propre de famille ?
L’inspiration ne m’est pas venue d’autres films, même si la démarche est comparable à celle d’un Didier Nion, Alain Cavalier ou d’une Sandrine Bonnaire lorsqu’elle filme sa sœur qui souffre d’un handicap. Ce sont des films que j’ai découverts pendant mes études, et que je continue d’apprécier. Cependant, pour LES GRANDES TRAVERSEES, le déclencheur est plutôt venu d’un court-métrage que j’ai fait, MAYE ET FILS (2010), dans lequel je filmais mon père et mon grand-père de façon tout aussi intime.

Quelle est votre relation à vous-même dans le film ? On vous attend poser des questions ici et là…
Mes questions servent à creuser des réflexions que mes proches expriment. Il y a des moments où j’interviens, notamment lorsque je questionne ma sœur, et d’autres moments de vie pure. Par exemple, l’annonce par téléphone de la naissance de ma nièce a pu être captée, car nous étions là au bon moment.

Avez-vous filmé beaucoup plus que ce qui est montré ?
À partir du jour où j’ai décidé de prendre ma caméra, j’avais une vision précise de ce que je voulais. Il était important de me concentrer sur notre famille et de laisser de côté le plus possible, l’aspect hospitalier. Vivant à Lausanne, j’allais en Valais pour tourner, et en parallèle, j’écrivais. Une sorte d’aller-retour permanent sur une année et demie. L’essentiel était qu’on soit au présent avec ma mère, c’est aussi pour cela que je n’ai pas filmé davantage de choses après son décès.

Qu’a vu votre maman du film ?
Elle n’a rien vu du film, mais nous l’avons fait ensemble.

Quels sont vos projets en ce moment ?
Avec les films que j’ai pu faire jusqu’à présent, je me rends compte que j’ai besoin de travailler avec le réel, de partir de ce qui existe. Sans en dire trop, le prochain film a pour sujet une communauté religieuse en France…

Vous faites partie d’un collectif de sept cinéastes basé à Lausanne, « Terrain vague ». Quelques mots sur cette association…
Oui, j’y prends part depuis 2012. Cette année, nous sommes très fières de PIERRE TENDRE d’Aurélie Mertenat qui était au festival de Locarno, et nous avons plusieurs projets en route, pour lesquels on fonctionne surtout comme producteur. « Terrain vague » est né d’un désir commun de nous réunir autour de notre passion, et surtout, de prolonger le rapport qu’on a pu avoir lors de nos études. Pour moi, c’est essentiel de passer des caps et d’apprendre ensemble.

Les grandes Traversées
CH   –   2017   –   Documentary
Réalisateur: David Maye
Acteur:
Adok Films
01.11.2017 au cinéma

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