Après 17 ans et pas moins de 9 films, Hugh Jackman fait ses adieux à Wolverine dans un long-métrage plus humain, rendant justice à la violence de la bande-dessinée, mais qui n’est pas exempt de défauts scénaristiques.


Cela va sans dire que les « X-men » de Bryan Singer ont joué un rôle central dans la renaissance de super-héros Marvel sur grand écran. Depuis, comme vous le savez, cette maladie, ce besoin fébrile de ranimer les créations de Stan Lee et Jack Kirby, ne s’est toujours pas dissipé. Hugh Jackman, qui a incarné Wolverine dans toutes les adaptations cinématographiques sorties dans les années 2000, décide de mettre un point final et faire de ce « Logan », sa dernière apparition en tant que mutant. Maintenant la question est de savoir s’il va parvenir à tirer sa révérence avec grâce ou quitter le monde imaginé par Stan Lee en laissant un goût de déception à ses fans?

Ce long-métrage de James Mangold se veut différent. Déjà son titre, « Logan », est très révélateur puisqu’il nous indique la direction choisie par le réalisateur. En effet, il s’agira de se rapprocher d’avantage du côté humain du personnage que de son alter-ego Wolverine. Le film nous présente un futur distant, dans lequel les personnages auxquels les spectateurs ont été amenés à se familiariser, ne font plus partie de ce monde. En 2029, le gène mutant a arrêté de se manifester et les personnes dotées de super-pouvoirs sont soit décédées, soit été décimées par le gouvernement. Grâce à sa capacité à guérir et son immortalité, Logan (Hugh Jackman) est toujours là, ou du moins, l’ombre de ce qu’il était. On le retrouve vieilli, affaibli physiquement et avec un penchant pour la bouteille. Il travaille en tant que chauffeur de limousines pour gagner sa vie et payer les traitements de son ami Charles Xavier (Patrick Stewart), nonagénaire, atteint d’une maladie neurodégénérative. Incapable de contrôler ses pouvoirs psychiques, le professeur X représente un danger pour lui-même et son entourage. Son état ne fait que s’aggraver et Logan, ainsi que son ami Caliban (l’albinos, interprété par Stephen Merchant, aperçu dans « X-Men : Apocalypse »), qui s’occupe du vieillard sénile, se retrouvent impuissants face à ce qui lui arrive. Leur routine, déjà pénible, est néanmoins interrompue par l’apparition de la jeune Laura (Dafne Keen), une enfant muette de 11 ans, qui a besoin de l’aide de Wolverine pour échapper à un groupe militaire. Bien évidemment, comme le stipule la loi de Murphy, « tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal » et c’est exactement ce qui va se produire…

L’approche et le ton discordant avec ses prédécesseurs, adoptés pour aborder « Logan » sont intéressants. Autant le dire tout de suite, ce n’est pas un film de super-héros. Il se concentre d’avantage sur les drames personnels de Wolverine et les relations du trio Logan/Xavier/Laura, que sur la menace qui les guettent. Rassurez-vous, il n’est pas dénué de scènes d’action. Celles-ci remplissent parfaitement nos attentes. Jouissives, bien orchestrées et au grand bonheur des fans de la BD, la violence y est exacerbée et plus réaliste. Cependant, comparé aux autres opus, ce long-métrage est plus mature et obscur, se trouvant à la limite du road-movie classique et d’un western. Le spectateur perçoit clairement la souffrance et la détresse du héros, dans le moment le plus critique de son voyage, sa décadence. Les cicatrices sur son corps reflètent tous ses combats, tous les efforts mis en œuvre pour survivre. Les couleurs à l’image sont ternes, la musique, notamment les chansons de Johnny Cash, est sombre, servant de miroir aux émotions du personnage, qui, brisé par la brutalité et la destruction vécues, n’est plus qu’un zombie dans ce monde, rempli de regrets. On comprend très vite que la seule raison, outre son immortalité, qui l’empêche de s’ôter la vie, c’est Charles. D’ailleurs, en parlant de ce dernier, on regrette que les scénaristes n’aient pas d’avantage joué sur les troubles de ce mutant à l’esprit redoutable. Ils montrent que même les personnages les plus exceptionnels ne peuvent éviter les répercussions de la faiblesse humaine. Mangold aurait dû utiliser cette opportunité pour introduire plus de doses d’humour, caractéristique de l’univers Marvel, pour souligner l’ironie de la situation. Puis, il y a cette volonté palpable d’instaurer une relation paternelle entre Charles et Logan. Excédé par les folies et demandes du vieillard, Logan grogne, ce qui fait ressurgir à la surface son caractère difficile, que l’on croyait avoir disparu sous cette carcasse vide. Toutefois, au vu de cette volonté non dissimulée de faire de « Logan » un drame d’action à part, séparé des autres films, il aurait fallu pousser encore plus loin l’affection qu’éprouvent ces deux personnages l’un pour l’autre, à travers des anecdotes, par exemple, pour être en mesure de mieux comprendre et ressentir l’étendue de leur complicité.

L’un des points forts du film, c’est sans hésiter Dafne Keen, l’actrice qui prête ses traits à Laura. Cette jeune fille possède un charisme phénoménal. Elle domine toutes les scènes dans lesquelles elle apparaît, et ce, sans dire un mot. Son personnage s’accroche aux histoires qu’elle lit et y voit son salut. Elle nous rappelle un Wolverine jeune, cherchant à se débarrasser de ses ennemis pour être enfin libre. Elle fait le contrepoids avec Logan et nous montre l’évolution de cet homme taciturne, désormais prisonnier de sa culpabilité qui méprise les fantaisies. Ensemble, ce duo rafraîchit ce scénario doté de facilités (la scène du train), de vilains faibles et personnage secret sans intérêt, éléments très communs dans des films conventionnels de super-héros. Mais étant donné que James Mangold souhaitait offrir un long-métrage unique en son genre, ces clichés dérangent.

Au final, « Logan » est tout de même bien au-dessus de ses deux prédécesseurs en offrant une réflexion sur la mort et la condition humaine. Par ailleurs, il est accessible aux personnes n’ayant pas accompagné la saga depuis le début, en faisant peu de références à l’univers des « X-Men ». L’interprétation du trio principal est sans défaut, le rythme du film est bien équilibré, les scènes de combats remplissent un rôle précis. C’est une histoire soulignant le côté humain des personnages. Comme nous, ils peuvent être pathétiques, misérables, heureux, déprimés. Le long-métrage prend le temps de respirer, d’exister organiquement. Il laisse le temps aux personnages d’entrer en connexion avec d’autres individus. C’est cette humanité qui permet de donner une véritable signification à la violence et d’aller au-delà du simple spectacle.

C’est au milieu de larmes et de sang qu’Hugh Jackman range ses griffes, nous rappelant la réalité crue que tout a une fin.

Logan
De : James Mangold
Avec : Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen
Durée : 135 min
Distributeur : Fox-Warner
Sortie : 01.03.17

 

"Logan" : Wolverine range ses griffes
3.5Note Finale